OL: Pourquoi Nabil Fekir a vraiment retrouvé toute sa «magie» pour de bon

FOOTBALL Deux ans après sa grave blessure au genou, l’attaquant international est de retour à son meilleur niveau avec l’OL, qui entre en lice en Ligue Europa ce jeudi (19 heures) contre l’Apollon Limassol. « 20 Minutes » décrypte son évolution…

Jérémy Laugier

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A l'image de ce duel avec le Bordelais Younousse Sankharé le 19 août au Parc OL (3-3), Nabil Fekir prouve depuis la reprise qu'il a retrouvé tous ses moyens physiques.

A l'image de ce duel avec le Bordelais Younousse Sankharé le 19 août au Parc OL (3-3), Nabil Fekir prouve depuis la reprise qu'il a retrouvé tous ses moyens physiques. — PHILIPPE DESMAZES / AFP

  • Meilleur espoir de la Ligue 1 en 2014-2015, Nabil Fekir pourrait être élu meilleur joueur du mois d’août.
  • Entre-temps, l’international tricolore a connu une longue traversée du désert.
  • Des proches nous racontent comment «Nabilon» a retrouvé tous ses moyens, entre physique, coup de reins, confiance et nouveau statut dans le vestiaire lyonnais.

Il faut l’avouer, on s’est parfois enflammé la saison passée en entrevoyant le retour du grand Nabil Fekir. A savoir celui de la saison 2014-2015 (13 buts et 9 passes décisives), brutalement stoppé dans sa folle ascension par une rupture des ligaments croisés du genou avec les Bleus. Mais ni ses festivals face à Montpellier (3 buts et 3 passes en deux matchs), ni son sublime numéro contre l’AS Roma en Ligue Europa (4-2) n’ont été confirmés sur la durée. C’est ce que le nouveau capitaine de l’OL est en passe de faire depuis la reprise, alors que l'aventure européenne débute ce jeudi (19 heures) à Chypre face à l'Apollon Limassol.

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​Un physique retrouvé. De l’avis de tous, Nabil Fekir (24 ans) est dans sa meilleure forme physique des deux dernières années. Les polémiques évoquant la saison passée un surpoids démenti par son club semblent lointaines. « Je le trouve vraiment affiné et très affûté, ce qui explique en partie son retour au premier plan », évoque Robert Mouangué, son ancien entraîneur en U19 nationaux à Saint-Priest. Kémil Sebaa, son ex-partenaire dans cette équipe (en 2010-2011), suggère même que « cette blessure a pu être un mal pour un bien ». « Elle lui a permis de rééquilibrer son corps, avec un gros travail effectué au niveau des abdos, estime son ami. Avant, c’était un peu un taureau mais sa puissance est à présent mise au profit de sa technique. On voit qu’il résiste aux charges d’un défenseur d’1m90. »

Formé à l’OL et proche du numéro 18 Lyonnais, Saïd Mehamha n’est pas vraiment surpris par sa saison 2016-2017 mitigée (14 buts et 12 passes décisives tout de même, toutes compétitions confondues). « Aujourd’hui, il se sent mieux physiquement, c’est une certitude. Mais il est impossible de tout casser direct après une telle blessure. On n’a pas du tout vu Falcao pendant deux ans et demi, et on a vu Nabil par séquences, chaque corps est différent. » Après cinq journées, les deux intéressés planent en tout cas sur la Ligue 1, au point d’être nommés pour le trophée de meilleur joueur UNFP du mois d’août aux côtés de Neymar.

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Un coup de reins intact. Son quatrième but de la saison, dimanche contre Guingamp (copié deux jours plus tard par un certain Leo Messi face à la Juve), l’a prouvé : Nabil Fekir fait de nouveau d’énormes différences balle au pied. Deuxième de L1 au nombre de dribbles réussis (5,4 par match) et troisième dans les duels gagnés (11,2, contre 8,1 lors de sa meilleure saison en 2014-2015), l’international tricolore (9 sélections, 1 but) a retrouvé son coup de reins qui a jadis pu traumatiser l’ancien Caennais Chaker Alhadhur.

