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"En foot au moins, l'Europe ne commande pas aux Portugais"
"En foot au moins, ce n'est pas l'Europe qui commande!" La qualification ...© 2011 AFP
"En foot au moins, ce n'est pas l'Europe qui commande!" La qualification historique jeudi de trois clubs portugais en quarts de finale d'Europa League a éclipsé pendant quelques heures la crise financière, sociale et désormais politique dans laquelle est plongée le pays.
"Ici, l'Europe ne commande pas !": le titre en lettres énormes à la Une du journal O Jogo résumait vendredi la fierté retrouvée de millions de Portugais, qui vivent depuis un an au rythme de mesures d'austérité de plus en plus sévères, exigées par Bruxelles au nom du pacte de stabilité européen.
Jeudi soir, en éliminant le Paris SG, le CSKA Moscou et Liverpool, Benfica, Porto et Braga ont offert au pays un carton plein inédit dans l'histoire du football portugais.
"Soirée historique", "épique", toute la presse valorisait vendredi "la capacité de résistance de Braga", tombeur du "géant Liverpool", "la souffrance endurée par Benfica" contre le PSG et le "jeu de feu" du FC Porto face au CSKA.
Sous le titre "Sourires en temps de crise", l'éditorialiste de A Bola disait son "régal de pouvoir écrire qu'au moins, en ça, nous sommes dans le peloton de tête. Dans ce pays à bout de souffle, le football a redonné le sourire à beaucoup".
Bien sûr, relevaient les journaux sportifs, l'Europa League n'est pas la Ligue des champions, mais, écrivait l'éditorialiste du Jogo, "si la Ligue des champions est pour les équipes +stratosphériques+, l'Europa League n'en est pas pour autant une 2e division, c'est le championnat des équipes seulement humaines".
Jeudi soir, dans les "tascas" (cantines) du vieux Lisbonne, l'heure était à la fête, faisant oublier un temps l'austérité, le chômage, la menace de faillite financière de l'Etat et une crise politique qui pourrait faire chuter le gouvernement minoritaire.
Alors que toute la soirée, le Premier ministre et le chef de l'opposition continuaient de s'invectiver à distance, des milliers de Portugais vibraient devant leurs postes de télévision aux exploits de leurs clubs, toutes rivalités oubliées.
"Au moins là, on a encore des chances", ironisait Ricardo, venu assister au match avec des copains dans un petit restaurant de quartier, avant de lâcher, amer: "C'est tout ce qu'il nous reste!"
A chaque interruption de programme pour diffuser les dernières déclarations en direct des dirigeants politiques, Carlos, le patron, se ruait sur sa zappette pour tenter de ne pas rater une miette de match.
Malgré ses efforts et au grand dam des clients, le premier but du FC Porto face au CSKA Moscou est marqué pendant une énième déclaration du Premier ministre José Socrates.
"Qu'il dégage!, s'emporte un client. De toutes façons, ils se foutent tous de nous. C'est tous des menteurs, nous on est juste là pour payer!".
A deux jours d'une "grande manifestation d'indignation" organisée par les syndicats à Lisbonne, la soirée de football avait jeudi des airs de résistance: "En Europa League, c'est le Portugal qui commande le plus", écrivait vendredi O Jogo, en écho au refrain "Ici, c'est le peuple qui commande le plus" de la chanson "Grândola Vila Morena", symbole de la révolution du 25 avril 1974 qui a renversé la dictature au Portugal.


















