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Les comptes du GP de France de F1 dans le viseur de la justice

GP de France de F1 : Une enquête ouverte pour « favoritisme » et « détournement de fonds publics »

Gros sousSelon « Le Monde », la course organisée sur le circuit Paul-Ricard du Castellet jusqu’en 2022, sous la houlette de Christian Estrosi, affiche une dette de plus de 32 millions d’euros
Nicolas Stival

N.S.

Cash investigation. Entre 2018 et 2022, le circuit Paul-Ricard du Castellet, dans le Var, a accueilli le Grand Prix de France de Formule 1 – avant que les patrons de la discipline ne décident de se tourner vers des destinations plus lucratives, aux Etats-Unis et au Proche-Orient.

Le Monde revient dans une enquête sur l’ardoise financière laissée par l’événement. L'addition est salée : plus de 32 millions d’euros de dette enregistrée par le Groupement d’intérêt public (GIP) GPF-Le Castellet, en charge de l’épreuve et présidé depuis sa création par le maire de Nice Christian Estrosi, ancien pilote de moto et grand amateur de sports mécaniques.

Un gouffre pour les collectivités locales

Ce gouffre a été révélé dans un audit commandé par la structure aux cabinets Fidal et Sémaphores, dont la version finale remonte à janvier. Il avait initialement été révélé lors d’une délibération de juillet 2023 et s’était retrouvé à la charge des collectivités locales qui ont financé l’épreuve au cours de sa courte existence : région Sud (10 millions) ; le département du Var, les Métropoles de Nice et de Toulon (4,8 millions chacun) et la métropole d’Aix-Marseille-Provence (3,6 millions).

En septembre 2023, Jean-Louis Masson, président (LR) du conseil départemental du Var, a fait un signalement à la justice, imité ensuite par la métropole d’Aix-Marseille-Provence et le département des Bouches-du-Rhône. Ses démarches ont conduit le parquet de Marseille à ouvrir une enquête préliminaire sur des soupçons de « favoritisme » et « détournement de fonds publics ».

Le Monde ajoute qu’une procédure de contrôle lancée par la chambre régionale des comptes devrait aboutir au début de l’année 2025. Le quotidien précise que l’événement a perdu de l’argent chaque année, sauf en 2020. Cette année-là, le GP de France avait été annulé pour cause de Covid-19, et le GIP avait touché 8 millions d’euros de la part des assurances.

La rivalité Ciotti – Estrosi en fond

L’affaire est certes économique, mais aussi politique sur fond de brouille entre proches d’Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et désormais président de LR, et Christian Estrosi, qui a quitté en 2021 le parti de droite pour se rapprocher d’Emmanuel Macron.

Le Monde indique que plusieurs proches du maire de Nice ont été rétribués par le GIP, pour des montants qui ont parfois fait tiquer les auteurs de l’audit. Les comptes de la structure font aussi apparaître des dépenses très importantes, comme les 250.000 euros du concert de David Guetta lors de la première édition, en 2018, ou des « missions et réceptions » à près de 425.000 euros entre 2017 et 2021.

Si Christian Estrosi n’a pas répondu au Monde, Eric Boullier, directeur général du GIP, l’a fait. Il pointe notamment la nécessité d’accueillir une clientèle fortunée selon un grand standing, mais aussi le péché originel du circuit de Castellet, qui ne pouvait accueillir « que 200.000 [personnes] et au chausse-pied », alors qu’« un Grand Prix peut gagner de l’argent à partir de 350.000 spectateurs sur le week-end ».