Lyon: L’OL a-t-il vraiment raison de se plaindre du traitement subi par Nabil Fekir contre Angers?

FOOTBALL Depuis dix ans, aucun joueur n'a subi durant un match de Ligue 1 plus de fautes que Nabil Fekir, dimanche face à Angers (1-1)...

Jérémy Laugier

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Nabil Fekir avait déjà subi de nombreuses fautes, le 10 décembre lors d'un succès lyonnais (1-2) à Amiens.
Nabil Fekir avait déjà subi de nombreuses fautes, le 10 décembre lors d'un succès lyonnais (1-2) à Amiens. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Depuis le fameux derby dans le Chaudron en novembre, Bruno Genesio estime que Nabil Fekir subit « un traitement bizarre » de la part des défenseurs de L1.
  • A écouter l’entraîneur de l’OL et Jean-Michel Aulas, les Angevins auraient quasiment présenté une équipe de bouchers déterminés à s’occuper du meneur de jeu lyonnais dimanche.
  • Vous l’aurez compris, le record en Ligue 1 depuis dix ans de dix fautes sifflées en faveur de Nabil Fekir inspire de nombreuses réflexions, à l’OL, au SCO d’Angers, et évidemment à « 20 Minutes ».

La statistique du jour révélée par Opta n’a pas mis longtemps à être exploitée par Jean-Michel Aulas. Le décevant nul (1-1) concédé par son club dimanche contre le 19e de L1 a selon lui avant tout été marqué par le traitement de faveur réservé par la défense angevine à Nabil Fekir. Le fait qu’aucun joueur n’ait subi plus de fautes (à savoir dix) que le meneur de jeu de l’OL depuis dix ans lors d’un match de Ligue 1 n’est évidemment pas anodin.

« On peut encore saluer le match héroïque de Nabil », a spontanément évoqué le président lyonnais devant les médias dimanche, avant d’embrayer sans grande surprise sur une autre dimension.

« Plutôt que de chercher à aller regarder dans une pseudo-commission si Mariano, après avoir été touché, a plongé ou pas, je pense qu’il faut vraiment protéger les créateurs comme Nabil. Il vient de me montrer ses deux jambes qui sont touchées, avec des impacts de tous les côtés. Il y a eu beaucoup de fautes d’antijeu qui n’ont pas, sauf à la fin, enclenché de cartons. On a doublement été pénalisés car d’une part, Nabil ne peut pas s’exprimer, et le temps de jeu a sans doute été inférieur à ce qu’il aurait dû être. »

De « l’antijeu » ou un audacieux coup tactique de Stéphane Moulin ?

Une réaction nettement plus dense sur le sujet que celle de Bruno Genesio peu avant. Mais un mois après avoir été expulsé à Amiens (1-2) pour s’en être pris à Olivier Thual en raison d’une (énième) faute non sifflée sur Nabil Fekir, l’entraîneur lyonnais a tout de même glissé dimanche : « J’aimerais vraiment qu’on se penche là-dessus pour favoriser le jeu et non pas l’antijeu. Ce soir, je crois qu’on a plus favorisé l’antijeu que le jeu. » Deux visions des hommes forts de l’OL qui nous inspirent plusieurs réflexions.

