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Natation : Sommeil perturbé, concurrence absente, pourquoi Léon Marchand est encore en rodage à Chartres
CHAMPIONNATS DE FRANCE•Avec déjà un titre en poche sur le 400m 4 nages mais sans la satisfaction du travail bien fait, Léon Marchand attaque une double journée, mercredi, entre 200 m papillon et 200 m brasse. Une étape cruciale dans son rodage pour les JO 2024William Pereira
L'essentiel
- Léon Marchand rempile mercredi aux championnats de France de natation après une première journée mitigée malgré le titre sur 400m 4 nages.
- En rodage, le nageur français est attendu sur 200 m papillon et 200 m brasse, deux courses qu’il enchaînera en une heure. L’occasion de se tester sur un enchaînement périlleux qui pourrait l’attendre aux JO
- Dans l’ensemble, ses performances aux championnats de France ne reflètent pas forcément son véritable niveau, comme le montre sa progression spectaculaire entre les championnats de France 2023 et ses titres mondiaux un mois plus tard.
De notre envoyé spécial,
A voir les tribunes de la piscine de Chartres moitié moins remplies que la veille, ce mardi, jour de repos pour Léon Marchand aux championnats de France, on se dit que la natation tricolore n’a vraiment d’yeux que pour son phénomène. On peut difficilement en vouloir au public tant les apparitions du jeune expatrié aux Etats-Unis se font rares chez nous, mais on frôle l’erreur de jugement. Pour deux raisons.
Un, Maxime Grousset et Florent Manaudou ont expédié mardi les minimas olympiques sur 100m nage libre dès les séries matinales, laissant présager de belles choses pour la suite. C’était donc dommage de s’en priver. Deux, Léon Marchand est en rodage aux championnats de France. Son temps et ses sensations sur 400 m 4 nages, qu’il jugeait décevants lundi malgré le titre national de la distance et les minimas olympiques décrochés sans trembler, en sont un bon exemple. Avant le début de semaine, il n’avait qu’une référence datant d’avril à San Antonio, et un chrono en 4’11’’21. Sans oublier le manque de concurrence autour de lui qui pourrait bien lui peser davantage que ce qu’il imagine.
« Léon a l’impression d’avoir tout donné alors qu’en réalité il a manqué de justesse », analysait à chaud Nicolas Castel, son entraîneur à Toulouse et relais de Bob Bowman en France, évoquant un faux rythme. Pour défendre l’intéresser, notons la difficulté à se motiver à se donner à fond au boulot dans une ambiance qui pue la naphtaline à l’image des deux mascottes sorties du placard pour la première fois depuis le siècle dernier pour assurer un semblant de spectacle au bord des bassins. Forcément, quand on baigne dans le rythme des compètes universitaires à l’américaine, on est un peu moins hypé.
Mauvais sommeil et déménagement au Texas
Au rayon des circonstances atténuantes, la star de la natation dit souffrir d’un mauvais sommeil depuis son retour en France, il y a dix jours. « Je n’étais pas rentré depuis longtemps », rappelait-il le week-end dernier avant son entrée en matière. Un changement de plus après son déménagement en urgence de Tempe à Austin (dans la journée, littéralement), pour suivre son mentor Bob Bowman. Ça fait beaucoup de paramètres à digérer, à 22 ans, qu’on soit ou non le plus fort.
Autre point à souligner, Marchand est en phase de répétition aux championnats de France. Car faire un ou deux gros coups sur une compétition est une chose, collectionner les médailles en un seul tournoi olympique comme a pu le faire Michael Phelps en est une autre. Au talent intrinsèque, ajoutons donc une bonne dose de gestion du planning, tant du côté du sportif que de son staff. Telle une écurie de F1, celui-ci sera sommé de tirer le maximum d’enseignements relatifs à la récupération, aux massages, à la nutrition et au sommeil, en adéquation avec les objectifs à atteindre à Paris cet été.
La double journée de mercredi, gros test avant les JO
L’analyse du passage de Léon Marchand à Chartres ne peut donc se faire sans le prisme de l’économie des ressources physiques du loustic. « C’est une étape, je n’ai pas envie de perdre toute mon énergie ici ». Sa double journée de mercredi, où il enchaînera le 200 m papillon puis le 200 m brasse en l’espace d’une heure comme aux JO, s’inscrit également dans une logique de rodage.
« « Je vais essayer de m'écouter ce jour-là, de voir un peu comment mon corps réagit après le 200 papillon, le matin et le soir. Et de voir mentalement si c'est possible. Donc je vais essayer de m'écouter, de voir comment ça passe. Je vais voir aussi au niveau du temps, voir si c'était plus dur que ce que j'avais pensé. C’est un premier test avant les Jeux. » »
Et peut-être la dose d’incertitude qu’il manquait lundi à Léon pour le sublimer, veut croire Nicolas Castel. « Là, je pense qu’il n’y aura aucun doute sur son engagement dans les courses [de mardi]. » Et quand bien même. L’année dernière, il avait nagé de deux à trois secondes moins vite à Rennes en juin que lors des Mondiaux de Fukuoka, où il a été triple-champion du monde un mois plus tard. Autrement dit, les championnats de France sont une occasion idéale de voir Léon Marchand de très près, mais pas au plus haut de sa forme.



















