Biathlon: Bière sous le chapiteau, pin's et Bretons... On vous raconte la vie des supporters au pied du pas de tir

BIATHLON Parce qu'être supporter de biathlon, ce n'est pas seulement crier « ALLEZ MARTIN » devant sa télévision

William Pereira

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Ils sont là nos supporters français
Ils sont là nos supporters français — Plihal Libor/AP/SIPA
  • La Coupe du monde de biathlon passe au Grand-Bornand à partir de jeudi.
  • De nombreux supporters français seront naturellement présents au bord des pistes.
  • Certains d'entre eux sont sur le circuit depuis de longues années.

On aura beau dire ce qu’on veut sur les Allemands, il y a une chose qu’on ne peut pas leur enlever : leur capacité à briller collectivement et individuellement sur le terrain du supportérisme. Au football, grâce à leurs ultras bouillants, au vélo grâce à el Diablo et au biathlon grâce à son homologue Norbert Starke (aucun lien). Une trentaine d’années que ce sosie du Père Noël écume les pas de tir, écharpe du Bayer Leverkusen solidement attachée autour du cou et chapeau en pointe orné de pin’s vissé à la tête.

« Je ne l’ai pas encore vu, je ne sais pas s’il viendra au Grand-Bornand [lieu de l'étape de la Coupe du monde ce week-end]. Mais c’est impressionnant le nombre d’événements qu’il couvre à son âge », nous dit, admiratif, Christian Bescond, père d’Anaïs. Le vétéran allemand n’est pas le seul supporter chevronné en tribune. Emile Jeannier préside l’association France Biathlon Supporters depuis 20 ans et des courses, il en a vu des tonnes. Antholz, Ruhpolding, Nove Mesto… « On prévoit toujours un déplacement par an soit en Italie, soit en Allemagne. Mon premier déplacement remonte à 1998. Après le deuxième, en 1999, Daniel Defrasne [père de Vincent, champion olympique en 2006] me propose de faire un fan-club. Moi je me dis que, plutôt que de faire un fan-club qui ne dure pas longtemps, il valait mieux monter une association. En 2001, on s’est donc réunis avec des potes, et on a fait le club. »

Le fameux Norbert vous salue bien.
Le fameux Norbert vous salue bien. - Lubos Pavlicek/AP/SIPA

140 adhérents, un site internet et un groupe Facebook à 2.000 likes qui végète un peu depuis l’année dernière, il est vrai. Mais c’est suffisant pour faire tourner l’asso. Des habitués, des montagnards mais pas seulement, passent par chez lui pour vivre l’expérience biathlon autrement qu’en gueulant devant leur télé à chaque fois que la lumière rouge s’allume sur un cordon malheureux de Martin Fourcade.

« Il y a beaucoup de Bretons, de Normands, des gens de Nancy, confie Emile. Parfois on va récupérer des gens à la gare, je les ramène chez moi et le lendemain on saute dans le bus. Des gens qui n’ont jamais vu de course de biathlon en vrai de leur vie. » Ils sont nombreux, et il y en a de plus en plus. Effet La chaîne L’Equipe et Martin Fourcade, par opposition à la vieille garde qui matait les victoires de Raphaël Poirée sur Eurosport à l’époque où le tir à la carabine sur skis n’était qu’un sport de niche.

Voir Martin avant qu'il ne soit trop tard

« Généralement, ce que les gens attendent d’un séjour sur une étape de biathlon, c’est de voir Martin Fourcade en activité, explique Nicolas Termier, ancien biathlète de haut niveau reconverti dans une agence de voyage spécialisée dans le biathlon. Ils ont envie de voir Martin avant qu’il raccroche. Les gens ont conscience de ça, et je pense qu’ils ont eu peur que ça se termine l’année dernière d’ailleurs. »

Contrairement au football, où les supporters de la première heure ont longtemps méprisé les « footix » après 1998, les deux groupes semblent cohabiter sereinement. Emile Jeannier : « on essaye de les intégrer, s’ils se perdent on leur dit de nous suivre. Ça se passe bien. » Voilà pour la version officielle. En creusant un peu, on comprend que l’habitué des pas de tirs préfère les ambiances étrangères à celle trop franco-française du Grand-Bornand, trop récente et trop proche des fêtes de fin d’année pour aspirer à jouir de l’aura de ses sœurs de Ruhpolding, Oberhof ou Antholz, où cris de supporters, tintinnabulements et klaxons se marient dans une parfaite symphonie.