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  • Rien à dire sur le tacle adressé à la commission de discipline concernant la convocation (pour simulation supposée) de Mariano Diaz, nous sommes d’accord à 200 %.
  • Par contre, Nabil Fekir est entré dans l’histoire récente de la Ligue 1 pour avoir subi le plus de fautes… sifflées. On a le sentiment que d’autres techniciens ont été encore plus malmenés par leurs adversaires, mais dans des matchs avec des arbitres plus permissifs. Là, Frank Schneider nous a semblé plutôt juste (bien davantage qu’Olivier Thual à Amiens d’ailleurs), tant dans ses coups de sifflet que ses cartons, à l’image de l’expulsion de Flavien Tait (84e).
  • Le capitaine de l’OL n’a en tout cas subi aucun « attentat » dimanche pouvant objectivement justifier une telle campagne médiatique de la part de JMA et de Bruno Genesio. Rien que le même jour, le Toulousain Issiaga Sylla a subi une effrayante semelle sur la cheville du Stéphanois Bryan Dabo, averti d’un simple carton jaune.
  • Lorsque Bruno Genesio pointe « l’antijeu » angevin, on peut penser qu’il fait référence au marquage individuel strict exercé dimanche par le milieu du SCO Baptiste Santamaria sur Nabil Fekir. Pour le coup, on a surtout envie d’applaudir l’audacieux coup tactique de Stéphane Moulin que personne n’avait vu venir. « On n’a pas su gérer ce joli marquage individuel sur Nabil », a d’ailleurs reconnu avec fair-play Anthony Lopes. Si un 19e de Ligue 1 n’a pas le droit d’envisager cette possibilité pour faire déjouer un adversaire plus fort sur sa pelouse…

« Il fallait museler le chef d’orchestre, l’artiste de l’équipe »

L’entraîneur du SCO n’était pas peu fier de son plan ayant surtout limité « Nabilon » à une vingtaine de ballons touchés (loin du but) en première période, avant qu’il ne s’excentre davantage après le repos, comme sur son but (47e). « Je n’avais jamais mis ça en place dans un match avec le SCO. J’ai considéré que pour essayer de diminuer cet écart qui existe entre les deux équipes, il fallait museler le chef d’orchestre, l’artiste de l’équipe. Je pense que ça l’a un peu perturbé. Comme il est très fort, il a malgré tout trouvé la solution et il faut le féliciter », confie Stéphane Moulin.

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Comblé par le nul arraché par son équipe à Lyon, celui-ci s’est par contre immédiatement montré irrité lorsqu’on lui a rapporté les propos de Bruno Genesio sur ce fameux « antijeu favorisé » lors de ce match.

« Je ne suis pas d’accord. Je ne trouve pas que Nabil Fekir ait été maltraité. Il a certainement été retardé, ennuyé, gêné, c’était l’objectif. On n’est pas une équipe qui met des coups. Quand on a quelqu’un qui est toujours à ses basques, c’est évidemment gênant, je veux bien l’admettre. Pour le reste, ça n’engage que Bruno. »

« C’est aux arbitres de sortir les cartons quand il le faut »

Interrogé à ce sujet par 20 Minutes après la rencontre, le milieu angevin Angelo Fulgini a d’abord tenu à souligner « le sacrifice pour l’équipe de Baptiste Santamaria car ce n’est pas facile de se concentrer sur un joueur durant tout un match ». A l’écouter ensuite, on comprend que pour lui, Nabil Fekir serait sur ce match… trop protégé par l’arbitrage de Frank Schneider.

« Il y a des actions où on le touche à peine et c’est sifflé. On a parfois eu les mêmes situations sauf qu’on n’obtenait pas de coups francs en notre faveur. En tout cas, on ne s’est évidemment pas dit qu’il fallait casser Nabil Fekir! Il y avait un marquage sur lui. C’est le foot, il y a des fautes, un dribbleur vif comme lui prend souvent des coups, c’est normal. Mais nous aussi, on a subi des fautes aujourd’hui. »

Dans ce vaste débat qui risque de souvent revenir sur le tapis durant la deuxième partie de saison de l’OL, le mot de la fin reste pour le principal intéressé. « C’était un match un peu compliqué pour moi, admet Nabil Fekir. J’avais un joueur au marquage pendant toute la rencontre. Il y a eu quelques fautes mais pas de traitement particulier. Ça fait partie du foot. C’est aux arbitres de sortir les cartons quand il le faut. Ce soir, l’arbitre a été bon. » N’en déplaise à Jean-Michel Aulas et Bruno Genesio.