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Interview« On fait les mêmes sacrifices que les valides », raconte Charlotte Fairbank

Jeux paralympiques Paris 2024 : « Faire du sport en fauteuil, c’était trop pour moi », raconte Charlotte Fairbank

InterviewAprès une première à Tokyo, la joueuse de tennis fauteuil Charlotte Fairbank espère se qualifier pour les Jeux paralympiques de Paris en 2024
Charlotte Fairbank est aussi ambassadrice pour les taxis G7.
Charlotte Fairbank est aussi ambassadrice pour les taxis G7. - Instagram Charlotte Fairbank / Instagram
Propos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin et William Pereira

Propos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin et William Pereira

L'essentiel

  • Chaque jeudi, « 20 Minutes » reçoit un athlète qui rêve de podium en 2024 dans son émission Twitch LCTC. Cette semaine, Charlotte Fairbank est notre invitée.
  • La joueuse de tennis fauteuil espère participer à ses deuxièmes Jeux, après une première à Tokyo, où elle avait été éliminée au premier tour.
  • A 32 ans, grâce à son rôle d’ambassadrice pour les taxis G7, elle milite pour une meilleure formation des chauffeurs dans la prise en compte des personnes à mobilité réduite.

Les choses très sérieuses vont commencer au mois de juillet. A partir de là, Charlotte Fairbank et tout le circuit de tennis fauteuil auront un an pour décrocher son billet pour les Jeux paralympiques de Paris en 2024. L’objectif : être parmi les 24 meilleures du monde pour valider automatiquement sa place pour les Jeux. Aujourd’hui 27e mondiale, la Franco-Anglaise s’est fixé de gros objectifs dans l’espoir de décrocher une médaille dans la capitale française.

Paraplégique à 15 ans à la suite d’un accident, Charlotte Fairbank a mis du temps avant d’appréhender ce sport qui la rend aujourd’hui heureuse. Elle a d’ailleurs lâché son premier métier de juriste pour se consacrer entièrement, grâce à l’aide de ses sponsors au tennis fauteuil. De l’Angleterre à la France en passant par l’Argentine et Tokyo, elle nous raconte son histoire.

A 15 ans, un accident a complètement changé votre vie…

Je suis tombé d’une botte de foin qui était en train de rouler assez vite. Le poids m’a écrasé et j’ai été paraplégique complète, avec aucune motricité, aucune sensation dans les jambes. A 15 ans, ce n’était pas facile à gérer, on a toute notre vie devant nous. Rerentrer dans une école qui n’était pas accessible, avec tous mes copains valides, c’était assez dur à vivre. On m’avait proposé, six mois après l’accident, le tennis fauteuil. J’avais refusé car, pour moi, vu que j’étais en fauteuil dans la vie de tous les jours, faire en plus du sport en fauteuil, c’était trop pour moi. Je n’arrivais pas à me faire à l'idée de faire du sport en fauteuil, mais j’étais complètement dans le déni, je pensais remarcher. J’ai poursuivi ma scolarité, fais des études de droit en Angleterre, j’ai voyagé. Après deux trois ans de boulot dans le droit à Bristol, je décide de partir en Argentine, car je voulais apprendre l’espagnol et connaître l’Amérique latine. A Buenos Aires, fin 2016, j’avais commencé à accepter mon handicap et m’étais mise depuis six mois au tennis fauteuil. J’avais une vraie passion pour ce sport et j’ai pris des cours là-bas, là où s’entraînait l’équipe nationale de paratennis. Et l’entraîneur qui était à mes côtés me propose d’intégrer l’équipe nationale pour que je m’entraîne de manière plus professionnelle, avec un rythme de quatre heures par jour. J’ai appelé mes parents pour leur dire que j’avais envie de quitter cet univers du droit et passer à autre chose et me lancer dans le monde sportif. Je suis restée un an à Buenos Aires au lieu de quatre cinq mois et je suis ensuite revenue en France, en tant qu’anglaise. Mais, au final, j’ai choisi la France, car Paris 2024, les Jeux à la maison et il n’y a rien de plus incroyable. Et j’ai intégré l’équipe de France un an et demi plus tard.

Comment vos parents ont réagi quand vous leur avez annoncé que vous arrêtiez le droit ?

Il y avait un peu d’appréhension, car ils ne savaient pas trop dans quoi je me lançais. Mais, en même temps, ils voyaient à quel point ce sport me rendait heureuse, ça m’a sorti d’une dépression, ça m’a permis de sortir de chez moi, de bouger, d’avoir cette adrénaline à chaque fois que je bougeais. Mais, même si j’étais fixée sur cet objectif du tennis, j’ai quand même, six mois après avoir commencé le tennis à fond, fait un master en droit en deux ans à distance, parce que j’hésitais encore. Mais, vraiment, depuis 2020, je me consacre entièrement au tennis.

Aujourd’hui, vivez-vous du tennis ?

Oui, grâce à mes sponsors. J’ai aussi intégré depuis le 1er janvier le pôle France de la Fédération française de tennis, où on s’entraîne avec plusieurs joueurs en fauteuil au centre national d’entraînement à porte d’Auteuil et on est aussi aidés financièrement, avec notamment le remboursement des frais de tournois. Ça nous aide énormément. Mais c’est vrai que sans ces sponsors, c’est tellement dur d’en vivre, parce que, au final, il y a une faible médiatisation des sports paralympiques, même si le tennis est un sport populaire.

