OM, histoires de finales (2/4): Quand JPP balançait que la finale de 1993 était «truquée» (avant de nier)

FOOTBALL En 1995, au cours d'une discussion informelle avec des journalistes italiens, Jean-Pierre Papin a lâché une bombe...

B.V.

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Didier Deschamps soulève la Coupe des clubs champions
Didier Deschamps soulève la Coupe des clubs champions — AFP
  • En 1993, l'OM a remporté sa seule Coupe d'Europe face à Milan en finale.
  • Deux ans plus tard, dans des propos en off, Jean-Pierre Papin aurait déclaré que ce match était truqué, avant de se retracter.
  • 20 Minutes vous raconte cette histoire.

Toute cette semaine qui va nous mener à la finale de Ligue Europa entre l’Atletico Madrid et l’OM à Lyon, 20 Minutes vous fait revivre le passé européen du club marseillais. A travers quatre épisodes, un pour chaque finale, nous allons retracer avec l’aide précieuse de l’historien du club, Gilles Castagno, une anecdote, une histoire, une polémique qui a fait l’histoire de l’OM mais aussi celle du foot français. On poursuit la série avec la polémique autour des propos de Jean-Pierre Papin, qui a déclaré en 1995 que la finale remportée par l’OM en 1993 face à Milan était « truquée ».

>> Retrouvez l'épisode 1 ici

Episode 2. Quand Jean-Pierre Papin assurait en 1995 que la finale de 93 contre Milan avait été truquée

On ne saura sans doute jamais vraiment ce qui est passé par la tête de notre bon vieux JPP national ce 7 août 1995. Vanne mal comprise ? Aigreur latente ? Confidence sortie de son contexte ? Manipulation des journalistes ? Coup de chaud ? Non pas que Berlin soit particulièrement connue pour son soleil ravageur… Nous sommes à l’heure du déjeuner à l’hôtel Intercontinental de la capitale allemande quand Jean-Pierre Papin, alors attaquant du Bayern Munich, tombe sur quelques journalistes italiens qu'il a cotoyé durant ses années milanaises.

Tout ce beau monde s’envoie des banalités : on cause de la blessure au ménisque de Papin, de son ex-entraîneur milanais Capello, de la vie, de la mort, du beau et du mauvais temps, et de son prochain club lorsqu’il aura quitté le Bayern en fin de saison. Dans un article paru le surlendemain dans Libération, Olivier Villepreux raconte alors la suite :

JPP dit : "J’aimerais bien terminer ma carrière à Marseille avec ma famille." Rigolard, un journaliste lui glisse : "Avec tout ce qu’il s’est passé là-bas, tu te rappelles ce que tu nous disais à Milan, et tu as vu ce qu’il s’est passé !" Papin, sur le même ton, mi-amusé, répond : "Tu as vu, tout ce que je te disais, c’était vrai. Et ce n’est que 10 % de ce qui est réellement arrivé à l’OM qui a été révélé publiquement. Bien sûr, Tapie ne dira jamais rien, pas plus que Bernès. Il n’ira pas jusqu’à parler de la finale de Munich, on lui trancherait la gorge. Les Marseillais sont trop orgueilleux. Ils ont gagné contre le grand Milan, s’ils devaient en plus apprendre que ce match était truqué… " »

Il ne se rend pas compte sur le moment, mais Jean-Pierre Papin vient de lâcher une bombe. Petit contexte historique pour les plus jeunes qui nous lisent : meilleur joueur français et Ballon d'Or 91, Papin décide de quitter l’OM à l’été 92, après six ans de frustration européenne. Direction Milan, le plus grand club du monde à l’époque. Quelques mois plus tard, l’OM remporte à Munich la première Coupe d’Europe des clubs champions face au Milan de Papin. Forcément, c’est un peu dur à digérer, d’autant que dans les années qui suivent, l’Olympique de Marseille se retrouve au milieu de l’affaire de corruption VA-OM.

Abasourdis par ce qu’ils entendent, Claudio Gregori du Corriere dello Sport, Andrea Masala de la Gazzetta dello Sport, Alberto Costa du Corriere della Sera et Gianni Visnadi de Tuttosport secouent l’arbre à friandises. « Tu penses quand même pas qu’un joueur de Milan ait pu être acheté ? ». Papin, sans hésiter : « Pas un, mais deux joueurs. On ne peut pas arranger un match avec un seul joueur, car, à dix, on peut toujours jouer. Avec deux joueurs en moins, la partie devient plus difficile. » Il aurait même tenté de prévenir Berlusconi, le président du Milan, mais trop tard.

