«Il est malmené, il prend des coups», le créateur d’Hexagoal nous parle du trophée de L1 (et pas de Neymar)

FOOTBALL L'artiste Franco-Argentin Pablo Reinoso a créé le trophée de Ligue 1 en 2006…

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Pablo Reinoso, le papounet d'Hexagoal.
Pablo Reinoso, le papounet d'Hexagoal. — Pablo Reinoso

Une victoire et terminé, bonsoir. Si le PSG remporte son match contre Monaco, dimanche soir au Parc des Princes, le club de la capitale sera officiellement sacré champion de France.

Après un an d’Erasmus sur la Côte d’Azur, à Monaco, Hexagoal va rentrer au bercail. Et même si le trophée de Ligue 1 ne sera pas remis aux mains de Thiago Silva ce dimanche, on a voulu savoir un peu qui se cachait derrière cet hexagone géant qu’on ressort en chaque fin de saison et connaître le pourquoi du comment de ce design atypique.

Pouvez-vous tout d’abord vous présenter ?

Je m’appelle Pablo Reinoso, je suis franco-argentin, je suis né en Argentine et je vis en France depuis 40 ans, je suis artiste, sculpteur et designer.

Vous avez quitté l’Argentine à cause de la dictature militaire du général Videla, c’est ça ?

Oui, nous avons décidé de quitter le pays en 1978. Je venais de finir mon service militaire, j’avais 22 ans.

L’année de la Coupe du monde de foot en Argentine.

Exact. On est partis juste après le Mondial. D’ailleurs j’étais au stade pour le France-Argentine, j’ai vu en direct le but de Platini.

Ça devait être un sentiment étrange de vivre un Mondial de foot, un évènement festif par nature, dans un environnement politique et social marqué par la dictature militaire ?

C’était l’un de nos nombreux problèmes, cette instrumentalisation, ce contrôle du Mondial par la dictature. On naviguait en pleine contradiction, en plein paradoxe, entre l’envie de vouloir que le pays gagne cette Coupe du monde, tout en sachant qu’il y avait un désastre derrière.

La transition n'est pas évidente, mais veons-en à Hexagoal. Comment en êtes-vous arrivé à être désigné par la LFP pour créer le trophée de Ligue 1 ?

Pour arriver à l’Hexagoal, il faut commencer par la Coupe de la Ligue. En 2002, la LFP a organisé une compétition entre artistes afin de créer un trophée. Je n’étais pas sûr de vouloir me présenter, je pensais que le milieu du football n’était pas très réceptif à une forme d’art contemporain mais on m’y a encouragé, j’ai fini par participer au concours et je l’ai gagné.

Kylian Mbappé a remporté la première Coupe de la Ligue de sa carrière.
Kylian Mbappé a remporté la première Coupe de la Ligue de sa carrière. - Franck Fife / AFP

Pour Hexagoal aussi, vous êtes passé par la case concours ?

La Ligue voulait remplacer le buste, créé par l’artiste Andrée Putman, l’ancien trophée de champion de France, puisqu’elle trouvait qu’il s’éloignait de la métaphore du football et s’approchait plus de quelque chose qui faisait référence à la mode. En 2006, quand Lyon a gagné le championnat (pour la cinquième fois de suite), la Ligue a décidé de leur donner le trophée et d’en créer un nouveau à travers un nouveau concours. Puisqu’ils me connaissaient, ils m’ont demandé d’y participer à nouveau. Là, je suis parti avec un certain avantage puisque je connaissais déjà bien l’esprit de la maison.

Vikash Dhorasoo et l'homme-tronc en 2003-2004.
Vikash Dhorasoo et l'homme-tronc en 2003-2004. - FRED DUFOUR / AFP

Quels étaient les critères de la Ligue ?

