Nicolas Hourcade sur le PSG: «On a laissé pourrir l'arbre, maintenant il faut couper les branches»
INTERVIEW•Le sociologue spécialiste des supporters estime que les mesures prises par le PSG étaient nécessaires...Propos recueillis par Matthieu Payen
Le PSG n’avait plus le choix. Lors d’une précédente interview, Nicolas Hourcade prévenait que la situation dans les tribunes parisiennes prenait un tour irréversible. Désormais, les sanctions sont tombées. Le sociologue ne voit pas d’autre solution pour crever l’abcès mais émet quelques propositions pour que ce plan soit réellement efficace.
Le PSG lance son plan antiviolence démembrant les tribunes Auteuil et Boulogne. Est-ce la bonne solution?
L’esprit du plan est adapté à la situation. On est dans un conflit ouvert et gravissime entre deux tribunes. Le plan veut faire table rase et, dans l’état actuel des choses, je ne vois pas comment le PSG pourrait faire autrement. Cela dit, je m’interroge sur la mise en application. Le placement aléatoire risque de ne pas être évident à appliquer. Une personne de couleur qui se retrouve à Boulogne doit être certaine que sa sécurité est assurée. Il va falloir que le club prévoie un dispositif adapté pour rassurer les supporters.
Il y a quelques mois, vous nous aviez dit qu’il fallait éviter de tirer dans le tas. Là, c’est un peu le cas?
Oui, mais le club n’avait plus le choix. Je regrette qu’on ait laissé pourrir la situation pendant des années et qu’on soit obligé aujourd’hui d’en arriver à des solutions radicales qui font des victimes collatérales. Tous les abonnés des virages qui n’étaient pas violents sont eux aussi sanctionnés. On a laissé pourrir l’arbre, maintenant il faut couper les branches. Mon autre regret est qu'il ne soit apparemment pas prévu de remettre sur pied des associations de supporters. Le plan favorise les personnes isolées ou les familles, mais certains supporters ont envie d'aller au stade de manière collective ou de mener une activité associative sans causer de troubles. Il faudrait songer à reconstruire quelque chose avec les victimes collatérales de ce plan qui n’ont rien à voir avec la violence. Des associations de supporters, ça peut aussi être positif et le club devrait contribuer à leur renouveau.
Mais n’était-il pas possible de s’en prendre uniquement aux têtes des groupes violents?
La plupart des têtes sont déjà coupées. Le problème c'est que le conflit entre les deux tribunes est tellement profond qu'il faut écarter les plus dangereux tout en cassant complètement cette opposition, ce qui suppose de remettre en cause l'organisation des deux tribunes.
La politique tarifaire avantageuse du club [places à 12 euros à Auteuil et Boulogne] vous semble-t-elle viable?
Les tribunes risquent de se vider. Au début, beaucoup d'habitués ne vont sans doute pas se retrouver dans le nouveau Parc des Princes. Et il faudra du temps au club pour trouver un nouveau public. C’est donc un pari sur l’avenir. Il faut reconnaître à Leproux qu’il a compris l'ampleur de la situation et qu'il prend des mesures fortes pour la changer.
Y a-t-il un risque que le PSG devienne un club sans supporters?
Il y a un risque, c’est sûr. Certains vont déserter et ceux qui ne venaient pas au stade auparavant vont probablement attendre d'être certains que la situation soit assainie avant de venir.
Mais est-ce si important l’argent perdu par la billetterie? Il reste les droits télé, le merchandising…
C’est sûr que les droits télé sont plus importants que les recettes de la billetterie. Mais pour que l’économie d’un club soit saine il faut que ses revenus soient bien répartis. Là, le PSG prend un vrai risque.
On parle beaucoup du modèle anglais. Est-ce que ce plan nous en rapproche?
Le modèle anglais, au sens où on individualise les supporters, est appliqué dans le plan du PSG. Mais le modèle anglais, ce n’est pas que la répression et l'individualisation. Il suppose aussi un accueil amélioré des supporters et la transformation du football en modèle économique garantissant un spectacle de qualité. Donc transposer ce modèle en France n’est pas évident. Et il faudrait penser aussi à regarder d'autres pays, comme l'Allemagne qui associe répression et dialogue avec les supporters.
Finalement, le football a-t-il toujours vocation à être un sport populaire?
Question complexe. Si le football populaire, c’est se taper dessus, ça n'intéresse que les hooligans. Si le football populaire, c’est de l’ambiance dans les stades, sans débordement excessif, et des supporters acteurs du football, beaucoup de gens y sont favorables. Quelques clubs ont certainement la volonté d’attirer un public plus argenté, mais tous ne sont pas dans cette optique-là. Le risque des mesures de sécurité actuelles est qu'elles cassent aussi l'ambiance des stades.


















