VIDEO. Euro 2016: L'hymne italien est vraiment génial, alors on vous dit tout sur «Fratelli d’Italia»

FOOTBALL Samedi soir avant leur quart de finale de l'Euro 2016 contre l’Allemagne, les joueurs de la Squadra Azzura entonneront de nouveau un fervent « Fratelli d’Italia »...

Nicolas Stival
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Gianluigi Buffon, Giorgio Chiellini et Andrea Barzagli chantent l'hymne national italien avant la rencontre de l'Euro contre la Belgique, le 13 juin 2016 à Lyon-Decines.
Gianluigi Buffon, Giorgio Chiellini et Andrea Barzagli chantent l'hymne national italien avant la rencontre de l'Euro contre la Belgique, le 13 juin 2016 à Lyon-Decines. — Pavel Golovkin/AP/SIPA

Une mélodie entraînante et entêtante, des joueurs qui chantent à s’en casser la voix, Gianluigi Buffon en tête, des supporters à l’unisson… Avant même le coup d’envoi, la Squadra Azzura assure le spectacle dans les stades de l’Euro au moment de l’hymne, Fratelli d’Italia (Frères d’Italie, en VF). Décryptage d’un phénomène.



D’où vient cet hymne ?

Ce chef-d’œuvre à deux pères : les Génois Goffredo Mameli pour les paroles et Michele Novaro pour la musique. « Il a été écrit en 1847, à un moment où l’Italie était divisée en huit Etats et était dominée par l’empire d’Autriche, explique l’universitaire toulousain Philippe Foro, spécialiste de l’histoire politique et culturelle de l’Italie contemporaine. En 1848, il y a une série de révoltes et de révolutions un peu partout en Europe : le Printemps des peuples. Dans la péninsule, ce mouvement est dirigé en particulier contre les Autrichiens. Cet hymne va devenir l’un de ceux utilisés par les partisans de l’unité. » Mameli et Novaro sont de fervents patriotes du Risorgimiento. Le premier mourra après l’infection d’une blessure à la jambe lors d’un combat au côté de Garibaldi à Rome contre les troupes françaises, en 1849. Il avait à peine 21 ans.



Comment est-il devenu l’hymne italien ?

La promotion de ce chant, également baptisé le Chant des Italiens ou l’Hymne de Mameli, a été tout sauf linéaire. « Quand l’Italie est unifiée, en 1861, l’unité se réalise autour du royaume de Piémont-Sardaigne et c’est son hymne, la Marche Royale, qui devient officiel, reprend Philippe Foro. A l’époque fasciste, on voit même se rajouter un autre hymne, Giovinezza (Jeunesse) ». Il faudra attendre l’après-guerre pour voir Fratelli d’Italia s’imposer, malgré la concurrence du plus solennel Va, pensiero, extrait du prestigieux Nabucco de Giuseppe Verdi. Le Sénat italien ne l’adoubera officiellement qu’en novembre 2005, via un décret-loi.

Qu’est-ce qu’il raconte ?

Fratelli d’Italia se compose de cinq couplets, mais seul le premier est interprété en compagnie du refrain avant les matchs de l’Euro. « Ce sont les frères d’Italie qui se lèvent, avec une référence à Scipion, qui a rendu au peuple sa liberté et la fierté de se serrer autour d’un même idéal de liberté », décrit joliment Rocco Femia, directeur de la revue bilingue de culture italienne Radici. Au fait, Scipion, c’est Scipion l’Africain, général romain vainqueur d’Hannibal à la bataille de Zama, en 202 avant J.-C., qui a mis fin à la deuxième guerre punique contre Carthage. « Dans cet hymne, il est considéré comme une sorte de père de l’Italie », analyse Philippe Foro. Le refrain est on ne peut plus explicite : « Serrons-nous en cohortes, nous sommes prêts à mourir (deux fois), l’Italie (nous) a appelé. » Pour la traduction complète, c’est par ici.



Pourquoi cet hymne nous transporte…

« C’est un texte écrit par un partisan exalté de 20 ans, rappelle le chef d’orchestre Patrick Crispini, de nationalité suisse, française et italienne. Il s’agit d’une sorte de marche rapide pour aller au front de manière exaltante. Le texte n’a pas du tout été pensé comme un hymne national. » On est plus près de La Marseillaise (aka le Chant de guerre pour l’armée du Rhin) que du majestueux God Save the Queen. « C’est trépidant. Parfois, le public chante et il est complètement largué sur le couplet ! », ajoute Crispini, qui s’avoue fan de l’œuvre. « Je voyage beaucoup, et on me demande souvent de jouer l’hymne national du pays. Je prends beaucoup plus de plaisir avec Fratelli d’Italia qu’avec d’autres. Il exalte un sentiment patriotique, mais pas figé dans quelque chose de lourd. Vu l’époque dans laquelle on vit, c’est un hymne qui fait du bien, avec un côté festif, léger. »

Une ferveur plutôt récente

« Cet hymne ne renvoie pas à un clivage ethnique, il est universel, souligne le Calabrais Rocco Femia. Avant les matchs, il se termine à la fin du refrain avec un Si ! (oui !) chanté avec beaucoup de passion et de conviction. » Selon Philippe Foro, ce n’était pas forcément le cas avant la fin des années 1980 et l’émergence sur la scène politique de la Ligue du Nord, grande amatrice du Va, pensiero de Verdi. « Ce parti remettait en cause l’unité nationale en prônant l’indépendance d’une partie de l’Italie du nord, la plaine du Pô, explique l’historien. Il y a alors eu une réaction patriotique, et l’hymne est vraiment devenu le symbole de l’attachement à la nation. Auparavant, dans les années 70 ou 80, les joueurs l’écoutaient respectueusement, mais ne le chantaient guère. »



Aujourd’hui, Fratelli d’Italia suscite la ferveur chez tous les Italiens, ou presque, si l’on en croit Patrick Crispini. « Dans les milieux militaires, beaucoup ont toujours été demandeurs d’un nouvel hymne, rapporte le chef d’orchestre. Celui-ci, très rapide, a tendance à rendre un peu ridicule la marche militaire ! » Avant un match de foot (ou de rugby) en revanche, il est parfait.