Gérard Dine: «Ce que Noah veut faire, ce n'est pas légaliser le dopage, c'est pointer du doigt l'hypocrisie»

DOPAGE Médecin biologiste spécialisé dans le dopage, Gérard Dine revient sur les propos de Yannick Noah, accusant le sport espagnol et proposant la légalisation du dopage...

Propos recueillis par Antoine Maes

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Le cycliste espagnol Alberto Contador monte au contrôle anti-dopage, le 22 juillet 2012, sur le Tour de France.
Le cycliste espagnol Alberto Contador monte au contrôle anti-dopage, le 22 juillet 2012, sur le Tour de France. — PASCAL PAVANI / POOL / AFP

«La meilleure attitude à adopter est d’accepter le dopage». La chronique de Yannick Noah parue dans Le Monde daté de samedi a déclenché une tempête médiatique. Pas tant pour cette proposition très peu politiquement correcte, mais surtout parce qu’il a accusé de front le sport espagnol en général. Repris de volée par le David Douillet, le ministre des Sports, le dernier vainqueur français de Roland-Garros a tout de même posé une question qui mérite débat. Et si, pour mettre tout le monde à égalité, se doper était légal? Gérard Dine, médecin biologiste spécialiste du dopage, explique sa position.

Que pensez-vous des propos de Yannick Noah au sujet de la légalisation du dopage?

La prise de position de Noah est inadaptée. Elle est liée au fait qu’il y a une forme d’injustice dans la lutte contre le dopage. Ce qu’il veut faire, ce n’est pas de légaliser le dopage, c’est pointer du doigt l’hypocrisie. Aujourd’hui, quand on est contrôlé positif, les sanctions sont variables selon l’endroit où on habite ou la discipline qu’on pratique. Légaliser poserait un énorme problème de santé public. On ne peut pas imaginer que pour lever l’hypocrisie, on puisse mettre en danger la vie des sportifs.  Je ne suis pas pour la légalisation du dopage, je suis pour une politique cohérente.

Cette hypocrisie ne disparaitrait-pas si on légalisé le dopage?

C’est une réponse simpliste à un problème complexe. Par exemple, comment imaginer une politique efficace de lutte contre le tabac si les gens censés être exemplaires sont en fait des usines médicamenteuses? Si on légalise, on aura un meilleur contrôle? Aujourd’hui, quelques centaines de sportifs vont avoir accès à un dopage high-tech qui les met au-delà du règlement. Mais l’arsenal de départ auquel vous avez accès, c’est de la contrefaçon. Je comprends le ras-le-bol de quelqu’un comme Noah. Mais moi je suis pour que la réglementation évolue, pas qu’il y ait deux poids deux mesures.

Par où commencer pour rendre le système plus performant?

Déjà, il ne faut pas avoir peur de dire que certaines performances sont curieuses. Ensuite on a système de contrôle imparfait, qui prend le plus souvent des lampistes. Ensuite, les choses évolueront quand les financiers du spectacle sportif seront les financeurs de la lutte anti-dopage. A ce moment-là, on aura fait un pas fantastique. C’est un problème uniquement de moyens, et on s’assoit dessus pour le moment. Ce débat permet au moins d’avoir une réflexion sur la volonté d’être un surhomme. Mais si on prenait la décision ex-abrupto de légaliser le dopage, ce serait pire que la situation actuelle.