Euro 2016: Payet «a besoin de sentir qu’on compte sur lui», affirme celui qui lui a redonné goût au foot

INTERVIEW Hosman Gangate, ancien coach de l’As Excelsior à la Réunion, a relancé Dimitri Payet quand plus personne ne croyait en lui…

Propos recueillis par Julien Laloye

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Dimitri Payet à 16 ans avec l'AS Excelsior.
Dimitri Payet à 16 ans avec l'AS Excelsior. — Crédits: Hosman Gangate

Hosman Gangate n’est pas celui qui a crié le moins fort vendredi au Stade de France après la frappe magistrale de Dimitri Payet qui permet aux Bleus d’envisager la suite del’Euro dans la sérénité. Ce cadre technique de la Fédération, invité par Payet himself pour le match d’ouverture, est l’homme qui a redonné goût au foot à la nouvelle star des Bleus quand celui-ci était rentré sur son île natale la queue entre les jambes après avoir été renvoyé par le centre de formation du Have en 2003. Il raconte.

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Ce but exceptionnel de Payet, c’est un peu grâce à vous, non ?

C’est vrai que quand il revient du Havre, il n’a plus envie de jouer au foot. Bon, ça a duré un mois. Après il a repris une licence avec les moins de 15 ans à l’AS Excelsior. A l’époque, j’entraînais l’équipe première et j’ai eu besoin de quelqu’un. On m’a proposé Dimitri, qui a fait la préparation d’intersaison avec nous. En mars, mon attaquant se blesse, tibia péroné, Dimitri rentre et marque. Je ne l’ai plus jamais sorti de l’équipe. On gagne même la Coupe de la Réunion pour la première fois.

A l’époque, la génération 87 à laquelle appartient Payet était championne d’Europe. Ça valait quoi, le championnat réunionnais ?

J’ai pour habitude dire que niveau physique c’est du National, et niveau technique c’est de la CFA. Dimitri faisait des trucs assez fous. Tous les joueurs étaient impressionnés par sa facilité. On avait un partenariat avec le FC Nantes et on a insisté pour faire venir un recruteur sans lui dire qui regarder. Quand il nous a demandés : « C’est qui le numéro 20 ? », on n’a pas cherché à le retenir [sourires].

Après ça, vous êtes devenus très proches. Comment a-t-il vécu le fait d’être écarté de l’équipe de France en début de saison ?

On s’est un perdu de vue un temps, mais depuis le mois de janvier, on échange beaucoup. On s’est revus pendant les vacances à la Réunion, puis il m’a invité à Londres au mois de janvier. On a beaucoup discuté. C’était pas à moi de lui dire quoi faire, mais il fallait faire quelque chose. Sans prétention, je lui ai dit : « Il faut que tu parles à Deschamps ». Dimitri a toujours eu besoin d’une relation affective avec ses entraîneurs. Il l’a eue avec Galtier à Saint-Etienne, avec Garcia à Lille… En sélection, c’est plus compliqué, on n’est pas dans le quotidien.

Dans quel état d’esprit était-il ?

Je ne veux pas trahir de secret mais Dimitri n’était pas déçu ou remonté contre qui que ce soit. Il n’était pas ce registre-là. Il m’a dit : « Je vais faire ce qu’il faut pour aller à l’Euro, et si je n’y suis pas, tant pis. Mais je n’aurai rien à me reprocher ». Quand on s’est revus la fois d’après, il était convoqué pour les Pays-Bas et la Russie.

Vous vous dites quoi, à ce moment-là ?

Ce que Dimitri me dit plutôt. « Moi je ne veux pas aller à l’Euro ; je veux gagner l’Euro. » De mon côté ? je lui conseille de rester lui-même, d’être franc et de dire ce qu’il ressent. D’ailleurs, Dimitri avait gardé un assez bon souvenir la tournée en Amérique du Sud en 2013. Cela ressemblait à une vie de club pendant quinze jours, il avait pu avoir ce rapport privilégié qu’il recherche avec un entraîneur. C’est un garçon qui a besoin de sentir qu’on compte sur lui.

Sa prestation contre la Roumanie ne vous a pas surpris ?

Je vais vous dire, on s’est envoyé deux ou trois textos avant le match, et le dernier, c’est « Je suis bien ». Juste « Je suis bien ». Il lui a fallu faire quelques ajustements par rapport à la défense roumaine sur les premiers corners pas tous bien tirés, mais très vite, je l’ai senti détendu et ça s’est vu par apport à d’autres pendant le match… Il montre qu’il a pris une dimension supérieure. Sa capacité à gérer les émotions jusqu’à ce qu’il sorte, ces larmes, c’était magnifique.