Alexandre Juillard : «Ce poste de sélectionneur est une rédemption pour Maradona»

FOOT Pour son biographe français, Diego Maradona peut mener l’Argentine très loin dans cette Coupe du monde…

Propos recueillis par A.P.

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Le sélectionneur de l'Argentine Diego Maradona le 12 juin 2010 lors du match face au Nigeria à Johannesburg.
Le sélectionneur de l'Argentine Diego Maradona le 12 juin 2010 lors du match face au Nigeria à Johannesburg. — REUTERS/Adnan Abidi

 Auteur de «Maradona» chez Hugo&Cie, Alexandre Juillard connaît bien la vie du plus célèbre des footballeurs argentins. Selon lui, Diego Maradona se nourrit beaucoup de son expérience de 1986 pour diriger Messi et ses partenaires à la victoire.

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Maradona a accaparé toutes les caméras. Comme expliquez-vous un tel magnétisme?
Je ne sais pas si c’est conscient ou non, mais on a l’impression que Maradona prend toute la pression de cette Coupe du monde sur lui pour mieux laisser Messi tranquille. Si l’Argentine se fait éliminer, c’est lui qui se fera massacrer par les médias argentins. Il va accaparer l’attention jusqu'au bout. On est obligé de mettre une caméra sur lui. Quoi qu’il fasse, on attend qu’il dérape ou qu’il offre une émotion.
 
Cette façon de prendre les choses en mains rappelle un peu la Coupe du monde 86 que Maradona a presque gagné tout seul…
 L’analogie avec 1986 est assez frappante, Maradona se nourrit beaucoup de cette expérience. En 1986, l’Argentine avait aussi connu des éliminatoires galères et l’équipe s’était fait pourrir par la presse. Maradona était dans la situation de Messi aujourd’hui: une star qui avait tout à prouver avec sa sélection. Lui, joue à fond sur cette référence. Son sélectionneur Carlos Bilardo disait à l’époque: «Mon équipe c’est Maradona + 10 joueurs.» Aujourd’hui, Maradona explique: «Mon équipe c’est Messi + 10 joueurs.»
 
Mais l’entraîneur reste critiqué en Argentine…
 Les critiques sur ses qualités d’entraîneurs resteront. Sauf s’il gagne cette Coupe du monde. Mais il faut comprendre la particularité du football argentin. L’Argentine a toujours fonctionné avec des entraîneurs qui donnaient de la liberté à leurs joueurs, c’est le cas de Maradona.
 
Que représente pour lui ce poste de sélectionneur?

C’est quelqu’un qui n’est jamais là où on l’attend. Cette Coupe du monde est le challenge de sa vie. Tout le monde dit qu’il est incompétent pour entraîner et on sent qu’il le prend mal et fait tout pour prouver le contraire. Il organise même des entraînements le matin ce qu’il ne faisait jamais avant parce qu’il préférait dormir. Il a envie de démontrer qu’il peut être sérieux et professionnel. On l’a toujours présenté comme un dilettante. Mais Maradona c’est aussi un leader, il a toujours été un leader dans les clubs où il est passé, même très jeune.
 
L’image de Maradona est-elle en passe de changer?

 Je le crois. Pour lui, ce poste de sélectionneur est une rédemption. On sent qu’il est beaucoup plus sérieux. Il ne se drogue plus, il ne boit plus et est beaucoup mieux entouré. La famille a repris le pouvoir autour de lui. Il a besoin d’être entouré, c’est ce qui explique la présence de son ancien partenaire en sélection, Alejandro Mancuso. Maradona n’a pas oublié sa présence auprès de lui alors qu’il était au fond du trou. C’est un peu son garde-fou.