Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Patrick Mouratoglou: «La frustration pousse à faire de grandes choses»

Patrick Mouratoglou: «La frustration pousse à faire de grandes choses»

INTERVIEWLe coach d'Aravane Rezai également patron d'académie, livre son analyse pour réussir dans le tennis actuel...
Propos recueillis par Romain Scotto

Propos recueillis par Romain Scotto

Entre le match de foot du matin et l’entraînement d’Aravane Rezai l’après-midi, Patrick Mouratoglou n’a pas beaucoup de temps à gaspiller lorsqu’il s’arrête à Thiverval-Grignon, le village des Yvelines où est basée son académie. Tout juste une trentaine de minutes, autour d’un cœur de rumsteck, pour livrer sa vision du haut niveau, à l’heure où les champions français peinent à décoller…


Vous êtes aujourd’hui à la fois entraîneur d’Aravane Rezai et patron d’académie. Comment doit-on vous présenter?

Je me considère d’abord comme un coach, parce que cela fait quinze ans que je fais ce métier. Et puis l’académie c’est une manière de faire du coaching à plus grande échelle.

C’est un investissement personnel, quel retour attendez-vous?

J’attends un retour sportif. On a zéro rentabilité. Si je n’avais pas d’autres activités, je me ferais insulter tous les jours par la banque. Avec les joueurs, il n’y a pas d’objectif en termes de bénéfice car on n’en fait pas dans le tennis. C’est une activité qui est déficitaire et que je finance avec d’autres activités que j’ai. Mais si je devais en faire un business, je ne le ferais pas du tout comme ça. Je ferais beaucoup de stages, ce que je ne fais pas. Si j’attendais un retour humain de mes autres activités (ndlr, dans les clubs de fitness), j’aurais arrêté depuis bien longtemps. Ça n’apporte que les emmerdes.

Quel est l’esprit de l’académie, par rapport à celle de Bolletieri par exemple?

C’est d’être capable de faire du sur-mesure pour chaque joueur. C’est l’inverse de ce qui se fait dans le tennis depuis des années, c'est-à-dire du volume. Nous, ce n’est pas la sélection naturelle.


Vous cherchez aussi avant tout à déceler une force mentale chez vos joueurs…

La technique et le physique, ça s’acquiert. Une mentalité de champion, c’est plus difficile. On peut faire progresser les gens. Un champion, c’est quelqu’un qui a ça en lui. Quand on regarde ce qui est fait au très haut niveau, ce sont ceux qui ont le plus envie qui réussissent. C’est évident.


Est-ce la frustration de ne pas avoir joué au haut niveau qui vous motive?

Sûrement. Mais ce n’est pas grave. En France, c’est très péjoratif la frustration. Alors que c’est un truc génial. Il y a des gens frustrés qui deviennent aigris et puis il y a des gens chez qui la frustration conduit à faire de grandes choses. On aime ou on n’aime pas Nicolas Sarkozy, mais je pense que c’est un grand frustré. C’est la frustration qui l’a amené à se dépasser et à faire plein de choses.


Vous êtes aussi l’un des premiers à avoir impliqué les parents dans la réussite des jeunes champions…

Oui, c’était une particularité, ça ne l’est plus, aujourd’hui, on dit que sans les parents, c’est impossible. Mais c’est évident. Les filles ont beaucoup de mal à trouver une motivation intrinsèque. Elles ont besoin de se projeter sur un homme ou une femme. A haut niveau tous les parents sont présents. Le père Williams, la mère Hingis, Dementieva. Si aujourd’hui, en France on n’a pas de bonnes joueuses, c’est aussi parce à la fédération, pendant quinze ans, on a mis les parents dehors. Quand il y a les parents derrière, ils prennent un coup de pied dans le cul donc ils ne font pas demi-tour. A la fin, ils sont dans le top 10.


Mais quand on lit qu’Andre Agassi a toujours détesté son père et le tennis, on peut se poser quelques questions...

C’est facile de le dire aujourd’hui et de cracher dans la soupe. J’adore ça… Le mec qui est multimillionnaire grâce au tennis et il écrit ça. Ce n’est pas très beau. Agassi est Agassi grâce au tennis. Grâce à son père. Qu’il en ait souffert, je ne conteste pas, mais est ce qu’on devient un vainqueur de Grands Chelem sans souffrir? S’il avait choisi, il serait où? S’il a deux choses à ne pas blâmer, c’est son père et le tennis. Qu’il fasse une bonne psychothérapie et qu’il comprenne que la vie, ce n’est pas simple. Les gens qui l’ont poussé l’ont fait pour qu’il réussisse. Tiens, c’est comme Manaudou. Au moment où elle ne veut plus bosser, elle crache sur le mec qui l’a fait bosser. Mais elle est arrivée là grâce à lui. Après c’est à eux de choisir s’ils veulent une vie classique ou un destin exceptionnel. Et ça ne se fait pas en buvant un coca au bar quand les autres bossent.


Quelle est la prochaine étape dans le développement de l’académie. Et celle qui vous permettra de dire «je suis arrivé»?

J‘espère qu’on ne se le dira jamais. L’objectif, c’est de gagner des Grands Chelem. On a fait une finale (avec Baghdatis en 2006), c’est déjà pas mal. On a presque tout gagné chez les juniors, maintenant il faut faire pareil chez les pros.