Cyclisme : Marqué par la mort de Gino Mäder, Thibaut Pinot suggère des « filets de protection » dans les descentes
Drame•Dans un entretien à l’AFP, le grimpeur de la Groupama-FDJ revient longuement sur le décès du coureur suisse dans son Tour national, le 16 juinN.S. avec AFP
Gino Mäder est mort vendredi dernier à l’hôpital de Coire, au lendemain de sa chute dans le Tour de Suisse. « Je l’ai appris pendant un entraînement à La Clusaz, explique Thibaut Pinot dans un entretien à l’AFP publié ce vendredi. C’était très compliqué de terminer, j’étais abasourdi. Gino était un coureur qui, comme moi, aimait traîner à l’arrière du peloton et on se retrouvait souvent à parler. Je l’aimais beaucoup. Je m’étais échappé avec lui sur la dernière étape de la Vuelta. On était tous les deux ensemble. C’est dramatique. »
Le décès du Suisse de Bahrain Victorious a marqué le grimpeur de la Groupama-FDJ comme l’ensemble du peloton. « Depuis l’accident, j’y pense presque à chaque descente à l’entraînement. Pourtant je n’étais même pas sur le Tour de Suisse. Pour ceux qui y étaient ça doit être encore plus difficile. Je suis un coureur qui prend un peu moins de risques que les autres parce que j’ai vraiment conscience du danger. On dit souvent qu’il faut débrancher le cerveau dans le vélo. J’ai vraiment du mal avec cette idée. On pratique un sport dangereux. »
« On oublie très vite les risques qu’on prend »
Le Franc-Comtois, qui prendra part aux championnats de France dimanche dans le Nord, puis au Tour de France, à partir du samedi suivant, explique qu’il a parcouru la descente fatale à Mäder, « il y a presque 10 ans ».
« Je m’en rappelle très bien : j’avais lâché parce que j’avais peur de la vitesse, lance-t-il. C’était dans la période où on me critiquait beaucoup sur ma prudence dans les descentes. Mais les gens ne se rendent pas compte ce qu’on fait sur un vélo à 100 km/h. On oublie très vite les risques qu’on prend. »
Pinot évoque la possibilité de « mettre plus de filets de protection comme on le fait dans le ski ». « Nous, on n’a vraiment rien pour se protéger. Je pense que c’est là-dessus qu’on peut travailler », indique le futur retraité qui revient aussi sur la glorification du courage des cyclistes, aux effets pervers. « On sait bien que ça fait partie du spectacle. C’est toujours plus vendeur. Lorsqu’on voit à la télé le résumé d’une étape, presque un tiers des images sont consacrées aux chutes. Pour nous coureurs, c’est malheureux de voir ça parce qu’il y a autre chose à montrer dans notre sport. »


















