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Le dégel des relations entre l’Algérie et la France favorable à Gleizes ?

Procès de Christophe Gleizes : L’apaisement des relations entre la France et l’Algérie peut-il favoriser sa libération ?

diplomatieCondamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », le journaliste Christophe Gleizes est jugé ce mercredi en appel en Algérie
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Christophe Gleizes, journaliste à So Foot arrêté en Algérie le 28 mai 2024, a été condamné à sept ans de prison ferme en juin dernier pour « apologie du terrorisme ».
  • Il sera entendu ce mercredi devant le tribunal criminel d’appel de Tizi Ouzou. Son avocat Emmanuel Daoud se montre « raisonnablement optimiste » quant à une libération.
  • Depuis la libération de l’écrivain Boualem Sansal, les relations entre l’Algérie et la France se sont légèrement pacifiées, ce dont pourrait profiter Christophe Gleizes.

Pour son anniversaire, Maxime Gleizes attendait de voir son frère début juillet. Condamné le 29 juin en première instance à sept ans de prison ferme pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national », Christophe Gleizes a finalement passé l’été enfermé dans la prison de Tizi Ouzou (Algérie). Le journaliste passe ce mercredi devant le tribunal criminel d’appel de la ville kabyle et espère être libéré pour passer Noël en compagnie de sa famille.

Parti en Algérie le 15 mai 2024, le collaborateur du magazine So Foot a été arrêté le 28 mai 2024, avant d’être placé sous contrôle judiciaire pendant treize mois avec assignation à résidence à Alger jusqu’à son procès en juin dernier pour avoir été en contact avec un dirigeant du club de la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK). Un homme par ailleurs responsable du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé organisation terroriste par les autorités algériennes depuis 2021.

L’avocat de Gleizes « raisonnablement optimiste »

« Il est important que les magistrats d’appel puissent comprendre qu’un journaliste a des sources et que les sources pour les besoins de son papier à écrire, il va les consulter, nous explique Emmanuel Daoud, l’un des avocats de Christophe Gleizes, qui a vu son client en prison lundi après-midi. Et que ça ne veut pas dire que le journaliste se confond avec ses sources. Et qu’un journaliste sportif, a fortiori, n’a pas de position politique, idéologique ou doctrinale. Il ne fait que son travail. »

Bien que très prudent, le conseil reste « raisonnablement optimiste » quant à une issue favorable cette semaine et un retour prochain de son client auprès des siens en France : « Il ne faut pas en déduire que la justice algérienne prend ses instructions auprès du palais présidentiel, mais l’apaisement des relations diplomatiques entre l’Algérie et la France pourrait faire en sorte que le dossier soit examiné plus sereinement. »

Fragilisées depuis octobre 2024, à la suite de la décision d’Emmanuel Macron d’apporter son soutien à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, la problématique des ressortissants algériens sous OQTF et l’arrestation de Boualem Sansal, les relations entre les deux pays se sont un poil réchauffées depuis quelques semaines. Notamment après la libération de l’écrivain franco-algérien, gracié par le président Abdelmadjid Tebboune, le 12 novembre.

Une gestion différente à celle de Boualem Sansal

« Les signes d’apaisement sont clairs, assure Hasni Abidi, politologue algérien et directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) à Genève. Mais le cas de Christophe Gleizes est différent de celui de Boualem Sansal. Paris avait conditionné toute amorce de dialogue à la libération de l’écrivain. La libération de Christophe Gleizes ne fait pas partie des conditions sine qua non exigées par Paris pour un retour à une situation normale. La France a aussi appris les leçons de la gestion de l’affaire Boualem Sansal. Paris ne veut pas politiser le procès. »

Hormis une pétition, recueillant plus de 22.000 signatures, demandant la libération du journaliste, quelques tribunes publiées dans les médias et certaines actions menées par les proches du prisonnier, il y a eu peu de bruit autour de Christophe Gleizes, notamment au sommet de l’Etat. Contactés ces derniers jours, certains membres du comité de soutien ont ainsi préféré garder le silence et, seul son frère, Maxime, a été vu dans les médias, vendredi, sur La chaîne L’Equipe.

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« On a tu l’affaire, parce qu’on pensait que cela allait durer un mois, deux mois, a-t-il expliqué. Le procès a été reporté tous les trois mois, on s’est dit qu’il y avait anguille sous roche. Et puis les relations entre la France et l’Algérie se sont un peu crispées, donc on s’est un peu inquiétés. Tous les enjeux diplomatiques nous dépassent, on ne sait pas foncièrement le fond du problème. Le nouveau ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez (qui a succédé à Bruno Retailleau), présente une politique plus douce qui, je pense, peut bénéficier à une libération un peu plus proche de mon frère. »

Aucune aigreur à l’égard de l’Algérie

L’ancien Préfet de police de Paris devrait d’ailleurs se rendre à Alger dans les prochaines semaines, signe de ce dégel diplomatique. « Cette nouvelle méthode basée sur le respect, sur la discrétion et pas du tout sur un bras de fer, a payé, ajoute Hasni Abidi. Le retour de Laurent Nuñez, un homme très apprécié, est en mesure, à mon avis, d’accélérer les choses. »

Loin de toutes ces considérations diplomatiques, Christophe Gleizes « n’en a pas voulu à Bruno Retailleau, assure son frangin. Mon frère n’a aucune aigreur ou ressentiment à l’égard de l’Algérie. Si la raison emporte tout le monde, ça devrait bien se passer. Je suis allé le voir en octobre, il va bien, il avait le moral, il garde la philosophie stoïcienne de la maîtrise de soi. » Il en faudra encore une bonne dose ce mercredi au tribunal.