JO de Paris 2024 : « Pas un vrai sujet pour nous »… Promis, les triathlètes ne s’inquiètent pas pour l’eau de la Seine
Pollution, je dis non•Alors que les récentes analyses de l’eau du fleuve sont inquiétantes, les sportifs tricolores et leur fédération se disent confiants à un mois des épreuves olympiquesNicolas Stival
L'essentiel
- Les compétitions olympiques de triathlon sont programmées les 30 et 31 juillet ainsi que le 5 août, avec pour commencer 1,5 km de natation dans la Seine.
- La qualité actuelle de l’eau du fleuve sème le doute sur la possibilité d’y organiser des épreuves, mais la FFTRI comme les athlètes interrogés par « 20 Minutes » disent faire confiance aux autorités.
- Le triathlon pourrait être un gros pourvoyeur de médailles pour la France.
Razzia annoncée. Le triathlon français bombe le torse à l’approche des JO à domicile, fort des superbes résultats obtenus depuis les Jeux de Tokyo. Voici trois ans, les Bleus avaient enfin débloqué leur compteur olympique avec le bronze du relais mixte, leur première breloque depuis l’introduction de la discipline en 2000 à Sydney.
« Les athlètes présentés sont légitimes pour prétendre à des médailles en individuel et sur le relais mixte », a annoncé mercredi Benjamin Maze, le directeur technique de la Fédération française (FFTRI), au moment de dévoiler les six sélectionnés, trois hommes et trois femmes.
L’épreuve masculine est programmée le 30 juillet, la féminine le lendemain et le relais mixte le 5 août. Le décor du départ, un ponton flottant au pied du pont Alexandre-III avec l’hôtel des Invalides, les Petit et Grand Palais pour témoins, aurait sa place dans un épisode d’Emily in Paris.
Mais il y a une question qui fâche, beaucoup moins « Emily-compatible » : les triathlètes (mais aussi les spécialistes d’eau libre et les paratriathlètes) pourront-ils nager dans la Seine, avant de chevaucher leurs vélos puis de finir au pas de course ? Ou devront-ils ranger leurs maillots de bain et se contenter d’un duathlon – du jamais vu encore aux JO – à cause de la pollution du fleuve, sachant qu’aucun plan B pour la natation n’est officiellement prévu ?
« On se prépare très clairement pour un triathlon », tranche Benjamin Maze, avant de développer son argumentaire.
« « La question de la qualité de l’eau est récurrente du côté des journalistes, avec des inquiétudes bien sûr légitimes. On est très fiers en tant que triathlètes d’apporter en héritage aux Parisiennes et aux Parisiens cette eau de la Seine sur laquelle il y a eu un investissement colossal des pouvoirs publics : plus d’1,4 milliard d’euros dépensés pour améliorer sa qualité. On a vécu des dernières semaines assez délicates d’un point de vue météorologique un peu partout en France, avec énormément de précipitations. C’est normal que ça ait un impact sur la qualité des eaux de la Seine et sur son débit. Mais les projections pour les épreuves de triathlon nous amènent à être relativement sereins » »
« On a peu d’inquiétudes sur le fait qu’un requin vienne perturber les épreuves comme certaines chaînes peuvent le laisser penser », conclut le dirigeant dans un sourire. La fine allusion au film Netflix Sous la Seine, dans lequel un squale géant s’initie à l’eau douce en plein Mondiaux de triathlon, est de bonne guerre.
Mais la principale menace sur la tenue des épreuves olympiques n’a pas de dents et ne se remarque qu’au microscope : elle a pour nom Escherichia coli (E. coli pour les intimes). Samedi dernier, dans une enquête de TF1, l’association Surfrider annonçait que cette bactérie fécale prenait encore bien trop ses aises dans la Seine, avec des taux représentant « le double, parfois le triple des seuils autorisés ». Et cela « sur la plupart des prélèvements ».
Des « test event » organisés, d’autres annulés l’an dernier
Forcément, un printemps pourri combiné à des déversements divers et variés d’eaux usées, ça débouche rarement sur un joli lagon bleu.
En attendant qu’Anne Hidalgo et Emmanuel Macron ne fassent un « plouf » dans la Seine pour la photo, et que trois sites de baignade n’y ouvrent l’an prochain, les triathlètes relaient la parole de leur Fédération. « Ce n’est pas un vrai sujet, pas une préoccupation pour nous », assène ainsi Dorian Coninx, champion du monde 2023 sur le format olympique (1,5 km de natation, 40 km de vélo, 10 km de course) et l’un des sélectionnés pour Paris, avec Léo Bergère et Pierre Le Corre.
Coninx fait allusion au « test event » masculin, répétition taille réelle des JO effectuée en août dernier dans la capitale. Son équivalent féminin avait également pu se tenir, mais les autres avaient dû être annulés après des analyses non concluantes : nage en eau libre, relais mixte du triathlon et paratriathlon.
« Des choses qu’on ne peut pas forcément contrôler »
« L’an dernier, le "test event" s’était bien passé, donc pour moi, ce n’est pas une préoccupation non plus cette année », évacue aussi la jeune et très prometteuse Emma Lombardi (22 ans). Les triathlètes nagent parfois dans des eaux douteuses, peuplées de vilains microbes, de rats crevés et d’autres Ofnis (objets flottants non identifiés).
Forcément, il y a des conséquences. « Il arrive que trois ou quatre jours après la course, on souffre d’un petit mal de ventre ou d’une petite gastro, reprend la benjamine tricolore, accompagnée à Paris par Cassandre Beaugrand et Léonie Périault. Ça se gère, ça finit par passer. C’est comme une chute à vélo, ce sont des choses qu’on ne peut pas forcément contrôler. »
L’été dernier, après avoir remporté une course des championnats du monde (WCTS) à Sunderland (Angleterre) et avant le « test event » de Paris, Pierre Le Corre avait souffert pendant une dizaine de jours de maux intestinaux, comme 57 autres concurrents. Des analyses effectuées quelques jours plus tard dans la flotte britannique avaient révélé un taux d’e. coli 39 fois supérieur à la normale, comme l’a rapporté Le Monde.
Une eau douteuse aux JO de Tokyo
« On peut prendre des probiotiques pour protéger sa flore intestinale mais il n’y a pas de vaccin ou quoi ce soit contre les eaux polluées », souligne Léonie Périault, cinquième des Jeux en individuel et bronzée en relais mixte voici trois ans, dans les flots marronnasses de la baie de Tokyo. « Après Sunderland, beaucoup d’athlètes avaient été malades, relate-t-elle. Cela a encore été le cas dernièrement sur une Coupe du monde à Hong Kong. C’est quelque chose auquel on est habitués, il faut savoir s’adapter. Mais là, j’ai vraiment confiance dans les autorités françaises. »
Après les aventures d’une jeune Américaine dans un Paris fantasmé et celle d’un requin dans la Seine, Netflix pourrait proposer dans les prochaines semaines un « Tony Estanguet vs Escherichia coli » du meilleur effet.


















