Mike Horn, l’as des glaces

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Un vent glacial souffle au pied de la tour Montparnasse (Paris 14e). Sur les trottoirs, la neige tombée pendant la nuit tient le coup. Pétrifiés, les Franciliens pressent le pas. Mike Horn, deux fines couches de vêtements sur le dos, flâne et sourit. Il vient de passer deux ans à parcourir seul les 20 000 kilomètres du cercle polaire arctique. A dormir sous une tente par moins 60 ºC, on relativise les caprices de l’hiver français. Mais surtout, Mike Horn, aime regarder au-delà des apparences. « S’il fait froid aujourd’hui, c’est qu’il va faire beau après. » Implacable. A 39 ans, il continue de s’agiter comme un gamin, semblant découvrir avec émerveillement chaque nouveau lieu, chaque nouveau visage. Né en Afrique du Sud, Mike a appris le français dans les Alpes suisses, où il vit depuis plus de dix ans. L’accent est assez unique. Le propos ponctué de gimmicks helvétiques. « Mon pauvre ami, on n’a que 25 000 jours à vivre ! » Au cours des 14 000 premières journées de ce chemin théorique, l’homme a, entres autres aventures, descendu l’Amazone à la nage en 1997 ou effectué, seul et sans moteur, le tour du globe en suivant le tracé de l’équateur, deux ans plus tard. Pour ce dernier exploit, il sera récompensé en 2001 par le Laureus Award, sorte d’Oscar du meilleur aventurier remis par d’anciennes gloires du sport. Horn se lance ensuite dans « Arktos », ce tour du cercle polaire arctique, contre les courants et les vents dominants. « Je préférais échouer dans le sens le plus dur que de réussir dans l’autre, affirme-t-il. Parce que si j’avais réussi de la manière la plus facile, je serais encore à me demander : “Es-tu capable de le faire en sens inverse ?” » Pendant cette expédition, Mike Horn slalome à la voile entre les icebergs, skie, escalade, glisse sur la glace derrière une aile géante... Il tombe dans l’eau glacée, voit ses doigts geler, aiguise l’appétit de quelques loups et autres ours polaires qui viennent roder autour de sa tente ou se dresser sur son chemin. « On vend souvent l’aventure comme quelque chose d’invivable, de dangereux. Pour moi, ce n’est pas ça. L’aventure, ce n’est pas se plaindre tout le temps. Tu n’es pas obligé de mourir pour que ce soit fort. C’est quelque chose qui doit mettre un sourire sur ta gueule et te permettre d’apprendre, toujours et encore. » Il y a cette « petite voix », comme un ange gardien, qui lui donne confiance dans les épreuves, lui insuffle la peur en cas de danger et l’incite à se relever le jour où, étendu immobile dans la neige, il sent avec une certaine légèreté qu’il est en train de mourir. « Comme dans la jungle amazonienne quelques années auparavant, j’ai alors compris qu’il fallait que je change d’objectif. Que si je voulais réussir, si je voulais revoir ma femme et mes deux filles, mon but de chaque instant ne devait plus être d’arriver au bout, mais simplement de survivre. » International de rugby sud-africain, le père de Mike lui répétait souvent : « Si tu ne te sers pas de ta pelle, tu ne risques pas d’en casser le manche. » Depuis, Horn à l’obsession de foncer lorsque on lui dit « impossible ». Il passe des mois à préparer ses parcours, son matériel. « Je suis aventurier comme d’autres sont libraires ou bouchers. Et c’est un métier que tu dois faire sérieusement. Je ne suis pas un héros. Je n’ai pas plus mal, plus peur ou plus de plaisir que les autres gens. C’est où je dois aller pour ressentir tout ça qui est différent. » Depuis quelques semaines, Jessica et Annika, ses deux filles de 10 et 12 ans, se lèvent chaque matin une heure plus tôt avant d’aller à l’école. « On prépare une traversée du Groenland pour cet été : 600 kilomètres à ski de fond. On devrait mettre 25 ou 30 jours, estime-t-il. Depuis qu’on a décidé ça, elles ont un but, se savent engagées dans quelque chose. C’est rare. » Comme Mike Horn. Grégory Magne