Quelque chose qui fasse ressortir la France. Donc, pour moi, il est vite devenu évident que je devais avoir un hexagone, qui est l’identification de notre pays, quelque part. La Ligue ne souhaitait pas que ce soit une coupe, pour qu’il n’y ait pas de confusions avec la Coupe de la Ligue, la Coupe de France, et les trophées européens qui sont aussi des coupes. Ils voulaient un trophée.

Quelle a été votre réflexion au moment de penser le design du trophée ?

Ce que je voulais, c’était d’obliger les joueurs, et particulièrement le capitaine quand il le brandit au public lors de la remise, à le lever obligatoirement avec les deux mains. Je voulais qu’il y ait une gestuelle bien particulière qui matérialise le V de la victoire avec les bras. Et pour ça, il a fallu le faire assez grand et assez lourd. Il est plus lourd d’environ 1,5 kg que la Coupe de la Ligue. Et ce kilo et demi de différence fait que vous ne pouvez plus le lever d’un seul bras. C’est une chose qui a un peu effrayé la Ligue mais finalement ça n’a pas posé de problème. Pour finir je voulais aussi qu’il y ait un ballon et une forme hexagonale, voilà comment de proche en proche j’ai réalisé ce trophée.

Tiens, tiens, on a trouvé un petit rebelle. Un indice à la maison: c'était en 2007.
Tiens, tiens, on a trouvé un petit rebelle. Un indice à la maison: c'était en 2007. - JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Qu’est-ce qui est le plus dur, la phase de réflexion ou celle de création ?

Pour la Coupe de la Ligue, c’était allé très vite, ce fut moins le cas pour le trophée de Ligue 1. Comme j’avais déjà remporté le premier concours, je ne voulais pas me rater sur celui-là et j’avais à cœur de faire une bonne présentation. La pression a été beaucoup plus grande pour le deuxième donc j’ai réalisé plein de maquettes, de croquis et ça m’a pris beaucoup plus de temps. Je crois que ça a dû me prendre un bon mois de travail avec mes équipes alors que pour la Coupe de la Ligue j’ai mis une journée pour l’imaginer.

Il n’existe qu’un seul modèle d’Hexagoal ?

Non, deux. Un qui reste à la Ligue toute l’année et un autre qui est donné au club et qu’il va garder une saison. Et quand le champion de France nous le restitue (chaque vainqueur garde une réplique d’environ 20 % plus petite), il faut qu’on retravaille dessus puisqu’il est souvent malmené, il prend des coups, il finit dans les douches à chaque titre. Il connaît une vie mouvementée et donc on le repolit, on le revernit, on lui refait une beauté.

Le croquis d'Hexagoal.
Le croquis d'Hexagoal. - Pablo Reinoso

Il lui est déjà arrivé de grosses misères ?

Une fois il est tombé du bus du PSG sur les Champs Elysées. Heureusement il n’y a pas eu de blessé mais le trophée était pratiquement mort, il a fallu le refaire. Ça a été la rigolade du côté des joueurs.

Et si une équipe remporte cinq fois de rang le championnat, elle garde l’original, c’est ça ?

C’est vrai pour la Coupe du monde de football, mais pas en Ligue 1. Ça s’était appliqué avec Lyon à la fin des années 2000, mais c’est parce que la Ligue voulait changer de trophée, c’est tout. Aujourd’hui le trophée incarne l’image de la compétition, son logo, donc si vous le changez vous devez tout changer. Peut-être qu’un jour il le sera mais dans ce cas-là il faudra changer toute l’image institutionnelle de la LFP, ce qui n’est pas une mince affaire.

Le trophée Hexagoal soulevé par les Monégasques en mai 2017.
Le trophée Hexagoal soulevé par les Monégasques en mai 2017. - BORIS HORVAT / AFP

Ça fait quoi de le voir brandi chaque année par les joueurs ?

Moi j’adore. Mais c’est un petit moment de plaisir personnel car personne ou presque ne sait que c’est moi qui l’ai designé, c’est quelque chose de très intime.