PSG-Dijon: «C’est allé vite, j’ai rien senti», le 8-0 vu par les supporters dijonnais

FOOTBALL Contre le PSG, les supporters dijonnais ont visiblement passé une moins mauvaise soirée que leurs joueurs...

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Neymar inscrit un doublé contre Dijon
Neymar inscrit un doublé contre Dijon — AFP

Alors que les joueurs dijonnais pansent leurs plaies et tentent d’oublier la peignée qu'ils se sont mangées au Parc des Princes, mercredi soir, face à un PSG monstrueux de facilité, à 20 Minutes, on a aussi une petite pensée pour tous ces supporters qui ont eux aussi pris une pilule phénoménale. Pour voir comment ils vivent cela, on a proposé à deux d’entre eux (Thomas, 20 ans, habite à Paris, et Nicolas, 22 ans, est venu de Dijon en bus), présents dans le parcage visiteur du Parc, de s’allonger sur le divan du service des sports et de vider leur sac. Morceaux choisis.

Comment ça va depuis hier soir ?

Thomas : J’ai la gueule de bois. Et pourtant je n’ai pas bu une once d’alcool. Tout ce que j’ai pris hier, c’est un muffin chocolat à la buvette du parc. Le meilleur moment de la soirée, assurément.
Nicolas : Ça va plutôt bien merci. Un peu frustrés du score qui ne reflète pas la physionomie du match, on aurait pu en prendre 3-4 de plus et vraiment rentrer dans l’histoire.

Comment on se sent, psychologiquement, quand on prend une telle valise ?

T : On relativise en se disant que ce n’est que du foot… non je déconne j’avais envie de poser un arrêt maladie ce matin. J’étais psychologiquement pas apte à faire autre chose qu’hiberner dans mon lit.

T’as réussi à trouver le sommeil ou bien tu as vu ta vie défiler devant tes yeux ?

T : J’ai pas dormi. J’ai essayé de compter les moutons mais tout ce que je voyais c’était des Neymar. J’en ai vu quatre. Minimum.

En tant que supporter dijonnais vivant à Paris, tu devais forcément attendre ce match avec impatience. Tu peux nous raconter un peu ta soirée ?

T : Je me suis levé à 7h, j’ai tweeté « à la conquête du parc » puis j’ai lancé un sondage « Combien de buts le DFCO inscrira au Parc ? : 1, 2, 3, 4 ou plus ? ». J’étais serein. L’exploit était réalisable, connaissant la qualité de jeu des rouges. Impossible de travailler de toute la journée, je me suis refait le but de Jeannot à l’aller au moins 100 fois. Puis deux heures avant le match, je me suis rendu au parc et j’ai retrouvé les autres en parcage.

Tu t’attendais à un match de quel type ? Tu avais senti venir la grosse branlée ou il y avait une petite part d’espoir en toi ?

T : Je m’attendais à un match facile. Je pensais que Kwon mettrait dans sa poche Kimpembe. Franchement les premiers instants étaient clairement à notre avantage ! T’as vu cette tentative de lob de Marié après trente secondes de jeu ? C’est pas passé loin. Plus sérieusement, en tant qu’éternel optimiste, je pensais que le DFCO aurait sa carte à jouer. Mais en jouant comme hier, même le PSG de Pancrate on ne l’aurait pas inquiété.
N : La raison appelait à prendre une défaite sévère, la passion mise toujours sur l’exploit, le match de raccroc, l’erreur d’arbitrage, la blessure qui fait basculer la rencontre et qui nous fait réaliser le hold-up. Un hold-up est tellement plus kiffant qu’une victoire méritée. On s’était dit que sur un malentendu…

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Tu peux nous décrire l’ambiance dans le parcage au fur et à mesure que les minutes passaient et que les buts s’empilaient ?

T : Les deux groupes de supporters, les Lingon’s et les Témeraires, avaient fait le déplacement. Au coup d’envoi ça chantait beaucoup. A 1-0 aussi. Et ensuite… L’ambiance était néanmoins agréable et tous les supporters sont restés jusqu’au bout. On a même applaudi les joueurs à la fin ! T’imagines ? Les parisiens sifflent Neymar à 7-0 et nous, on applaudit nos joueurs qui en prennent huit. C’est beau.
N : Ambiance sympa, on n’était pas venu se toucher sur Mbappé and co. Nous, c’est Tavares, Abeid et Reynet qui nous font rêver. Les quatre premiers buts ont fait mal car ils ont annihilé tout espoir. Après le quatrième, on a tout pris à la rigolade.

Vous vous êtes fait chambrer par les supporters parisiens qui vous entouraient en tribunes ?

T : 80e minute : « Mais ils sont où, mais ils sont où, mais ils sont où les Dijonnais ? ». Mais bon, ils n’avaient pas trop le temps de nous chambrer vu qu’il y avait un but toutes les 3 minutes.
N : Les parisiens chambraient, logique. Nous, on leur a rappelé qu’ils faisaient moins les malins il y a 700 ans quand les ducs de Bourgogne dominaient l’Europe et qu’on vendait Jeanne d’Arc aux Anglais.

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J’imagine que quand tu prends un 8-0, tu finis par voir ça avec humour, non ?

T : J’habite à Paris depuis vingt ans et j’ai résisté aux blagues hebdomadaires du style « tu viens de Dijon donc tu manges que de la moutarde ? ». C’est pas un 8-0 qui va me faire mal.
N : Ouais au bout d’un moment on a épuisé toutes les blagues : la manita, le set de tennis, l’essai transformé au rugby… restait que la barre des dix buts pour parler de baby-foot. Au bout d’un moment, notre principale interrogation était de savoir de quel côté était descendu Johnny en 1993.

Finalement, le plus dur ce sont les deux-trois premiers buts. Le reste ça passe comme une lettre à la poste, non ?

T : Mais grave ! En plus, comme je l’ai dit, j’ai pris un muffin à la buvette du parc. Il devait y avoir 4-0 à ce moment-là. Le temps de le manger, on est passé à 6-0. C’est allé vite. J’ai rien senti.
N : Qu’on perde 3-0 ou 8-0... ça reste 0 point pris au Parc, comme prévu. A 8-0 on a entamé un « olééé » à chaque passe réussie de notre côté. Ils ont aligné au moins 8 passés à ce moment-là, ça a fait rire pas mal de monde.
Si t’as des potes qui sont fans du PSG, ça ne doit pas être facile aujourd’hui…
T : A la fin du match je devais avoir cent notifications à base de #jesuisDijon ou « désolé pour toi ». Ce matin, mon boss m’a présenté ses condoléances.

Songes-tu à changer d’identité et de pays ?

T : Jamais. L’an prochain on marquera au moins un but.

Dans quel état d’esprit vous avez quitté le Parc ? Tu peux nous raconter un peu l’ambiance du retour dans le bus ?

N : Au fond, ça nous faisait tous rager. Mais fallait pas se pourrir le trajet du retour pour ça. Quand tu supportes Dijon, t’as l’habitude de perdre à l’extérieur, ça te fait plus aucun effet au bout d’un moment. On s’est dit qu’heureusement on n’avait pas décidé de boire autant de verres que de buts encaissés, pas sûr qu’on nous aurait retrouvés. Et finalement le résultat ne nous a pas empêché de faire la fête au retour, en écoulant tout le répertoire de la variété française (hommage à France Gall et Johnny). En somme c’était sympa : vingt euros pour voir huit buts, c’est pas donné à tout le monde. On reviendra.