Comment rester féminine en pratiquant l'haltérophilie?

HALTÉROPHILIE our les membres de l'équipe de France, la question ne se pose même pas...

Romain Scotto

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L'haltérophile française Mélanie Noël, lors des Jeux Olympiques de Pékin, le 9 août 2008.
L'haltérophile française Mélanie Noël, lors des Jeux Olympiques de Pékin, le 9 août 2008. — AP Photo/C.Krupa

«Championne du monde des culturistes et aimer Sissi impératrice…» chante Michel Sardou quand lui vient à l’esprit l’impétueuse «Femme des années 80». Pour la version 2011, il peut compter sur les filles de  l’équipe de France d’haltérophilie pour assurer la promo de son clip. Dans un sport qui glorifie la force de la nature, les femmes bousculent petit à petit les clichés sur un univers chargé en testostérone.

«Les femmes sont en train de transformer le visage de l'haltérophilie», se réjouit Jean-Paul Bulgaridhes, le président de la fédération française, à la veille des championnats du monde organisés à Disneyland Paris (du 5 au 13 novembre). «Les filles sont très accrocheuses en compétition et elles savent faire le spectacle. Ça booste la discipline.» A 25 ans, Mélanie Noël a bien conscience de défricher une terre inconnue. La Française de 48 kg, capable de soulever 103kg à l’épaulé-jeté, ne se pose pourtant jamais de question avant de défier ses barres.

Devine quel sport je pratique…

«Pour moi, il n’y a pas de sport d’hommes ou de femmes. Il y a bien des hommes qui font du patinage artistique? L’haltérophilie se féminise parce que c’est un sport qui a un aspect esthétique. Quand on est une femme, on pense à se renforcer les fessiers et les abdos. Pour ça, l’haltéro, c’est parfait», indique celle qui n’a jamais entendu la moindre remarque machiste dans le milieu. Maman d’une petite fille de 18 mois, la championne française n’est pas non plus du genre à porter le survêtement une fois sortie de la salle de sport.

«On sait rester féminines», enchaîne Anaïs Michel, qui adore surprendre son monde quand elle parle de sa discipline. «Le petit jeu, c’est de demander quel sport je pratique. Et là, on me sort tout: gym, natation, badminton. Jamais haltérophilie… Ça ne vient pas à l’esprit des gens parce qu’ils imaginent tout de suite des grosses de plus de 75kg. Mais on peut être fines, car dans ce sport, la force ne vient pas des bras. Mais d’abord des jambes.»

Des athlètes explosives

Pour soulever plus du double de leur poids, les «poids plume» de l’équipe de France travaillent avant tout l’alliage vitesse-technique. La musculation pure n’étant pas l’aspect fondamental de leur entraînement, comme le confirme Mélanie Noël: «En fait, j’en fais juste un peu pour me renforcer. En fin de séance, je me fais un petit programme biceps-triceps-dorsaux, mais c’est tout.»

Du côté des kinés, le discours est le même. Entre ses mains, Olivier Tomatis ne voit pas passer des filles au physique de culturistes. Plutôt des «athlètes de très haut niveau explosives et féminines». Quand il les incite à travailler sur certaines fibres, «c’est d’abord pour corriger les déséquilibres», afin de prévenir une éventuelle blessure. Et non tenter de rivaliser avec Musclor.