« Mais le prize money est assez minime, surtout par rapport aux valides. Une victoire à Roland-Garros pour les para, c’est l’équivalent d’un premier tour pour les valides. Et il faut vraiment faire tous les Grand Chelem et être dans le top 10 pour en vivre. Certes la médiatisation n’est pas la même, mais on fait les mêmes sacrifices que les valides, on s’entraîne autant qu’eux, on doit payer les tournois, les coachs, les kinés… Donc on dépense autant qu’eux, mais on n’est pas récompensé de la même manière. Donc, sans sponsors, c’est compliqué. » »


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Quels souvenirs gardez-vous des Jeux de Tokyo ?

Comme c’était mes premiers JO, c’était juste l’expérience d’y être qui était incroyable, même si j’ai perdu dès le premier tour. Donc tennistiquement, ce n’était pas ma meilleure perf, mais l’expérience en soi était juste incroyable. D’être dans le village paralympique avec les plus grands athlètes mondiaux, c’était impressionnant, et une belle préparation pour les JO 2024. Les restrictions liées au Covid-19, c’était un peu démotivant, dans le sens où je voulais vivre mes premiers Jeux avec ma famille et mes proches. Mais il n’y avait pas de public et, en plus, on n’avait pas le droit d’aller soutenir les autres athlètes. On avait juste le droit de faire l’aller-retour entre le village et les courts de tennis. Du coup, le slogan “une seule équipe” ne tenait pas trop, car on ne pouvait pas aller soutenir les autres. Donc, oui, ce n’était pas les premiers JO idéaux, dans le sens où il n’y avait pas de public pour me soutenir.

Du coup, vous allez passer d’un extrême à l’autre avec les JO de Paris ?

Si je me qualifie, j’espère avoir tout le monde avec moi, qu’il y ait un public de fou. Ces Jeux vont être historiques. Et, c’est sûr qu’on va avoir envie de donner encore plus pour des Jeux à la maison. Ce sont des Jeux que je prépare depuis le début, dans le sens où Tokyo c’était assez inattendu, donc je les ai moyennement préparés, car je ne m’attendais pas à être là. Donc, mentalement, c’était plus simple à gérer, car je n’avais pas de pression. Là, la pression monte tous les mois. Après, ce n’est pas parce qu’il y aura du public, mais plus que j’ai pas mal d’attentes en moi. Je dois me qualifier et j’ai envie d’aller le plus loin possible, éventuellement gagner une médaille, de rendre ma famille et mes amis fiers.

Vous avez eu un petit coup de mou après les JO de Tokyo. Comment cela s’est-il traduit ?

Ça arrive souvent pour les athlètes d’avoir ce moment un peu « down » après les Jeux. On vit des émotions incroyables et le fait de rentrer… De vivre tout ça sans ma famille et mes amis, c’était dur de rester sur place jusqu’à la fin après avoir perdu et ne pas pouvoir rentrer en France célébrer cette « victoire » de participer aux Jeux avec eux. Donc ça m’a coûté mentalement. Et après des moments très forts, on revient à une normalité assez banale et c’était dur de se remettre en route avec de nouveaux objectifs. Après, j’ai aussi été blessée, avec une rupture du tendon quelques semaines après les Jeux, donc ça ne m’a pas aidé.

Vous êtes ambassadrice des taxis G7 et vous militez pour l’augmentation du nombre de chauffeurs formés à la prise en charge de personnes à mobilité réduite. Ca avance sur ce point ?

On s’est associés avec G7 en vue des JO 2024 pour former un maximum de chauffeurs pour qu’ils soient plus à l’aise avec des personnes en situation de handicap. Ça part de la base, comme plier un fauteuil ou lancer la conversation avec une personne en situation de handicap. Le plus dur, ce n’est pas d’être en fauteuil, mais c’est vraiment le regard des gens. Moi, je vise vraiment à avoir une énorme banalisation du handicap. Et si je peux le faire, notamment à travers les chauffeurs de taxi, on pourrait avancer. Le but, c’est aussi d’avoir un maximum de véhicules adaptés, PMR. Donc on forme un maximum de chauffeurs avec des véhicules PMR et des véhicules plancher bas. Si on peut gagner en indépendance, ça serait vraiment génial.

A Paris, il y a aujourd’hui seulement 13 stations de métro accessibles aux personnes en situation de handicap…

ça ne suffit pas du tout. On se bat pour avoir un maximum de stations accessibles, mais c’est tellement vieux que c’est presque impossible. Après, tous les restos et lieux publics doivent être accessibles, avec une loi qui a été mise en place, mais ce n’est pas toujours acté. Quand je voyage à Londres ou Barcelone, je vois qu’à Paris, on a pas mal de retard. Après, les Jeux de Londres (2012) et Barcelone (1992) ont fait bouger les choses. Donc on espère qu’avec les Jeux en 2024, la ville sera plus accessible. Et c’est pour ça aussi que je milite avec G7, car ça nous rend la vie plus facile vu que c’est compliqué avec les transports en commun.

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