Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Quelle place au panthéon du sport français pour ce relais de Jacquelin ?

JO 2026 - Biathlon : Quelle place au panthéon du sport français pour ce relais « champagne » d’Emilien Jacquelin ?

Remontada en orLarguée à la 13e place, à 50,3 secondes de la Norvège, lorsque Emilien Jacquelin a pris le relais de Fabien Claude, l’équipe de France de biathlon est parvenue à remporter mardi LE titre olympique qui lui manquait. Grâce à un sensationnel Jacquelin
Biathlon : les supporters français saluent une victoire « magnifique » en relais hommes.
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Pour la première fois de son histoire, l’équipe de France de biathlon a remporté le relais masculin sur des Jeux olympiques, mardi à Anterselva.
  • Le grand héros de cette superbe médaille d’or tricolore se nomme Emilien Jacquelin. Lancé en 13e position à 50,3 secondes du grand rival norvégien, l’Isérois a croqué tous ses adversaires les uns après les autres pour signer l’une des grandes séquences de ces JO de Milan-Cortina 2026.
  • Au point de mettre les Bleus en tête au moment où Quentin Fillon Maillet a pris la suite de l’aventure, conclue héroïquement par Eric Perrot. De quoi justifier cette étiquette de « biathlon champagne » qui est attribuée à Emilien Jacquelin au sein de l’équipe de France.

De notre envoyé spécial à Anterselva,

L’histoire retiendra qu’Emilien Jacquelin a eu la sensation de « mettre un moment » à rattraper le Canadien Logan Pletz, au début de ce qui deviendra le relais d’une vie. Cette épreuve olympique, jamais remportée dans l’histoire par l’équipe de France de biathlon, était bien l’objectif suprême de tout un groupe sur ces JO de Milan-Cortina 2026, vu les surpuissantes émotions qu’elle a provoquées après l’arrivée en or d’un Eric Perrot au bout du rouleau.

On croyait ce rêve envolé dès le passage cauchemardesque de Fabien Claude au tir debout, avec 4 échecs (5 au total pour lui), et donc un tour sur l’anneau de pénalité en prime. Les Bleus étaient alors 20es et derniers, et le Vosgien a seulement pu limiter la casse sur les skis lors de son tour final.

Devant un public français en folie, le fantasque Emilien Jacquelin a totalement remis en course l'équipe de France de biathlon, mardi lors du relais masculin olympique à Anterselva.
Devant un public français en folie, le fantasque Emilien Jacquelin a totalement remis en course l'équipe de France de biathlon, mardi lors du relais masculin olympique à Anterselva. - O. Andersen/AFP

Le « petit cadeau » de Fabien Claude à Jacquelin

Lorsque Emilien Jacquelin a pris la suite, le commun des mortels aurait pu songer à un long chemin de croix, en attaquant à la 13e place, hors de portée de l’armada norvégienne, à 50,3 secondes, avec un Johan-Olav Botn vainqueur de l’individuel à la baguette. « Ramener le relais à 50 secondes, ça fait vraiment loin », soupire alors l’entraîneur de l’équipe de France Simon Fourcade. Sauf qu’Emilien Jacquelin n’est pas fait ainsi, comme le résume Jean-Pierre Amat.

« C’est un petit cadeau que lui a fait Fabien, sourit l’entraîneur du tir tricolore. Emilien, il ne rêve que de ça. S’il avait pris le départ en premier, il n’aurait peut-être pas osé faire ça. Là, ça n’est pas qu’il n’y avait plus rien à perdre, mais il fallait tenter un coup. On attendait ça de lui. » Et le numéro de remontada au panache d’un disciple de Marco Pantani est lancé.

Ajoutez donc leader de chorale sur la « Marseillaise » au palmarès des JO 2026 d'Emilien Jacquelin (en 3e position sur la photo), on n'est plus à ça près.
Ajoutez donc leader de chorale sur la « Marseillaise » au palmarès des JO 2026 d'Emilien Jacquelin (en 3e position sur la photo), on n'est plus à ça près. - A. Behar/SIPA

Jacquelin ressent « une fluidité totale »

Vite phénoménal de rage sur les skis, Emilien Jacquelin signe un énorme premier tour de parcours en 5'37'', soit déjà 20 secondes reprises sur Botn. Et un tir couché parfait (5/5), en précision comme en vitesse. « Après le couché, je me dis "allez on se remet en mode victoire et rien d’autre". Je suis déterminé, je ne pense qu’à aller de l’avant. C’est une sorte de fluidité totale, je ne distingue pas la partie tir de la partie ski. J’essaie de faire une performance globale », glisse l’intéressé.

