Euro 2016: Supporters à la cool, surprises et frissons... Comment devenir la «hype» de la compétition

FOOTBALL A chaque compétition, une ou plusieurs équipes deviennent tendances...

Nicolas Camus

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Un supporter croate est descendu sur la pelouse pour célébrer le but de Modric lors de Croatie-Turquie, le 12 juin au Parc des Princes.
Un supporter croate est descendu sur la pelouse pour célébrer le but de Modric lors de Croatie-Turquie, le 12 juin au Parc des Princes. — Francois Mori/AP/SIPA

A chaque début de compétition, elle est là, tapie dans l’ombre, prête à surgir et emporter des milliers (millions ?) de personnes qui ne comprennent pas toujours pourquoi. La polémique ? Ah oui, aussi, mais non. On parle là de quelque chose de bien plus marrant, quoi que parfois désespérant: la fameuse « hype ». A l’affût du moindre début de semblant d’engouement populaire pour une équipe, cette nouvelle tendance à qui le commun des mortels semble se faire un devoir de suivre transcende les frontières.

Après bientôt une semaine dans cet Euro, seules quelques bribes par-ci par-là nous sont parvenues. Mais soyez sûrs que LA hype est en train de se former et qu’elle ne va pas tarder à frapper. Mais d’abord, comment se fabrique-t-elle ? D’où vient-elle ? (Quels sont ses réseaux ?) Elle semble venir d’un mélange de plusieurs phénomènes, que l’on va tenter de recenser avec l’aide d’Arnaud Benoît-Cattin, directeur de l’agence Quaterback, expert en marketing sportif.

  • Technique n°1 : Avoir des supporters cools

Le pitch

Devenir tendance, c’est déjà plaire au plus grand nombre. Et quels meilleurs ambassadeurs que les supporters ? Ce sont eux qui mettent l’ambiance, qui sont au contact des gens dans les villes. Pratique pour domestiquer la masse.

L’explication de l’expert

« Ça commence par là, c’est évident. C’est aux supporters que la population qui reçoit est confrontée en premier, dans les bars ou dans la rue. S’ils font bonne impression, c’est gagné. Là, les Irlandais ont une grosse cote de sympathie, par exemple. Parce qu’ils font la fête et qu’on les rejoint dans leur rivalité avec les Anglais. On a vu aussi les Albanais, à Marseille, où ça s’est très bien passé. L’Albanie, c’est un des pays les plus pauvres d’Europe, pas toujours bien perçu et souvent caricaturé dans les médias. Là les Français ont découvert des gens ouverts et sympas, qui n’hésitaient pas à se mélanger avec la population. »

Ceux qui se détachent pour l'instant

Les Irlandais, évidemment. Eux, quand ils sont bourrés, ils sont plus strip-tease dans les arbres que bastons et humiliations. Et puis à 20 Minutes, on est très paquito, alors rien que pour ça on les aime d’amour.

Il fallait absolument montrer aussi cette image où ils aident un habitant à changer sa roue. So nice.

Mais que les Gallois se rassurent, ils ne sont pas loin. On parle quand même de suppporters qui disent merci à leur ville hôte et qui célèbrent des mariages pendant l’avant-match.

  • Technique n°2 : Être sympa avec les gens

Le pitch

Il ne faut pas compter que sur ses supporters. L’attitude des joueurs doit aussi être à la hauteur. Multiplier les entraînements ouverts au public, prendre du temps pour des photos, des autographes, tout ça compte.

L’avis de l’expert

« L’insertion de l’équipe avec la population qui les accueille, c’est la base. Toutes ont fait un effort le jour de leur arrivée. Le fait de vivre au milieu de tout le monde, d’accepter le public, ça rend accessible. C’est un point important dans la perception des équipes. Et ensuite le soutien n’est pas le même. Quand on connaît mieux, on soutient plus. Mais en général ce ne sont pas les meilleures équipes qui le font. Ces camps, répartis partout, c’est très bien. Ça permet à tout le monde d’avoir un peu d’Euro. »

Ceux qui détachent pour l'instant

Les Ukrainiens, et notre correspondante à Marseille, qui les suit de près, explique très bien pourquoi dans cet article.