Match dans le match
Match dans le match - AFP

Au déjeuner, encore sur le cul, le quatuor de journalistes italiens se décide pour savoir s’ils doivent rendre public cette discussion à l’origine privée. « Je ne suis pas son ami » coupe l’un d’eux. Pas de Twitter ou de push téléphone pour sortir l’information, les journaux italiens attendent donc le lendemain pour ouvrir sur les affirmations-diffamations de Papin. Juste le temps pour les rumeurs de circuler dans l’hôtel Intercontinental. Mise au courant de la publication prochaine de l’intégralité de ces déclarations, l’agence de presse Ansa contacte Jean-Pierre Papin, qui nie en bloc, évoquant « une manipulation ». « J’ai parlé en toute amitié et cela me retombe dessus. J’ai juste confirmé l’existence de rumeurs circulant à Marseille après les dernières déclarations de Jean-Pierre Bernès. J’ai ajouté qu’on disait qu’il avait parlé de la finale, ça s’arrête là. »

« Un peu idiot »

Présent ce jour-là parmi ce petit groupe de journalistes italien, Olivier Villepreux se souvient aujourd’hui de la scène qu’il décrivait dans Libé, 20 ans plus tôt :

C’était un tournoi de pré-saison et j’étais venu pour suivre le PSG. Je discutais avec des journalistes italiens et Papin s’est installé. Nous avions une discussion informelle, déclenchée par rien. Il n’y avait pas d’interview prévue, c’était une discussion de hall. Et sans prendre garde, il va dire ce qu’il a dit. Je confirme mots pour mots ce qu’il a dit. Même moi au départ je suis surpris, je ne m’attends pas du tout à ça. C’est vraiment quelque chose qu’il a dit de manière très spontanée, sans avoir l’impression de dire quelque chose de très important. Il n’a pas eu conscience de ce qu’il disait, la discussion était très décontractée. Il l’a dit de manière sincère, il a dit ça sans y penser deux fois. »

A l’époque, les rapports entre joueurs et journalistes ne sont pas les mêmes qu’aujourd’hui. Il y a une relation de confiance, d’amitié, de secret. Enfin, jusqu’à un certain point visiblement. Dans les jours qui suivent, Papin en prend pour son grade. « Ça avait surpris énormément de monde à Marseille, se rappelle Gilles Castagno, historien de l'OM. Papin était considéré comme un immense joueur mais aussi comme un enfant, un peu idiot. Tout le monde se disait qu’il avait été poussé par des journalistes qui l’avaient fait boire… On savait très bien comment il était, on pouvait lui dicter ses envies, ses idées, qu’il était influençable. Ce n’était pas une grosse surprise qu’il raconte n’importe quoi. Vous savez, les joueurs sont très rarement au courant de ce genre de choses, mais s’il y en avait bien un à qui il ne fallait pas dire qu’on voulait acheter un match, c’était lui. Ça semblait tellement gros et impossible d’avoir acheté le Milan, c’est n’importe quoi…. »

Pas de réaction de JPP

Membre de l’OM 93, Jean-Philippe Durand réagit dans la foulée en estimant que « Papin parle beaucoup et, suivant le contexte, est capable de raconter beaucoup de choses, même sur le ton de la galéjade. Pour moi cette histoire est impossible, mais elle fait du mal, parce qu’elle fait surgir des doutes ». Marcel Desailly, en privé, dézingue son ancien coéquipier. Noël Le Graët, alors président de la Ligue, dédramatise : « Ces accusations me semblent peu plausibles. Il est difficile de croire que deux joueurs de Milan, dont il faut savoir que la prime individuelle s’élevait pour ce match à la "bagatelle" de 4 millions de FF, aient pu être corrompus… D’autant que la trésorerie de l’Olympique de Marseille ne se portait déjà plus très bien à l’époque… »

Jean-Pierre Papin n’a pas répondu à nos sollicitations pour revenir sur cette histoire. Sans doute parce qu’il n’aurait rien à y gagner. Cette histoire « a fait plouf » dans les jours qui suivent selon Olivier Villepreux, et c’est presque miraculeux pour JPP. Surtout si on s’imagine le shitstorm qu’auraient engendré de tels propos aujourd’hui. « Le public marseillais en a énormément voulu à Papin pendant un moment, c’était négatif pour tout le monde, poursuit Gilles Castagno. Il faut se souvenir que dans le contexte de l’époque, on parlait beaucoup de corruption, on était en plein dans le procès VA-OM. Mais finalement, il a fait son jubilé à Marseille en 99 et tout le stade était derrière lui, ça a fini par être oublié. »

Chez ses anciens coéquipiers aussi ? Non sans nous reprocher de remuer une merde sous prescription, Bernard Casoni coupe net, irrité. « Je n’y pense pas. Sur le moment, ça m’a pris 30 secondes et voila. »