Real Madrid-Barça, un match de médias

FOOTBALL Pendant que les vingt-deux acteurs de la rencontre se préparent en coulisses, les médias espagnols mettent le feu à la rencontre. Un clasico se joue sur, et en dehors du terrain…

Swann Borsellino

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Lionel Messi face à Cristiano Ronaldo lors de la finale de la Supercoupe d'Espagne
Lionel Messi face à Cristiano Ronaldo lors de la finale de la Supercoupe d'Espagne — Andres Kudacki/AP/SIPA

Ce mercredi soir, l'Espagne va s’arrêter de vivre pendant 1h45. Le temps d’un match de football, les quelque 505.000 km² du royaume de Juan Carlos 1er vont devenir le centre d’un monde: celui du ballon rond. Enjeu sportif international au premier abord, le match opposant le Real Madrid au FC Barcelone est aussi et surtout l’occasion d’une guerre médiatique 100% espagnole, entre la presse catalane et la presse madrilène. Le clasico, ou la preuve qu’un match de football ne se joue pas uniquement sur le terrain.

 

«Les joueurs sont bien arrivés, le vol s’est passé de manière tout à fait normale. Un membre de l’équipage a même déclaré: “Bonne chance, vous êtes les meilleurs” une fois l’avion posé». Ça, c’est une information du quotidien catalan Sport, l’un des acteurs principaux du règlement de compte occasionnel entre les médias pro-Barcelone et pro-Madrid. Poussée à son paroxysme depuis l’arrivée de José Mourinho, entraîneur protecteur et orateur provocateur, la rivalité entre les deux grands du championnat espagnol fait de la presse nationale un véritable champ de bataille. Et au petit jeu de qui perturbera le plus l’équipe adverse, la mesquinerie n’existe pas. 

 

Pinto, tête de Turc de la presse madrilène

 

Billets d’humeur, critiques, pamphlets et intox, tous les moyens sont bons pour déstabiliser le camp d’en face ou le corps arbitral. Ainsi, toujours selon Sport, on ne siffle pas assez de pénaltys à Messi: «Comment peut-on expliquer qu'aucun penalty n'ait été sifflé depuis fin 2010 pour le joueur le plus déséquilibrant du monde?» Alors évidemment, le son de cloche est différent, en face, chez les Madrilènes de Marca. Selon eux, Pinto, le portier remplaçant du FC Barcelone, qui sera aligné ce mercredi soir, est le porte-malheur des Barcelonais. Pourquoi? Parce que lors de la seule défaite des hommes de Guardiola face à Madrid lors des onze derniers matchs, Pinto était dans les buts. Pire, «les supporteurs n’auraient plus confiance en lui». Un raisonnement qui, à défaut de couler de source, fait couler l’encre et la salive.

 

Au royaume de l’intox, où José Mourinho est roi, la presse joue son rôle à fond. Mardi, selon Marca, Di Maria et Pepe étaient forfait. Cette fois, ils sont dans le groupe, et le second est pressenti pour être titulaire au milieu de terrain. «Messi, triple Ballon d'or, est le meilleur joueur du monde» par-ci, «Ronaldo, le plus grand joueur de la planète» par-là, le temps d’une journée et d’une folle soirée de football, ces ogres de la presse nationale que sont Marca, AS, Sport et les autres deviennent en fait de beaux fanzines. Et tant pis pour l'objectivité. En Espagne, la vérité du terrain n'est pas toujours celle des colonnes des journaux.