« Sur les grandes étapes dans ces pays, l’arrivée des courses, le podium, c’est autre chose… Au Grand-Bornand en fait, il n’y a pas beaucoup d’étrangers. Alors qu’à Ruhpokding on trouve beaucoup de Norvégiens, de Tchèques, d’Allemands… »

Bref, des gens qui, à l’image de Norbert, suintent le biathlon depuis des siècles et connaissent ses codes, comme l’amour du pin’s. « Je ne saurais pas vous dire d’où vient la tradition, s’excuse le père Bescond, mais c’est vrai qu’il y a pas mal d’échanges de pin’s en tribunes. Après ce sont surtout les Allemands qui en sont fans. » Ou encore la grande valse des supporters en tribunes. Emile, toujours :

« A Ruhpolding, il y avait 30.000 personnes. Et je me souviens qu’il y avait trois rangs d’Allemands devant nous, on ne voyait pas très bien ce qu’il se passait sur la piste. Ils s’en sont aperçus et à chaque fois qu’un Français passait ils s’écartaient pour qu’on puisse les voir arriver. »

Cet instrument de musique fait du bruit même en photo
Cet instrument de musique fait du bruit même en photo - Lubos Pavlicek/AP/SIPA

On s’en doutait un peu, mais le biathlon n’est pas trop un sport pour amateurs de joutes entre barra bravas. Et au vu de ce que Christian Bescond raconte, on en viendrait presque à regretter l’excès de fair-play ambiant. « Ce qui est phénoménal, c’est que si un coureur d’une nationalité remporte une course et qu’il y a des supporters d’une même nationalité sur place, tout le monde va les féliciter. »

Généralement, ça se passe sous « le chapiteau », nom donné à l’abri réservé aux supporters pour patienter entre deux courses ailleurs que les pieds dans la neige, sans quoi la Coupe du monde de la discipline, premier fournisseur de pneumonie dans le monde, serait sponsorisée par des laboratoires pharmaceutiques. Bescond enchaîne :

« Ce qu’il faut vivre, c’est vraiment l’après-course dans le chapiteau. La musique, la bière qui coule à flots… Je n’ai jamais je n’ai vu de bagarre, c’est toujours dans la bonne humeur. Généralement, je fais en sorte que notre bus ne reparte que deux heures après les courses pour que tout le monde profite de ce moment. »

Et les coureurs, dans tout ça ? Qu’en est-il de l’expérience « voir Martin Fourcade en vrai » ? « C’est très courant de croiser les athlètes dans les halls des hôtels. Ça arrive assez souvent car à part à Oslo, les épreuves se déroulent dans des petites villes. Les skieurs jouent le jeu des photos et des autographes avec les supporters », promet Nicolas Termier.

Quand biathlètes et supporters chantent la Marseillaise en chœur

La réalité est un peu nuancée. Emile : « Maintenant, c’est plus difficile d’avoir accès aux athlètes. Avant on connaissait les entraîneurs dont Stéphane Bouthiaux, on pouvait voir les coureurs. Parfois j’insistais pour qu’ils viennent nous voir. Mais on les voit toujours dans les épreuves comme en République Tchèque ou pendant les JO en Corée du Sud parce qu’il y a beaucoup moins de supporters français là-bas et que ça leur fait plaisir de nous voir. Quentin [Fillon-Maillet] s’arrête beaucoup, Simon [Desthieux] aussi. Martin nous fait toujours un signe. J’ai le souvenir d’un relais que la France avait remporté à Ruhpolding, où les coureurs chantaient la Marseillaise avec nous, où les membres du staff nous prenaient en photo. » Au Grand-Bornand, ce week-end, ça risque d’être compliqué : le public sera composé à 95 % de Français.