PSG-Les Herbiers: «Les samouraïs, la poutre et Avengers», on a causé de causeries avec le coach des Herbiers

FOOTBALL L’entraîneur des Herbiers va devoir trouver les bons mots pour parler à ses joueurs avant le PSG. Ça tombe bien, c’est un spécialiste des causeries…

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Stéphane Masala fait preuve d'une imagination débordante pour préparer ses causeries.
Stéphane Masala fait preuve d'une imagination débordante pour préparer ses causeries. — JEAN-SEMarcel Paint/BASTIEN EVRARD / AFP

C’est le match d’une vie. Mardi soir, les amateurs des Herbiers (National 1) vont se frotter au PSG en finale de la Coupe de France. Et si l’écart de niveau est gigantesque entre les deux équipes, Stéphane Masala, le jeune coach des Herbiers (41 ans), devrait trouver les bons mots pour que ses joueurs entrent sur la pelouse avec la dose de confiance nécessaire pour être à la hauteur de l’événement. Il faut dire que question causeries, Masala sait y faire. La preuve.

On a entendu dire que vous étiez plutôt doué pour les causeries d’avant-match, qu’elles étaient souvent très originales. Vous pouvez nous en dire un mot ?

C’est vrai qu’on me parle de plus en plus souvent de mes causeries, mais je tiens quand même à préciser que le travail se fait évidemment en amont, durant la semaine, et la partie tactique et technique est ce qu’il y a de plus important. Après c’est vrai qu’il faut réussir à sentir son groupe et à faire passer un message avant le match. Ça se prépare, il faut un peu de feeling. Et une fois que j’ai senti mon groupe, j’essaye de lui donner le message exact dont il a besoin à ce moment précis. Ça peut être en leur donnant une forme d’excitation ou à l’inverse quelque chose qui se rapproche plus de la relaxation. Alors après, je n’ai pas peur de faire passer mon message par différents moyens. Je peux me mettre en scène, je peux faire du verbal, de l’auditif, du visuel. Peu importe, ce qui importe c’est le sens du message.

Comme avec la poutre sur laquelle vous avez marché devant vos joueurs…

Oui, on me parle beaucoup ça parce que j’avais fait venir une poutre de cinq mètres à l’hôtel Mercure de Nantes. C’est vrai que c’était… que c’est pas commun, mais c’est quelque chose que j’avais déjà fait avant quand j’étais à Luçon, je savais le sens que ça avait et je savais le message que ça allait faire passer dans les têtes.

Pouvez-vous nous détailler un peu l’idée ?

C’est visuel, le message est clair. Les gars doivent se dire que si on arrive sans problème à marcher sur la poutre à 10 cm du sol, on doit pouvoir le faire à 100m du sol. C’est juste parce qu’on a peur qu’on ne le fait pas et c’est justement cette peur qui nous enlève la concentration. Les mecs doivent se dire « ben ouais, le coach a raison, je peux parfaitement jouer un match même s’il y a 35.000 personnes autour de nous à nous regarder. Je sais faire. » C’est un message rassurant.

Et d’où vous est venue cette idée ?

Je l’ai lu dans un livre de psychologie, j’avais trouvé l’image hyper intéressante. Après, je leur parle beaucoup du samouraï Miyamoto [l’une des figures emblématiques du Japon, maître bushi, philosophe et le plus célèbre bretteur de l’histoire du pays], qui était un spécialiste de katana, c’est quelque chose qui aide beaucoup à la concentration. J’utilise beaucoup les arts martiaux, même si je n’en ai jamais fait, mais je me suis documenté et ces combattants ont une vraie réflexion sur la concentration de leur gestuelle, de leur technique, face à l’adversaire.

Où puisez-vous toutes ces idées ? Au cinéma, à la télé, dans les bouquins ?

Ah oui, complètement. Je m’inspire de tout ce que je vois au cinéma, dans les livres, les documentaires, tout m’intéresse, tout me sert à puiser mon inspiration et j’arrive en permanence à ramener tout ça au football.

