PSG-Bayern Munich: Et si Paris avait fait la plus grosse erreur de sa vie en laissant filer Ancelotti ?

LIGUE DES CHAMPIONS L’entraîneur italien, aujourd’hui au Bayern Munich, est parti au bout d’un an et demi, faute de confiance de la part du club…

Julien Laloye

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Carlo, comme tu étais beau
Carlo, comme tu étais beau — JEROME MARS/JDD/SIPA

Une scène pour raconter Ancelotti et le PSG. On est au printemps 2013, Paris est champion ou alors ce n’est plus qu’une histoire de calendrier, et la salle de presse du Camp des Loges est un murmure de reconnaissance plaintive. Chacun son tour y va de son petit mot d’amour à l’entraîneur italien pour lui demander de rester. On n’a pas l’expérience d’un vieux crocodile dans le métier, mais c’était un moment marquant. Un moment pour rien. Don Carlo avait décidé de rejoindre le Real Madrid, et il a déjà raconté l’histoire cent fois. « Le club a perdu confiance en moi, et j’ai perdu confiance en lui », a-t-il un jour résumé de sa meilleure formule.

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On rembobine le pourquoi du comment. Une mauvaise série à l’automne, un coup de pression de jeune fille impatiente depuis Doha, et la perspective d’être viré en cas de défaite contre Porto en Coupe d’Europe. Carlo et son palmarès long comme un bras de Rudy Gobert froncent le sourcil très fort. On ne fait pas ce coup-là à un monument des bancs de touche. Six mois plus tard, le titre, et au revoir.

« Quelque part, on lui a manqué de respect », juge Christophe Galtier, élu meilleur entraîneur de L1 en compagnie d’Ancelotti cette saison-là. Pas mieux que sa première rencontre avec le maître pour illustrer le propos. « On venait de gagner au Parc, et ça ne l’avait pas empêché de me recevoir avec une humilité et une curiosité extraordinaires. Parce qu’un entraîneur doit savoir vivre avec la défaite, bien sûr, mais surtout parce qu’il était sûr de son fait, d’une grande sérénité. Ancelotti a fait l’unanimité partout où il est passé, et pourtant en France, j’ai l’impression qu’il n’a jamais été vraiment considéré comme il devait ». Le reproche vaut pour le PSG et pour le milieu du foot français, soupçonné de conservatisme aigu devant tout ce qui est main-d’œuvre étrangère, même quand elle a la qualité d’un Ancelotti.

« Il n’a pas été considéré comme il le devait »

Le contexte a joué, aussi : le PSG avait dégagé Kombouaré pour lui faire de la place alors que son équipe était leader à la trêve, la saison d’avant. Frédéric Antonetti, alors en poste à Rennes, se montre moins sévère : « Je n’ai jamais entendu un coach français dire quoi que ce soit de négatif sur Ancelotti. C’était un gentleman, un gagneur, que je mets au même niveau que des Guardiola, des Mourinho, ou des Wenger ».

D’Ancelotti, on aimait à peu près tout. Son accent (« On a fait un bon mètch »), ses plaisanteries toujours bien senties (« Comment je fais pour apprendre le Français ? Je regarde la télévision et le cinéma français. Le plus facile a été de regarder The Artist ! », on en sourit encore), et surtout son savoir-faire dans le management des hommes. Raphaël Fèvre, ancien préparateur physique du club : « En dehors d’être un très bon entraîneur, c’est humainement l’une des personnes les plus fortes que j’ai rencontrées. Il est formidable avec les gens, du petit mec qui lui amène ses papiers au président du club ». Deux ou trois souvenirs de la part de ceux qui l’ont côtoyé de près, piqués à droite à gauche.

Le week-end accordé à Mathieu Bodmer (SFR sport)

Ma femme avait eu un accouchement difficile en début de semaine, et par-dessus j’apprends que le coach ne me convoque pas dans le groupe pour le match du week-end. Je suis furieux, je croise Leonardo qui me dit d’aller demander des explications au coach. Je monte, et il me dit : "Tu viens d’avoir un enfant, c’est bien ça ? Reste chez toi, profites-en trois/quatre jours, c’est un peu plus important que le foot non ?". Voilà, c’était Carlo »

 

Le Barbecue chez Sylvain Armand (culture PSG)

