Ligue 1: Mais bon sang, pourquoi les stades de Ligue 1 se vident-ils autant?

FOOTBALL L’affluence est en chute libre en ce début de saison…

B.V. avec J.Lau, F.L, L.D, C.L, D.P, M.F en régions

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Les stades de Ligue 1 ces derniers mois, pas vraiment la joie
Les stades de Ligue 1 ces derniers mois, pas vraiment la joie — SIPA

A première vue, c’est un peu loupé. Si le foot français comptait beaucoup sur un « effet Euro 2016 » pour rebooster l’engouement autour de sa Ligue 1, ça ne se voit pas vraiment dans les stades. Oui, même avec les nouveaux stades, même avec le bon parcours des Bleus, l’affluence en Ligue 1 est en chute libre. En chiffres, ça donne 144.873 spectateurs en moins par rapport à la même période l’an dernier.

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On a donc fait le tour des stades, comme un samedi soir avec Jacques Vendroux, pour essayer de comprendre pourquoi.

Raison N°1 : Parce que le spectacle n’est quand même pas dingue

Sont concernés > Tous les stades, mais principalement Nantes, Lille, Marseille et un peu Saint-Etienne

Coïncidence ? On ne pense pas. La plupart des stades victimes d’une baisse d’affluence sont aussi victimes de belles chutes au classement. Nantes, Lille et Marseille connaissent un début de saison moisi, etsurtout les matchs à domicile sont des purges. « Le manque de résultats sportifs actuel est un facteur d’explication, lance Aurélien Delespierre, directeur marketing, communication et billetterie du Losc. C’est même le premier levier d’attractivité dans un stade. Sur 100 % d’affluence, 70 à 80 % est lié aux performances sportives. » « C’est normal, il faut comprendre les supporters, commentait, lucide, le joueur Marseillais William Vainqueur après le nul contre Lyon (0-0). Quand on engrangera les victoires, ils reviendront plus massivement. »

Le bas du classement de la Ligue 1
Le bas du classement de la Ligue 1 - Capture d'écran site LFP

Saint-Etienne s’en sort mieux au classement, mais niveau spectacle c’est pas vraiment la joie non plus. « Il est vrai qu’on n’est pas forcément gâté à Sainté, reconnaît le site de supporters En vert et contre tous. Nous n’avons plus de joueurs offensifs spectaculaires comme ont pu l’être Aubameyang voire Gradel. On soutient Galtier mais il s’est mis une partie du public à dos avec des tactiques dites trop défensives. » « Au-delà des performances du club, le spectacle proposé en Ligue 1 n’incite pas forcément les gens à se déplacer, confirme Aurélien Delespierre. Ce spectacle n’est pas au niveau ou n’est pas assez valorisé. Il y a aussi plus d’accès aux spectacles des autres ligues européennes donc on peut comparer plus facilement qu’avant. »

Raison N°2 : Le prix des billets

Sont concernés > Nantes, Lyon, Paris et quelques autres

C’est aussi lié à la première raison. Considérant la qualité du spectacle, claquer un demi-smic pour voir 22 chèvres pondre un 0-0, ça fait mal. Bon, on exagère volontairement, mais vous voyez l’idée. « Eric Chevrier [directeur commercial du FC Nantes] considère les supporters comme des vaches à lait et de simples consommateurs, pestait Julien, membre de la Brigade Loire il y a quelques semaines. La grille tarifaire proposée pour les matchs à domicile cette saison en est la parfaite illustration. Leur méconnaissance totale du monde du football est abyssale. Ils appliquent leurs principes appris en école de commerce. Mais nous sommes à La Beaujoire pas au Gaumont avec son pop-corn devant un film… »

Si les abonnés des kops ont été plutôt bien traités à Lyon, les autres ont connu une augmentation de 20 à 30 % avec le passage de Gerland au Parc OL. Mais c’est surtout pour les prix des non-abonnés que les reproches des supporters se concentrent. « Des centaines de places ne partiront pas contre Saint-Etienne car elles coûtent entre 150 et 300 euros, indique ainsi Olivier, un habitué du virage sud. L’OL fait aussi du yield management comme les aéroports et les hôtels. Une place en virage sud supérieur valant 10 euros au départ peut par exemple monter jusqu’à 20 ou 30 euros deux semaines plus tard. »

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Raison n°3 : Le manque d’effet « nouveau stade »

Sont concernés : Lille, Bordeaux, Nice, Lyon

Certains en ont terminé avec l’effet nouveau stade, d’autres n’en ont jamais vraiment vu la couleur. Les enceintes crées en vue de l’Euro 2016 ne connaissent pas un début de saison incroyable. « Quand le stade a été inauguré en 2012, on avait un volume d’abonnés et de public sans doute surévalué par rapport à la réalité, note le directeur marketing du Losc. Il y avait l’effet nouveauté, la dynamique d’entrée dans une nouvelle enceinte. Mais aujourd’hui, on a atteint l’épuisement de cet effet nouveauté. »

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D’autres stades neufs en ont même à peine profité, comme Bordeaux ou Lyon. L’inauguration et l’excitation des débuts du Parc OL (55 168 spectateurs en janvier… face à Troyes !) sont passées. A la vue du calendrier jusque-là (Caen, Bordeaux et Montpellier un mercredi à 19 h), il n’est pas très étonnant que Décines n’ait pas encore attiré les foules cette saison. La moyenne va forcément grimper après les réceptions de l’ASSE, du PSG, de l’OM et de Monaco, mais on peut raisonnablement penser que ce stade est un poil trop grand pour la Ligue 1.