Et quelle performance… Guère adepte du calcul, l’Isérois appuie sans cesse, ne lâche qu’une balle de pioche au tir debout et claque un nouveau joli chrono sur sa deuxième partie de course (5'45''7). Il croque tous ses adversaires les uns après les autres, y compris Johan-Olav Botn, avant de laisser la tête de course à Quentin Fillon Maillet. Oui oui, LA TETE DE COURSE, avec 0,5 seconde d’avance sur la Finlande, 2''7 sur la Suède et 16''1 sur le grand rival norvégien.

Botn n’a « pas du tout compris » ce qu’il lui arrivait

Le tout avec à ce moment-là le pire bilan au tir parmi les 12 premières équipes, au niveau de la Slovaquie et de l’Ukraine. Interrogé par 20 Minutes sur ce vent de folie à Anterselva, le grand battu du jour Johan-Olav Botn s’est montré fair-play vis-à-vis de son bourreau.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

« Il était tellement loin que je ne recevais pas d’information à son sujet, regrette-t-il. Puis quand j’ai vu qu’il était passé en tête, je n’ai pas du tout compris ce qu’il s’était passé. Il a vraiment fait une grande course, c’est lui qui a remis la France dans la bataille pour l’or. Avec Emilien, on ne sait jamais ce qu’il va sortir du chapeau, il est vraiment imprévisible. » Et tellement bâti pour une pareille mission desperado au final, comme l’avait imaginé Jean-Pierre Amat.

Seul « QFM » a été plus rapide que lui sur les skis

« Il fallait un peu de magie, et l’homme qu’on appelle "biathlon champagne" a fait un énorme relais. Avec lui, ça peut aller dans le tout bon comme le tout mauvais parfois », confie un Simon Fourcade alors entre rires et larmes, profondément marqué par cette masterclass qui fera date dans l’histoire du sport français.

« Ce relais qu’il nous a fait, je n’ai pas en mémoire un truc comme ça, appuie Jean-Pierre Amat (63 ans). On dit qu’Emilien, c’est le "biathlon champagne", mais là c’était un magnum ! On avait déjà pu être autour de la 15e place dans des relais après un premier tir couché. Mais là, prendre le relais 13e et le ramener tout devant… Et puis ce sont les JO, pas la " course à sauc' " du quartier ! »

Les chiffres sont éloquents : sur les skis, Jacquelin a mis 23,9 secondes à Botn, 36''1 au Finlandais Seppala et 37''3 au Suédois Nelin. Avec la deuxième meilleure performance de course du jour (7,5 km en 17'33''3) derrière… Quentin Fillon Maillet et ses 17'28''7.

From lanterne rouge cata to leader héros de la nation very quickly.
From lanterne rouge cata to leader héros de la nation very quickly. - Capture d'écran Eurosport

Ce Jacquelin au « naturel », c’est un immense oui !

Si on prend l’ensemble de la performance, avec le temps passé sur le pas de tir en plus, Emilien Jacquelin est aussi deuxième de cet inoubliable relais masculin (19'23''6), juste derrière le fameux Sturla Laegreid (19'23''1), auteur d’un 10/10. La suite, vous la connaissez : « QFM » a fait le job pour « matcher » avec ce même Sturla Laegreid (trois médailles sur les courses individuelles) et l’impressionnant Suédois Martin Ponsiluoma (vainqueur de la poursuite).

Puis Eric Perrot, dans la même seconde que la Norvège et la Suède au moment de lancer le dernier relais, a justifié son rang de leader de la Coupe du monde, malgré une grosse frayeur physique sur le final. Mais tous les regards sont forcément braqués sur notre artiste ultime, déjà auteur d’une perf héroïque bien qu’inachevée sur le sprint (4e à 4 dixièmes de Sturla Laegreid) et d’un bronze arraché sur la poursuite.

Notre dossier sur les JO d'hiver

« Je retrouve du naturel, savoure Emilien Jacquelin (30 ans). C’était une bataille pour moi de vouloir essayer d’évoluer ces dernières années. Je me perdais, je n’étais plus moi-même. Sur ces Jeux, j’ai l’impression de m’exprimer, et je ne force rien aujourd’hui. » Sauf l’admiration, comme celle d’un supporteur français hurlant au loin, plus d’une heure après la fin de la course : « Emilien, on va te faire une statue tu sais ! ». Balancez-nous l’heure du début du chantier, on tient absolument à en être.