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JO de Londres: «Quatre heures de queue pour un billet pour Teddy Riner»

JO de Londres: «Quatre heures de queue pour un billet pour Teddy Riner»

TÉMOIGNAGEuillaume, internaute, nous raconte la guerre des billets de dernière minute, l’autre versant du Club France des Jeux de Londres...
Témoignage édité par Christine Laemmel

Témoignage édité par Christine Laemmel

Guillaume, internaute fidèle de 20minutes.fr et grand amateur du Friday Sport (vous vous souvenez?), nous a écrit de Londres cette semaine. Il a traversé la Manche pour toute la durée des Jeux. Une trentaine de billets en main. Mais pas question de s’arrêter là. Ce mercredi matin, ce sont deux tickets pour les qualifications en judo hommes +100kg qui l’intéressent. Il nous raconte sa matinée d’attente et de détente au club France. Nous rappelons à tous les internautes de 20 Minutes que l’alcool (même après quatre heures debout, même si on s’est fait des copains) est à consommer avec modération.

«8h30 - J’arrive à l’entrée du club France sur les bords de la Tamise. Je suis confiant, j’ai 90 minutes d’avance avant que la vente des billets commence. Ils ne vendent QUE sur place, et uniquement pour les jours J, J+1 et J+2. Il me faut ces deux billets pour les qualifs de judo +100kgs, j’ai déjà vendu un rein pour avoir ceux de la finale, il m’en reste un, je suis large… Il me faut deux billets. Mon témoin de mariage, dingue de judo, vient vendredi de France, on verra la finale c’est sûr mais les qualifs, il faut y être.

Il faut savoir que le club France possède un côté pile et un côté face. Le côté pile: au bord de la Tamise, de grandes terrasses, Tower Bridge et les anneaux olympiques, Gérard Holtz tout bronzé, des joggeurs de bon matin. Coté face: un trottoir gris, un bâtiment gris, une rue passante avec des taxis, des bus, des voitures officielles, pas de Gérard Holtz. Et pour entrer au club, c’est 5 livres (6 euros).

Seulement une cinquantaine de personnes devant moi, je suis serein. Je discute avec un Allemand qui m’explique avoir revendu son supermarché et être parti à la retraite et faire le tour de l’Europe en camping-car. C’est aussi ça la magie des Jeux. Devant moi, un groupe de jeunes Français de l’Ouest, fous olympiques à la bière dès 8h30. Je suis à jeun car je n’ai pas pris le temps de prendre un petit dej’, tout va bien.

9h30: On rigole, on déconne, ils me proposent une bière. Je suis à jeun, ils me proposent un donut, je ne suis plus à jeun, je prends une bière. Ils m’expliquent surtout que c’est le chaos absolu. Le revendeur officiel des billets a une logique assez spéciale. Vendre à 10h des places pour des épreuves commençant à l’autre bout de Londres à 9h30.

10h: On rigole, on est un peu amochés par les gaz d’échappement et les bières, tout va bien. Les portes s’ouvrent, juste devant moi… Non je déconne. Il reste 15 mètres.

10h15: Rien. Ah si, on nous annonce qu’il y aura très peu de billets et que nous devrions renoncer. Ça fait bientôt deux heures que je suis là, je reste! Teddy, j’arrive mon ptit poulet! Il reste 15 mètres.

10h30: Une dame vêtue d’un polo du club France affiche une liste de billets pour les trois prochains jours. Qui veut un billet pour la voile à Weymouth cet après-midi? Il faut 6h pour y aller et ça commence dans deux heures… Qui veut un billet pour un match de foot à Glasgow ce soir? Quelques billets sont splendides. Cyclisme sur piste, 493 livres (629 euros). Les finales de natation à 290 livres (370 euros). On me dit que pour le judo en qualif, il y a douze places, je suis environ trentième, ça va être tendu. Il reste douze mètres, il pleut.

10h45: Une Américaine de San Francisco entame la conversation, sourire ultra-bright de rigueur, elle est cool, vive les Jeux. Elle discute avec l’entraîneur dirigeant d’une équipe de volley-ball. Très sympa. Je crois qu’il veut une bière.

11h00: Ça rentre au compte-gouttes, ils n’ont pas de machine à carte bleue, il faut s’enregistrer dans un système informatique, cela prend des heures. Il reste dix mètres.

11h15: On n’a pas bougé mais on est potes, on fait des blagues. L’ambiance est bonne, un désigné va chercher des munitions au supermarché d’à côté…

11h31: Armée d’un stylo rouge, la madame du club France raye d’un trait plusieurs lignes… Plus un seul billet de natation.

11h45: Certains craquent mais ils sont derrière nous, ceux de devant sont des coriaces, on fait un peu de chahut depuis le début dans une bonne ambiance alors ceux de devant entament la conversation, ils ont des maillots de l’équipe de France olympique. Sûrement des irréductibles.

11h50: Je négocie avec des Français devant moi, qui prennent «comme par hasard» des places de judo, pour qu’ils prennent deux pour moi. Ça fait gagner dix places et tout le monde est cool. Je veux deux catégories B à 66 livres (84 euros), ils veulent des A, ils acceptent de m’aider.

12h00: L’alcool monte, le niveau de blagues diminue on entend des magnifiques «je couche pour un billet d’athlé!». Les derniers de la file d’attente ont abandonné mais nous ne lâcherons rien. Nous sommes devant les marches, il reste deux mètres à faire.

12h30: Mes envoyés spéciaux me font signe par la fenêtre qu’il ne reste qu’une place pour les qualifs de judo, j’en veux deux mais j’ai trop souffert… Je prends.

12h31: Il reste 1m50, trois personnes devant moi, j’ai mon billet en main, les autres billets ne m’intéressent pas vraiment. J’abandonne. C’est le troisième drapeau rouge du marcheur, le faux départ du nageur, je n’irai pas au bout. Je laisse mes camarades, je suis bourré, j’ai un seul billet. Je donne mon numéro de téléphone à un pote et l’entraîneur de volley. S’ils ont des nouvelles, qu’ils me fassent signe, ils reviennent demain. Teddy… Vas-y mon grand, va jusqu’au bout, parce que dans les tribunes derrière le panneau «Teddy, le jour de gloire est arrivé», il y aura des irréductibles qui ont souffert pour venir te voir. Allez Teddy, fais-nous rêver! En attendant, moi, je cherche un autre billet.»