Raison N°3 bis : Les nouveaux stades sont difficiles d’accès

Sont concernés : Lyon, Bordeaux, Nice

C’est bien de construire des nouveaux stades, c’est encore mieux de le construire pas trop loin du centre-ville. Inauguré il y a trois ans, l’Allianz Riviera est posé au milieu de la plaine du Var. Les soirs de matchs, entre l’éloignement et les embouteillages, il faut presque une heure pour rallier le centre-ville au stade. Conséquence : il compte une affluence moyenne de 22.000 spectateurs alors qu’il peut en accueillir plus de 35.000. « Il aurait fallu reconstruire un stade de ville, estimait la saison dernière Benjamin, un supporter. Il est important pour les Niçois d’accéder au stade dans un temps raisonnable. » Depuis, la métropole a inauguré un boulevard de 40 mètres (de large !) pour accéder à l’Allianz riviera. Elle prévoit également une ligne de tram pour 2030. En attendant, des bus font la navette avec le centre-ville et les parkings relais, et les supporters patientent…

L'Allianz Riviera de Nice, pas vraiment en centre-ville
L'Allianz Riviera de Nice, pas vraiment en centre-ville - Robert Grahn / EUROLUFTBILD / AFP

Cela dit, tout le monde s’accorde à dire que l’OL a mieux géré l’accessibilité à son nouveau stade que Nice ou Bordeaux par exemple, où il faut se garer à près de 30 minutes à pied du stade si l’on veut venir en voiture. « La plupart des supporters trouvaient quand même qu’il était bien plus pratique de se rendre à Gerland, en plein centre de Lyon, et avec le métro, qu’à Décines où les accès routiers sont vraiment bouchés et où le temps d’attente pour les navettes est parfois conséquent après les matchs », constate Anthony du virage nord. De plus, l’absence – pour le moment — de bars et restaurants juste à côté du stade (hormis la brasserie des Lumières de Bocuse) est un problème là aussi pointé par les spectateurs.

Raison N°4 : La crainte terroriste

Sont concernés > Tous les stades

Personne ne l’a oublié, la récente vague d’attentats qui a touché la France a débuté au Stade de France, le 13 novembre dernier. Et forcément, au moins inconsciemment, il existe désormais une certaine peur de se rendre dans tous les lieux publics, et particulièrement au stade. « Ce n’est pas le premier argument mais c’est une réalité, assure Aurélien Delespierre. Le contexte terroriste actuel joue aussi. On l’a senti tout de suite après les attentats du 13 novembre. L’impact est réel notamment sur les enfants. Dans le doute, on ne les envoie pas au stade. »

A Lyon, La Préfecture du Rhône et l’OL ont vite communiqué, le 20 septembre, pour tenter de dégonfler l’article du Progrès évoquant «  une menace d’attentat au Parc OL évitée avant l’Euro ». « Mais par les temps qui courent, je pense quand même que ça peut en inciter certains, et notamment des familles, à rester à la maison pour regarder les matchs », estime le supporter Anthony.

Raison bonus spécial OM : Parce que les problèmes internes du club fatiguent les supporters

Est concerné > L’OM

Faut-il encore le répéter ? A Marseille, le foot est une question d’état d’esprit. Perdre est une chose, traîner la patte sur le terrain une autre. L’atmosphère globale qui entoure le club rend dingue les supporters. « C’est un problème plus grave que purement sportif, estime Thomas, ancien abonné South Winner. En 2000 quand le club s’est battu pour le maintien, je ne ratais pas un match. A l’époque, Robert Louis-Dreyfus faisait des erreurs de management mais il était impliqué. Là, le problème, c’est que la propriétaire et le président Labrune ont décidé de liquider le club. Se réabonner, c’est cautionner ça. »

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Le Stade Vélodrome compte 17.520 abonnés cette année, il faut remonter à la saison 97-98 pour trouver pire : 17.000 abonnés. L’affluence est à 30.000 spectateurs en moyenne ce début de saison, il faut remonter à 96-97 pour trouver pire (18.000), pendant les premiers travaux du Vélodrome avant le Mondial. C’est 12.000 de moins en moyenne que la saison passée, elle-même ayant laissé sur le bord 11.000 spectateurs déjà par rapport à 2014-2015.