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JO 2012: Et si l'Espagne était nulle en sport?

JO 2012: Et si l'Espagne était nulle en sport?

JEUX OLYMPIQUESLa délégation ibérique ne compte qu’une seule médaille après 5 jours de compétition...
Julien Laloye

Julien Laloye

La vengeance est un plat qui se mange froid. Des années que l’Espagne rafle tout dans les sports majeurs. Des années que Rafael Nadal, Pau Gasol, Iniesta ou Fernando Alonso, les meilleurs représentants de «l’Age d’or» du sport ibérique, font la nique aux Français et aux autres dans les grandes compétitions. On ne pouvait donc pas résister à la tentation de souligner la médiocrité des résultats espagnols à Londres: une seule médaille pour l’instant (en natation). C’est très loin des 18 breloques de Pékin, même si certaines disciplines «fortes» (natation synchronisée, voile, sports collectifs) peuvent encore éclaircir le bilan.

Le sport amateur, victime indirecte de la crise

Au rayon des explications, plusieurs facteurs qui s’entrechoquent. D’abord ce satané football qui vampirise tout l’intérêt des médias et du public: «L’Espagne n’a pas de culture multisports, comme la France par exemple. Le foot fait de l’ombre à tout le reste, il n’y a pas de place à la télé pour les disciplines confidentielles, donc pas d’intérêt du public et des sponsors» explique Luis Carlos Perez, présent à Londres et spécialiste de l’athlétisme au Mundo Deportivo, le journal sportif catalan de référence. «Sur les cinq premiers jours des JO, on a fait quatre Unes sur la rumeur du transfert de Neymar» renchérit son collègue Santi Duran.

Mais le mal est plus profond. Dans un pays où la crise économique est plus violente qu’ailleurs, l’Etat se désengage progressivement du financement du sport amateur. Le Plan ADO, un programme mis en place en 1988 pour permettre aux meilleurs athlètes de se consacrer uniquement à la préparation des JO de Barcelone avec un certain succès (22 médailles, dont 13 en or), a disparu faute de moyens. «Il n’y a plus d’argent public investi dans le sport amateur» se désole Angel Rigueira, responsable de la section «multisports» au Mundo Deportivo. Le nageur Olaf Wildeboer, dans un témoignage qui commence à dater un peu (disponible ici en espagnol), en avait fait la principale cause de son changement de nationalité en 2006. Plus grave encore, «le sponsoring privé, notamment celui des banques, très engagées dans le sport de haut niveau en Espagne, est en train de disparaître à cause de la crise» appuie Rigueira. Les disciplines les plus minoritaires ont été les premières touchées par un phénomène qui s’étend désormais aux sports «nobles», comme le handball ou football, dont plusieurs clubs pros sont au bord du dépôt de bilan.

Une prise de conscience nécessaire

Ajouté à ces raisons structurelles des causes plus immédiates, comme «le trop-plein de pression sur des athlètes qui jouent leur carrière sur une épreuve», ou bien, c’est une éventualité à ne pas exclure, les progrès de la lutte antidopage - « Plusieurs athlètes ont dû partir à Londres sans potion magique au vu de la quantité des contrôles » avance Santi Duran - et l’on obtient les germes d’un échec annoncé. Sans que cela ne pousse les instances sportives dirigeantes à l’introspection, par ailleurs. Relayés en grande pompe par les médias locaux, de nombreux responsables ibériques ont préféré polémiquer sur l’arbitrage, jugé peu favorable aux représentants espagnols. La remise en cause n’est pas pour tout de suite.