Il avait voulu faire un barbecue parce qu’en Italie, en août, c’était la tradition. Toute l’équipe était venue chez moi, il avait pris le micro, chanté… Pendant une soirée, il était capable de te prendre par le cou, de danser avec n’importe qui, rigoler… »

 

La célébration du titre, by Zlatan

Il a été fantastique ici, encense-t-il. Il ne parle pas beaucoup, garde beaucoup pour lui, mais c’est l’entraîneur que j’ai connu qui a eu la meilleure relation avec ses joueurs. Quand il met quelqu’un sur le banc, il s’excuse et explique pourquoi. Quand on a gagné le titre, il nous a tous mis dans une petite salle pour nous remercier personnellement, avec un message perso pour chacun. Tout le monde souhaite qu’il reste »

 

Une dernière pour la route, contée par Galtier lui-même. « On n’est pas restés spécialement en contact, mais il a laissé un petit mot dans le magazine de l’ASSE pour saluer mon départ en fin de saison passée. La classe quoi. ». Voilà ce que le petit mot disait. « Mes meilleures salutations et toutes mes félicitations à Christophe Galtier, mon ami et confrère. Je repense avec plaisir au trophée du meilleur entraîneur de Ligue 1 que nous avons partagé en 2013. Aujourd’hui s’achève pour lui une période fantastique passée à Saint-Etienne, où son équipe s’est toujours distinguée par la qualité de son jeu et par son organisation. Je souhaite à mon ami Christophe les plus grands succès pour le futur. »

Un grand entraîneur avant d’avoir un grand club

Tous ces compliments pour dire la même chose. Il y a comme un regret que l’histoire se soit terminée si tôt, parce que le PSG n’a pas été capable d’apprécier Ancelotti à sa juste valeur, comme si le grand entraîneur était arrivé avant le grand club, et que les deux réunis aujourd’hui, ce serait quelque chose. Pas si simple, comme l’a rappelé Marco Verrati. Paris avait besoin d’un entraîneur aussi imposant qu’Ancelotti pour crédibiliser le projet. « C’était difficile de convaincre les joueurs à venir ici, à l’époque. Les Ibra, les Thiago Silva, ils sont venus grâce à lui, il a donné de l’expérience à un club qui n’en avait pas beaucoup ». Cela vaut aussi pour les méthodes de travail. Certains joueurs sont tombés de leur chaise quand on leur a collé un GPS sur le dos et qu’on s’est mis à surveiller leur diététique.

« Le club s’est amélioré, a plus d’expérience après beaucoup d’investissements. Maintenant, c’est un grand club », résume sobrement le désormais entraîneur du Bayerndans l’interview accordée au Figaro en début de semaine. Mais si Ancelotti a construit la maison et fait la déco, il n’a jamais pu profiter de l’écran plat. « J’admirais son travail sur la psychologie des joueurs, j’étais un grand fan de ses conférences de presse, mais dans le jeu proprement dit, il n’a pas laissé de traces comme un Laurent Blanc, juge Antonetti. Il faut dire qu’il n’avait pas la même équipe, le PSG c’était surtout Ibrahimovic. Il jouait beaucoup en transition, avec des contre-attaques rapides ».

Serait-il l’homme de la situation, aujourd’hui, celui capable, au hasard, de renvoyer Neymar à la niche histoire de régler pour de bon cette dispute enfantine autour des penaltys ? Christophe Galtier : « Ce serait faire injure à Laurent Blanc et à Emery que de dire qu’Ancelotti ferait mieux. Cela dit, si on lui avait laissé le temps, je pense qu’il aurait eu le temps de se bâtir le même palmarès qu’à l’étranger. Quand on y pense, il est parti pour remporter la Ligue des champions avec le Real Madrid. » « Il dégage une certaine sérénité qui permettrait peut-être de mieux gérer les secousses de l’actualité parisienne », complète Antonetti.

« Une référence pour tous les coachs dans le monde »

Le commandant du bord du moment n’en prend pas ombrage. On a lancé Emery sur son confrère pour voir. C’était plein de sincérité : « C’est une grande personne, avec beaucoup de sensibilité pour le foot, pour les autres coachs. Il a une grande histoire, c’est une référence pour tous les coachs dans le monde. Je suis sûr que tous les supporters vont se rappeler les bons moments qu’il a passés ici et l’accueillir comme il se doit ». Avec de la nostalgie ou des regrets ? Les deux ne sont pas incompatibles.