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« La saison dernière, ses crochets pouvaient passer mais pas le petit coup de reins qui est censé suivre, analyse Saïd Mehamha. Ses enchaînements vont désormais beaucoup plus vite. Vu son jeu tout en dribbles, il a besoin d’être toujours en jambes pour s’exprimer. » Si le coup de reins est de retour, son but d’anthologie du milieu du terrain face à Bordeaux (3-3) prouve que son coup d’œil l’est tout autant.

« Il nous a tous choqués, reconnaît Saïd Mehamha. Autant on sait qu’il a une bonne patte gauche, mais frapper à l’instinct de si loin du pied droit… Comme quoi, quand la confiance est là. » « Je me souviens qu’il se servait juste de son pied droit pour tirer les corners en se la racontant à l’entraînement, se marre Kémil Sebaa. Ce lob contre Bordeaux, c’était vraiment de la magie. »

Un mental toujours hors pair. Nabil Fekir répète à l’envi qu’il n’a jamais douté durant cette longue traversée du désert, entamée le 4 septembre 2015 à Lisbonne. Une confiance à toute épreuve confirmée par ses proches. « Nabil a toujours su être patient, glisse Kémil Sebaa. Comme on dit, c’est le ''mektoub'' [le destin], on ne peut rien y faire. » Robert Mouangué poursuit la description mentale extrêmement élogieuse de son ancien protégé.

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« Tout ce qui lui arrive ne m’étonne pas. C’est un mec courageux. A la fin de sa saison avec nous à Saint-Priest, Saint-Etienne lui proposait un contrat stagiaire de trois ans. Il a fait le choix le plus difficile en revenant pour seulement une saison, sans plus de garanties, à l’OL, qui ne l’avait pas conservé à 15 ans. Rien n’est dû au hasard dans sa carrière. A 20 ans, il n’était encore rien. Il bosse et il se battra toujours pour arriver au sommet. Il s’était déjà forgé un sacré caractère mais sa grave blessure lui a encore rappelé d’où il venait et l’a rendu plus costaud. »

Son nouveau statut l’a changé. Décrié par de nombreux supporters de l’OL, Bruno Genesio est au moins parvenu à mettre tout le monde d’accord sur un choix, celui de nommer cet été Nabil Fekir capitaine à la surprise générale. « C’est sûr que je n’ai pas le souvenir d’un aboyeur, confie Robert Mouangué. Il parlait seulement avec ses pieds mais son parcours lui a fait gagner en maturité et le pousse à prendre la parole. » « Il faut savoir que Nabil est très proche de ses trois petits frères, indique Kémil Sebaa. Et comme dans sa famille, il a toujours bien aimé jouer le rôle du grand frère à l’OL en prenant sous son aile les plus jeunes. »

L’actuel milieu de Bords de Saône se lance même dans une comparaison osée concernant « Nabilon » : « Je me souviens qu’à l’époque, beaucoup doutaient du fait que Zidane puisse être capitaine en équipe de France. Dans les deux cas, il s’agit de leaders techniques qui donnent envie à leurs partenaires de s’arracher pour leur donner la balle. » C’est donc aussi ce symbolique brassard, combiné à une position axiale renforcée (contrairement à la saison passée), qui a rendu de nouveau Fekir royal.

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« C’est son poste de prédilection. Ce n’est pas qu’il ne veut pas jouer sur un côté mais il sait qu’il apporte beaucoup plus à l’équipe en étant dans l’axe. Sentir la confiance du club lui donne du peps. Il a envie de porter cette équipe très haut », confirme Saïd Mehamha. Peut-on carrément imaginer le « Nabilon » 2017 au-dessus de celui de 2015, comme le prouvent ses stats supérieures à tous les niveaux après un mois de compétition ? « Il y a trois ans, il a surpris tout le monde, décrypte Kémil Sebaa. Aujourd’hui, on sent que toutes les défenses sont bien plus sur leurs gardes vis-à-vis de Nabil. Mais malgré ça, il fait exactement les mêmes différences. Ça veut donc bien dire qu’il a progressé, non ? » Ça se tient, comme tout ce que réalise Capitaine Fekir depuis la reprise.

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