Euro 2016: Est-ce qu’on ne s’emballe pas un peu sur le coaching gagnant de Deschamps?

FOOTBALL Le sélectionneur change beaucoup de joueurs et de système depuis le début de la compétition…

Julien Laloye

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Didier Deschamps fête la qualification contre l'Irlande avec son staff.
Didier Deschamps fête la qualification contre l'Irlande avec son staff. — Michael Sohn/AP/SIPA

Zone mixte du Parc OL après l’Irlande. Ce n’est pas la première fois que Gignac est pris en flagrant délit de flagornerie, mais on vous le met quand même parce que c’est intéressant : « On va m’accuser d’être un lèche-bottes, mais là, le coup tactique du coach. Sa décision de mettre Antoine en deuxième attaquant a changé le match ». Passons sur le léchage de bottes de l’ancien marseillais qui sait ce qu’il doit à Deschamps pour l’avoir pris avant Lacazette ou Gameiro. La réflexion résume ce qu’on raconte sur le coaching de DD depuis le début de la compétition. Proche du génie ou pas loin.

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  • Contre la Roumanie. Passage de Payet en dix pour le laisser libre de ses mouvements >>> praline en lucarne
  • Contre l’Albanie. Entrée de Pogba pour repasser en 4-3-3 après une expérience ratée en 4-2-3-1. Griezmann sur le banc pour se reposer >>> Il marque le but vainqueur
  • Contre la Suisse. Pogba placé en milieu gauche >>> Il sort sa meilleure mi-temps de l’Euro
  • Contre l’Irlande. Entrée de Coman pour replacer Griezmann dans l’axe >>> Le Madrilène retourne l’Eire en 10 minutes.

C’est toujours la même chanson. Quand le coaching permet de renverser un match, on oublie que c’est peut-être parce que les choix n’étaient pas les bons au départ. Deschamps a des excuses toutes prêtes : il fait ce qu’il peut au vu de ce qui est tombé sur la tête des Bleus depuis six mois. Pour autant, le fond de l’air en ce moment chez les suiveurs des Bleus, c’est que plus on avance, moins le staff tricolore sait où il va. Enfin disons qu’il n’arrive plus à faire coller ses désirs au profil de ses joueurs. Explications. Deschamps est un adepte d’un bon 4-3-3 des familles qu’il a installé depuis quatre ans chez les Bleus. Sauf qu’il n’a plus les joueurs pour, entre ceux qui ne sont pas là et ceux qui ont changé de statut.

Comment Deschamps voit son équipe

Conséquence, le sélectionneur est passé en mode bricolage en se tenant à l’axiome suivant : Plus le niveau monte, plus on écoute les grands joueurs en essayant de les mettre à l’aise. Pogba a du mal à briller à droite ? On le met à gauche et tant pis si Matuidi n’arrive à rien sur son mauvais pied. Griezmann est trop loin de la surface ? On le rapproche de Giroud et les autres se démerdent pour compenser, en gros.

Comment les Bleus aimeraient jouer

Deschamps n’est dupe de rien : « Dites, je ne suis pas tombé de l’arbre en découvrant subitement comment joue Antoine en club. Je sais très bien qu’il est plus habitué à jouer dans ce registre-là. Mais j’ai des contraintes. Il faut trouver l’équilibre. On l’a eu en deuxième mi-temps ». L’équilibre en question est ténu. Si un joueur décide qu’il n’a pas envie de courir pour ceux qui ont tous les droits, rideau et tout le monde à la maison.

La chance du sélectionneur : personne ne sort du rang pour l’instant. Griezmann en conf’ lundi à Clairefontaine.

« J’ai de la liberté, que ce soit à droite ou dans l’axe. A droite, ce n’est pas pareil non plus car il faut être entre les lignes et rentrer dans l’axe. Mais je laisse un boulevard coté droit pour l’arrière gauche adverse alors ça fait décaler tout le monde. Quand je suis placé dans l’axe, je suis vraiment libre. Avec Kingsley [Coman] et Dimitri [Payet] à mes côtés, c’était plus simple de combiner et créer des décalages ».

Comprendre qu’il fera ce qu’on lui demande, même s’il lui en coûte. Est-ce que ça peut tenir comme ça jusqu’au bout de l’Euro ? Compliqué. Il y a bien un moment où l’équipe de France va devoir battre une grande équipe, ce qui ne lui est pas arrivé dans une grande compétition depuis 2006. Or, cela ne se fera pas sans une discipline collective du tonnerre et des individualités bien disposées malgré tout.

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L’Islande n’a jamais fait partie des grands, mais on pourra se faire une idée dimanche. Rami suspendu, Deschamps va devoir choisir entre Mangala, au fond du seau depuis des mois, et Umtiti, dont il se moquait encore publiquement en début de saison quand on lui soumettait l’idée de le convoquer. Et pour peu que Coman soit plus sévèrement touché que prévu, il faudra rattraper Martial par le col, lui qui n’a pas joué une minute sur les deux derniers matchs après s’être raté contre l’Albanie. Cela ressemble à un juge de paix, quand même.