Quand on affronte des équipes de niveau supérieur, voire nettement supérieur comme ça va être le cas avec le PSG, l’approche mentale est-elle primordiale vis-à-vis de vos joueurs ?

Je le pense, oui. Après, je pense aussi sincèrement que le travail de la semaine est ce qu’il y a de plus important, mais c’est peut-être ces 10 % de mental qui peuvent parfois faire basculer un match.

Vous semblez très intéressé par l’aspect psychologique du football.

Je suis intimement persuadé que ce qui nous reste à explorer dans le football, ce sur quoi on va se concentrer de plus en plus, vu qu’on est déjà au taquet dans tous les aspects physiques, techniques, tactiques, c’est le cerveau, c’est la partie mentale. On a encore énormément de choses à apprendre sur le fonctionnement du cerveau et sur ses capacités, et ça pourra s’appliquer dans l’apprentissage et la méthodologie des entraînements.

Vous avez fait des études de psychologie ?

Non, j’ai fait Staps et je me suis beaucoup intéressé au volet psychologique du sportif, j’ai lu énormément de choses là-dessus.

Peut-on faire un retour sur vos différentes causeries avant vos qualif' contre Auxerre, Lens et Chambly ?

Pour Auxerre, on avait fait une vidéo motivante, un montage où les mecs étaient en super-héros. On s’était appuyé sur le film Avengers. Le message c’était de leur dire qu’ils étaient des super-héros et qu’à partir de ce soir ils allaient devoir mettre leur costume pour aller au combat. A Lens, la poutre.

Mais pas que. Vous avez aussi invité Jean-René Bernaudeau (le directeur sportif de l’équipe cycliste Direct Energie), qui est du coin.

Oui, je voulais apporter autre chose, faire passer mon message à travers une personne différente, d’un autre milieu que le football, quelqu’un qui connaît le haut niveau. Et en plus c’est un local Jean-René. Son messager est bien passé, il a été top.

Et avant Chambly, en demi-finale ? J’imagine que l’approche est différente puisque c’était un adversaire du même calibre et que vous aviez déjà joué à deux reprises en championnat.

Oui, tout à fait. Là on a choisi de leur dire au dernier moment que ce moment-là, cette demi-finale, on l’avait préparée depuis 48 jours sans qu’ils ne s’en rendent compte. Dès que le tirage au sort a été fait, on a mis en place avec mon staff des axes de travail précis dans le seul but de battre Chambly, et sans le dire aux joueurs. En fait ils bossaient pour ce moment précis mais sans le savoir. L’idée durant la causerie c’était de leur dire qu’on était très satisfait de ce qu’ils avaient fait et que, quand on arrivait à un examen et qu’on avait bien révisé, on était prêt, on pouvait jouer ce match sereinement. Il n’y avait pas de pression à avoir.

Le fait de jouer devant autant de monde, près de 35.000 personnes à La Beaujoire contre Chambly, et bientôt 80.000 au Stade de France, c’est un élément potentiellement perturbateur pour vos joueurs ?

Oui, il faut vraiment les rassurer car c’est un poids. Quand on a peur de mal faire, de décevoir les gens, quand on a cette responsabilité-là, inconsciemment les joueurs se mettent une pression énorme. Il faut se focaliser sur les choses simples, il faut créer plein de sous-objectifs pour que le joueur se concentre sur les bases. Je leur demande par exemple d’être très attentifs à ce que leurs premiers gestes techniques soient assurés et sécurisés. Ce qui fait qu’à l’arrivée, le joueur se concentre là-dessus et non pas sur l’environnement, le contexte. Et forcément s’il réussit ça, il se met en confiance, les gens sont contents et tout s’enchaîne dans le bon sens.

Savez-vous déjà ce que vous allez dire à vos joueurs avant le match face au PSG ?

Non, non, je ne sais pas encore ce que je vais leur dire. Je sais exactement comment on va jouer contre le PSG, je sais ce qu’on bosse depuis 15 jours, pourquoi on le bosse, ce qu’on veut faire, mais par contre pour le dernier message je vais faire comme toujours : être à l’écoute de mon groupe, le sentir pour pouvoir faire passer le bon message au bon moment.