Dakar 2012: Cyril Despres, le vainqueur mal-aimé

RALLYE-RAID Tout proche d'une quatrième victoire dans le Dakar, le français n'attire pas que la sympathie sur le bivouac...

Romain Scotto, à Lima (Pérou)

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Le pilote français Cyril Despres (KTM), lors de la 2e étape du Dakar, le 2 janvier 2012, à Santa Rosa (Argentine).
Le pilote français Cyril Despres (KTM), lors de la 2e étape du Dakar, le 2 janvier 2012, à Santa Rosa (Argentine). — CEZARO DE LUCA/EFE/SIPA

Dimanche soir à Lima, la fête devrait se dérouler en petit comité. Pour célébrer sa (très probable) quatrième victoire dans le Dakar, Cyril Despres ne regroupera pas toute son équipe, KTM, mais juste ses plus fidèles lieutenants sur rallye. Ruben Faria, son porteur d’eau, Chris, son attaché de presse, ses mécaniciens, ceux de Michelin et peut-être Stéphane Péterhansel, l’ami avec qui il partage des brochettes en vacances. Un groupe  soudé autour du pilote français, dans un Team où figure aussi son plus grand rival, Marc Coma. Pour l’emporter, Despres a encore bataillé pendant deux semaines à coups de secondes et de petites phrases, donnant souvent à la course un air de guerre froide.

«C’était un Dakar dur psychologiquement plus que physiquement. Mentalement, je suis épuisé», souffle le roi des motards, en claquettes à la porte de son camping-car. Durant le rallye, il s’y est d’ailleurs souvent calfeutré, craignant de croiser Coma ou les journalistes espagnols, très incisifs à son sujet. «Ça fait partie du job, explique l’ancien mécano moto. Je n’ai pas eu beaucoup de personnes autour de moi pour me conseiller. J’e n’ai pas fait d’école pour être pilote, pas fait d’études pour gérer la presse. Je dis ce que je pense et si ça déplaît, je suis désolé. Un sportif qui n’a pas de caractère, je n’en connais pas.» 

Casteu (Yamaha): «Il n’est vraiment pas dans l’esprit» 

Pendant la course, celui de Despres est plutôt trempé. Très concentré, le champion a tendance à se renfermer, au risque de passer pour un pilote froid et distant. Chez KTM, l’autre français de l’équipe, Johnny Aubert assume totalement son attachement à Marc Coma avec qui il partage un manager et quelques entraînements. David Casteu, le fer de lance de Yamaha, revendique lui une franche inimitié pour le personnage. «Je ne préfère ne pas gagner le Dakar que de le gagner comme il le fait. Il tuerait père et mère pour ça. Il n’est vraiment pas dans l’esprit. C’est lui et après les autres. Il ne voit que lui.» Quand il est en course, il n’est pas du genre à s’éparpiller. Les amateurs, il les croise par moments, mais ne partage pas vraiment leur temps. 

Hugo Payen qui courrait avec lui il y a quelques années en amateur, n’ose  plus approcher cette «star, qu’il a l’impression d’emmerder.» Idem pour Pierre Cherpin qui trouve à Marc Coma un zest de sympathie en plus. Dans le bivouac, le meilleur avocat du Français se nomme peut-être Stéphane Hamard, un amateur qui côtoie Despres depuis ses plus jeunes années. «On dit souvent que Cyril est froid. Je démens complètement. Il y a des moments où il faut savoir se préserver. Il gère sa course en professionnel. S’il n’est pas accessible, c’est naturel. Pour le connaître un peu, il faut respecter ça. Depuis ses débuts, il a changé de métier, tout simplement. C’est lié à une fonction.» Et les quatre trophées du Dakar qui garnissent son camping-car ne lui donnent pas forcément tort.