  • Technique n°3 : Être une petite nation, de préférence, et taper un gros

Le pitch

Le foot, c’est comme l’amour, on a besoin d’être surpris de temps en temps. Ce petit instant qu’on n’attendait pas et qui est si délicieusement étonnant qu’il fait battre très fort notre petit cœur, on ne l’oublie jamais.

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L’avis de l’expert

« On adore ce genre de choses, évidemment. Il y a cet aspect découverte de nations qu’on ne connaît pas, et puis en France notamment on a toujours tendance à prendre la défense du plus petit. C’est notre côté non conforme, notre amour du concept petit poucet. Il faut dire aussi que les petites nations arrivent plus fraîches que les grosses, dont les joueurs sortent de saison à rallonge. Elles sont battantes, ne lâchent rien, c’est ça qui plaît. »

Ceux qui se détachent pour l’instant

L’Islande, qui a arraché le match nul contre le Portugal pour le premier match de son histoire dans un Euro. L’Irlande du Nord, un autre novice, a décroché un joli succès contre l’Ukraine. C’est encore insuffisant, mais si les mecs se qualifient en prenant un point à l’Allemagne lors du dernier match, on en reparlera.

  • Technique n°4 : Bien jouer au foot, quand même

Le pitch

Le folklore, c’est bien, mais l’Euro c’est avant tout des matchs. Alors il faut aussi assurer sur le terrain. L’équipe qui va retourner tout le monde en marquant quatre buts par match postule naturellement au grand concours de la hype. On a beaucoup parlé de la Belgique et son armada offensive, par exemple, avant le début de la compétition. Ces dernières années, c’était l’Espagne. Ça peut aussi être une équipe pas forcément spectaculaire mais qui a son style bien à elle et qui gagne. Genre l’Atletico Madrid de Simeone.

L’avis de l’expert

« Il faut que les puristes aient aussi satisfaction. Ça reste du footbal. Pour l’instant, il n’y a pas beaucoup de buts dans cet Euro. Le jeu est plutôt fermé. Mais il n’y a pas que ça. Prenez une équipe comme l’Italie: ce qu’elle fait, c’est intelligent, ça joue en bloc, sans stars contrairement à avant et le résultat est assez impressionnant. »

Ceux qui détachent pour l’instant

Les Italiens, c'est contre notre religion. Alors on cherche encore, en gardant la Croatie à l’œil.

  • Technique n°5 : Disposer d’un joueur frisson

Le pitch

Le foot est un sport collectif, ouais, on sait. Mais on se souvient de Platini ou de Xuereb ? De Hagi ou de Valdoiu ? D’Amokachi ou d’Adepoju ? Bref, vous avez compris le principe. Une équipe dans le vent, c’est avant tout un joueur qui souffle (celle-là, on est moyen sûr…).

George Hagi lors de la Coupe du monde 1994, où les Roumains avaient atteint les quarts de finale.
George Hagi lors de la Coupe du monde 1994, où les Roumains avaient atteint les quarts de finale. - GABRIEL BOUYS / AFP

L’avis de l’expert

« On cherche toujours un point d’ancrage. On a besoin d’une individualité qui ressort pour regarder les grandes compétitions. Les Coupes du monde, c’est Pelé, Maradona, Platini, Zidane. Il faut un joueur pour personnaliser une victoire, pour avoir une mémoire de cet événement. C’est indispensable. Comme pour les grandes batailles, on a besoin de ces éléments qui vont nous permettre de nous remémorer notre histoire. »

Ceux qui se détachent pour l’instant

La France avec Payet, mais on n’a pas le droit d’être la hype de sa propre compétition, c’est écrit dans le règlement. La Croatie avec Modric sinon, ou le pays de Galles avec Gareth Bale. Mais il est encore un peu tôt.