Nice: Et si on mettait Mario Balotelli sur le divan ? «Il faut accepter sa double personnalité»

FOOTBALL L'attaquant italien a tout du cas désespéré...

Nicolas Camus

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Mario Balotelli a signé à Nice, et la Ligue 1 a très hâte de le voir à l'oeuvre.
Mario Balotelli a signé à Nice, et la Ligue 1 a très hâte de le voir à l'oeuvre. — Matt West/BPI/REX Shutt/REX/SIPA

Mario Balotelli en Ligue 1… On l’a écrit dix fois depuis jeudi matin, pour essayer de s’habituer, mais ça fait toujours aussi bizarre. Un mélange de surprise, d’excitation, de curiosité, d’appréhension, en vrac, pour dire en résumé qu’avec un peu de chance, on verra des buts et des beaux gestes, mais que quoi qu’il arrive on va vivre une saison à part.

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La France a connu Cantona, Anelka, Ben Arfa… Mais Balotelli, c’est encore autre chose. L’Italien est peut-être le joueur le plus fou de l’histoire, au sens clinique du terme. Un mec qui met le feu chez lui parce qu’il s’amuse avec des fusées dans sa salle de bain, qui tente de s’introduire dans une prison pour femmes « par curiosité » ou qui balance des fléchettes sur des gamins du centre de formation de Manchester City pour tuer l’ennui est un sujet d’étude à lui tout seul. Du genre à émoustiller le psychologue du sport qu’est Makis Chamalidis, coauteur du livre Champion dans la tête et qui a travaillé avec plus de 400 sportifs et entraîneurs de haut niveau.

« C’est toujours un défi pour les gens comme moi, reconnaît-il. Je ne sais pas s’il faut parler de diva ou de mauvais élève pour lui. Il fait partie de ces gens qui n’arrivent pas à se faire comprendre, qui ont besoin de transgresser les règles parce qu’ils ont leurs propres règles. » Le décor est posé. Balotelli est un grand enfant surdoué de 26 ans, capable de plier l’Allemagne tout seul en demi-finale de l’Euro 2012 avec un doublé comme de rester sur 7 pauvres buts inscrits ces deux dernières saisons. Entre deux crashs en voiture de sport.

Franchement, si on avait les mêmes abdos et mis un doublé en demi-finale de l'Euro contre l'Allemagne, on aurait fait pareil...
Franchement, si on avait les mêmes abdos et mis un doublé en demi-finale de l'Euro contre l'Allemagne, on aurait fait pareil... - Vadim Ghirda/AP/SIPA

La première question qui vient à l’esprit à propos du néo-Niçois, c’est pourquoi. Pourquoi est-il comme ça, pourquoi est-il capable de tels craquages ? Comme pour tout le monde, l’enfance a laissé des marques. Mario Balotelli est né en Italie de parents ghanéens, a été adopté à l’âge de deux ans et a grandi dans la banlieue de Brescia où il était une curiosité locale avec sa peau noire.

Victime de racisme, « il avait un problème d’identité évident », se souvient son institutrice dans un excellent portrait qu’a consacré So Foot à l’Italien en avril 2012. Pas la meilleure des bases pour savoir gérer ensuite la médiatisation, les attentes et l’argent qui lui sont tombés dessus dès l’âge de 16 ans. A l’Inter, à Manchester City, au Milan AC et à Liverpool, personne n’a su composer avec. Les dirigeants niçois ont tenté un énorme pari, qu’on a tous très envie de voir gagnant.

D’où notre petit défi lancé au docteur Makis Chamalidis. S’il était appelé à Nice demain pour s’occuper du cas Balotelli, comment s’y prendrait-il ?

  • « Première chose, je vois d’où vient la demande, si elle est imposée au joueur ou si elle vient de lui. Si c’est imposé, je parlerais avec la personne qui l’a fait (son agent, un parent, le coach) et j’essaierais de voir si c’est une bonne indication. Si ça ne vient pas du joueur, il va plutôt voir ce qu’il a à perdre à travailler avec moi. Le but, ce sera de l’amener à voir ce qu’il a à gagner à travailler avec moi ».
  • « Ensuite, l’important est de ne pas juger. C’est là où il faut être fin psychologue et que la préparation mentale traditionnelle ne va pas suffire. Il faut accepter le côté ambigu de l’être humain, sa double personnalité. Il a envie de plaire mais il fait tout pour déplaire, par exemple. Il faut le convaincre qu’on comprend ce conflit intérieur, qu’on ne va pas le juger. Ça, ça met à l’aise. »

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  • « Le truc à ne surtout pas faire, c’est arriver avec ses gros sabots en lui disant "t’inquiète, avec moi, tu vas marquer 20 buts par saison tranquille". Il faut arriver à ce qu’il entre en relation avec quelqu’un - pas forcément un psy, d’ailleurs. Ça a marché avec des gens comme Benoit Paire. Il y a eu une personne, qui est arrivée au bon moment pour lui consacrer du temps et le prendre comme il est. Les gens, et notamment les journalistes, passent leur temps à juger. Il leur faut quelqu’un de confiance ».
  • « S’il est prêt à travailler, on peut alors se pencher sur une dimension qu’on oublie souvent : l’attaquant doit être dans l’instinct, l’animalité, l’insouciance, mais s’il ne veut pas se poser les bonnes questions en dehors du terrain, ça va lui revenir comme un boomerang. Ce genre de personnes, ils ne veulent pas se prendre la tête. Ils ont raison, en plein match il faut agir à l’instinct, ne pas réfléchir. Mais ça, ça se prépare en amont, ça s’anticipe. La plupart des attaquants n’ont pas envie de faire ce travail-là. »
  • « Finalement, ce genre de joueur développe une hyper sensibilité à l’égard des autres. C’est-à-dire qu’ils font tout pour se faire remarquer mais d’un autre côté ils sont trop sensibles et ils ne peuvent pas assumer ce statut de sportif "à part". Si on arrive à modifier ça, c’est un bon début. »

Tout cela reste très théorique, évidemment. Mais les amoureux du foot que nous sommes avons envie d’y croire. Hatem Ben Arfa est bien revenu à la vie la saison dernière à Nice, alors pourquoi pas Mario n’y serait pas à nouveau Super ?