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Basket : A quoi joue Trapani, devenu « la honte du sport italien » avec un seul joueur sur le terrain après 4 minutes ?
Farce sicilienne•Demi-finaliste dans l’élite transalpine de basket la saison passée, le club de Trapani est en conflit ouvert avec la Ligue et la Fédération. Il n’hésite pas à saborder ses matchs, y compris sur la scène européenne, avec seulement trois pros alignésJérémy Laugier
L'essentiel
- Le club de basket de Trapani, actuellement 13e de Serie A italienne, traverse une grave crise financière qui l’a conduit à se présenter samedi avec seulement trois joueurs professionnels et quatre jeunes contre Trente.
- Ce « match » a finalement été arrêté après 4 minutes et 11 secondes de jeu, faute de joueurs disponibles, les trois pros ayant immédiatement quitté le terrain, et les jeunes ayant multiplié les fautes pour être exclus.
- Cette situation ubuesque pour tout le sport italien résulte d’un conflit entre le président du club sicilien Valerio Antonini (suspendu deux ans) et les instances nationales de basket. Ces derniers mois, Trapani a été lourdement sanctionné pour irrégularités financières.
On a tous vécu des moments de gêne intense, type un retard de match pour cause de maillots oubliés ou un joueur de l’équipe désigné au hasard à la dernière minute pour prendre le sifflet, faute d’organisation décente de notre club. A chaque fois, on se défend en pointant le folklore du sport amateur (et même départemental dans notre cas), à des années-lumière de la rigueur des championnats professionnels.
Pour tordre ce postulat, on vous conseille de lire l’histoire de l’équipe de basket de Trapani, promue et demi-finaliste de Serie A (D1 italienne) la saison passée après avoir fini 2e de la phase régulière. Actuellement 13e de l’élite transalpine, le club sicilien est en proie à d’énormes difficultés financières. A quel point ? Il s’est présenté samedi avec seulement trois joueurs pros (plus quatre jeunes) pour un match officiel de Serie A contre Trente.
Quatre minutes de jeu et 24 lancers francs concédés
Ce scénario à sept joueurs sur la feuille de match n’est déjà pas banal, mais il a vite viré au lunaire, puisque les trois joueurs sous contrat ont décidé de quitter le terrain après moins de dix secondes de jeu. Dans la foulée, leurs jeunes coéquipiers ont pris soin d’être tour à tour exclus pour cinq fautes personnelles. Si bien qu’après 4 minutes et 11 secondes de jeu, les arbitres ont dû arrêter la rencontre, à 26-11 pour Trente, dont 24 lancers francs concédés par Trapani.
Et pour cause, le règlement impose de conclure un match à au moins deux joueurs, et il ne restait plus ici en jeu qu’un joueur de l’équipe sicilienne dès le premier quart-temps…. Quatre jours plus tôt, Trapani avait presque fait aussi « fort » en barrage aller de la Ligue des champions, en Bulgarie face aux Israéliens d’Hapoel Holon : seulement cinq joueurs avaient effectué le voyage.
Déjà 10 points de moins pour sanctions administratives
Bilan : 38-5 pour l’Hapoel Holon et un arrêt du match après 7'32'', là aussi faute de joueurs disponibles. Alors, pour quelle raison en est-on arrivé à une telle « farce », comme le décrivent (légitimement) les médias italiens ? Il s’agit d’un drôle de bras de fer entre le président de Trapani, Valerio Antonini, la Fédération nationale et la Ligue de basket. Car ces derniers mois, le club sicilien a été lourdement pénalisé pour différentes irrégularités financières, tandis que Valerio Antonini a été suspendu deux ans.
Forcément, le sportif ne suit plus, avec un effectif décimé par les départs massifs de joueurs constatant la situation intenable en coulisses, mais aussi en raison de blessures et de suspensions. Avec donc en climax cette parodie de match face à Trente samedi, qui va coûter 250.000 euros au club, au vu du trop faible nombre de joueurs professionnels alignés au coup d’envoi.
Face à cette impasse, les instances veulent trancher ce lundi l’avenir de Trapani, dont la direction refuse de déclarer forfait pour ces matchs malgré les conditions surréalistes du moment. Il ne fait guère de doutes que le club, qui compte déjà 10 points de sanction au classement (d’où la 13e place malgré un bilan sportif de 10 victoires et 5 défaites), va être exclu de Serie A.
L’association des joueurs demande « du respect »
« Appelez cela farce, honte, embarras, bouffonnerie, peste le quotidien italien Il Fatto Quotidiano. Ce sont tous des termes appropriés pour définir ce que continue de faire le Trapani Shark. Contre l’Hapoel Holon, c’était déjà une humiliation mondiale. Continuer ainsi est un supplice et n’a aucun sens. »
Notre dossier sur le basketLa Giba, association des joueurs professionnels, est sur la même ligne, via un communiqué : « Nous demandons du respect pour les athlètes de Trapani. Nous ne comprenons pas les raisons de cette obstination à vouloir jouer à tout prix ces rencontres indécentes, qui ne respectent pas les règles minimales d’équité de compétition. Nous lançons un appel au club afin qu’une solution soit trouvée immédiatement pour mettre fin à ce qui est en train de devenir la honte du basket et de tout le sport italien ».



















