Laurent Fignon, un râleur sensible

CYCLISME Il est mort à 50 ans...

Matthieu Goar

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Laurent Fignon et Greg Lemond lors du Tour de France 1989. 
Laurent Fignon et Greg Lemond lors du Tour de France 1989.  — Sipa

Pour le grand public, il restera ses petites lunettes rondes d’intello et surtout ses 8 petites secondes qui lui avaient fait perdre un troisième Tour de France. A cause d'une boursouflure aux fesses et du guidon de triathlède de Greg Lemond. «Il a traîné ça comme un boulet. Surtout que les gens ne lui parlaient que de ça quand ils venaient le voir. Mais c’est tellement réducteur», résume Pierre Ballester, journaliste à la rubrique cyclisme de l’Equipe en ce mois de juillet 1989. 

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8 petites secondes et beaucoup plus que ça. Car, Fignon, pour les amoureux du vélo, était surtout le dernier grand cycliste français, «un des meilleurs coureurs des 35, 40 dernières années», selon Lemond. Obsédé par le vélo, Fignon était à la fois un mériculeux. «Sur n’importe quelle Classique, il connaissait les pourcentages des bosses, d’où venait le vent. Il avait une science de la course hors-norme», analyse Pierre Ballester. Mais aussi un puncheur qui attaquait au feeling et au panache. «Il ne craignait rien ni personne», se remémore Jean-Marie Leblanc, directeur de du Tour de France et témoin des exploits de «Fifi». Comme sur les Tours 1983 et 1984 qu'il remporte. Déjà seul au monde à 24 ans, Fignon écrase même la star Bernard Hinault dans les Alpes en 1984, le dernier duel franco-français pour le maillot jaune. «Je l'ai vu débarquer en 1982. Avec sa répartie, il narguait le Blaireau (surnom de Hinault, ndlr) à l'entraînement, du genre 'Je te laisse un an puis je t'arrangerai'. Hinault rentrait dans le jeu mais avait moins de répartie, se rémémore Alain Vigneron, coéquipier des deux hommes chez Renault.  Puis en 1983, il prend le maillot. Pas affolé, serein, mâture. Il assume et ça sera toujours un de ses traits de caractère.»

Le passage de relais, notamment à l'Alpes d'Huez:

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Le panache à la Plagne face à Anselmo Fuerte en 1987:

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Et les Français découvrent un homme intègre. Bâchelier et Parisien au milieu des mollets épilés de province, on le surnomme l’intello. Les Italiens, eux,  l'appellent «Il professore». «Un garçon pas facile, exigeant avec lui-même. Un professionnel jusqu’au bout des doigts. On l’a opposé ensuite à Lemond. L’Américain sympatoche, avenant. Lui était plus lunatique, plus fermé. Mais ça n’enlevait rien à son panache. Ce n’était pas dans sa nature d’éventer une bonne humeur», résume Ballester. Vainqueur de 9 étapes sur le Tour, le Parisien n'était pas vraiment du genre à sourire sans raison. Parfois, il ne valait mieux pas croiser sa route. Comme lorsque Moser lui avait volé un Tour d’Italie 1984 en s’arrangeant avec l’organisateur. Ou quand il avait dû abandonner le Tour en 1985.

Le cycliste devient commentateur acerbe

Laurent Fignon n’était pas simple. Un peu râleur. Introverti. Devenu commentateur, il avait transposé son exigeance sur les jeunes coureurs qu’il ne se privait pas de critiquer. «Moi, j’appréciais son franc-parler. Si tout le monde va dans le même sens, on n’avancera pas. Il disait le fond de ses pensées. Il partageait ça avec Bernard Hinault», explique Amaël Moinard, coureur français de l'équipe BMC. Des qualités parfaites derrière un micro sur Eurosport puis France télé.

Un commentateur parfois acerbe. Fignon n’aimait pas le vélo moderne et ses courses cadenassées, lui qui était d'une époque où même le maillot jaune attaquait. Et Fignon détestait encore plus ces étapes verrouillées par le dopage sanguin, lui qui n’avait connu que le dopage à papa, contrôlé positif aux amphétamines en 1987 et 1989. Il avait d’ailleurs avoué en avoir consommées dans sa biographie, «Nous étions jeunes et insouciants» (Ed. Grasset).  Deux semaines après avoir terminé sa biographie, son médecin lui apprend qu’il a un cancer des voies digestives. «Je sais que la mort peut être là. Mais pour moi il n’y pas de rapport entre dopage et maladie. Je mettrais ça sur le compte d’un manque d’hygiène alimentaire : j’ai toujours mangé n’importe comment…Je n’ai pas fondu en larmes en l’apprenant. Maintenant, je vais me battre comme je l’ai toujours fait sur le vélo», déclare alors Fignon. Il tient le micro jusqu’au bout. «C’était une forme de thérapie pour lui», conclut Ballester.

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