US Open : « Un très bon entraîneur qui ne s’accapare pas la joueuse »… Bertrand Perret, le coach qui a relancé Garcia

tennis Présente pour la première fois de sa carrière en demi-finale de l’US Open, ce jeudi, Caroline Garcia s’appuie sur une relation fructueuse avec Bertrand Perret, son nouveau coach depuis décembre dernier

Nicolas Camus
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Caroline Garcia célèbre sa victoire en quart de finale de l'US Open contre Coco Gauff, le 6 septembre 2022.
Caroline Garcia célèbre sa victoire en quart de finale de l'US Open contre Coco Gauff, le 6 septembre 2022. — Frank Franklin II/AP/SIPA
  • Caroline Garcia affronte Ons Jabeur en demi-finale de l’US Open, ce jeudi soir.
  • La Française, victorieuse de trois tournois cet été et qui n’a pas perdu un set depuis le début de la quinzaine new-yorkaise, marche sur l’eau en ce moment.
  • Le résultat d’un travail acharné avec Bertrand Perret, son nouveau coach depuis décembre dernier, qui a su trouver la clé pour (re) mettre en place son jeu spectaculaire et agressif.

Appelez-la « Caro-Clim Garcia ». Le jeu de mots n’est pas de nous, à notre grand regret, mais de l’excellent compte Twitter « Jeu, Set et Maths », véritable banque de stats pour ceux qui aiment le tennis. Depuis le début de l’été, il y a de quoi faire avec la Française, qui vient d’empiler sa 13e victoire de rang en pliant Coco Gauff en quart de finale de l’US Open. Les 23.000 spectateurs du bouillant court Arthur-Ashe n’ont même pas eu le temps de se chauffer que Garcia éteignait déjà la lumière. Avant de défier Ons Jabeur en demie jeudi soir, elle n’a toujours pas perdu un set à New York.


Un plan de route encore inimaginable au cœur du printemps, alors qu’elle était tombée à la 79e place mondiale après une année 2021 à oublier et un début de saison (encore) pourri par des blessures. Mais il fallait juste attendre un peu que le corps aille mieux, et surtout que le souffle apporté par son nouvel entraîneur Bertrand Perret fasse redécoller « Flying Caro », qui avait décidé l’année dernière de ne plus être coachée par son père Louis-Paul. C’est à l’Alsacien, aux côtés de Garcia depuis décembre dernier, que l’on doit ce retour au tout premier plan. Comment s’y est-il pris, exactement ? Une question simple… à laquelle il est bien difficile de répondre, en réalité.

« Quelqu’un qui ne cherche pas la pub »

Déjà, parce que Bertrand Perret, comme tout l’entourage de la Française, n’est pas autorisé à s’exprimer pour le moment. Même après le titre à Cincinnati, les journalistes présents avaient dû faire sans lui pour raconter l’étonnant parcours de sa protégée, sortie des qualifs pour aller chercher le troisième WTA 1.000 de sa carrière, cinq ans après son doublé Wuhan-Pékin en septembre-octobre 2017.

Mais on pense ne pas trop s’avancer en estimant que l’intéressé n’en ressent aucune frustration. Perret semble être du genre à réserver ses commentaires pour le joueur ou la joueuse dont il s’occupe. Même dans les tréfonds d’Internet, on ne trouve ni portrait ni grande interview de lui. « On se croise régulièrement, on se dit bonjour, on discute un peu, mais je ne connais pas bien ses méthodes de travail », nous dit Georges Goven depuis New York, où il commente l’US Open pour Eurosport. L’ancien capitaine des équipes de France de Coupe Davis et de Fed Cup, qui a entraîné Tatiana Golovin, Kristina Mladenovic ou Alizé Cornet, connaît pourtant le milieu comme sa poche. Mais sur son collègue, il est bien désolé de n’avoir « rien de bien croustillant » à raconter, prévient-il en rigolant.



« C’est quelqu’un de très charmant dans la vie, extrêmement discret. Il ne cherche pas la pub, reprend Goven. Il est pour moi l’archétype du très bon entraîneur, qui ne s’accapare pas la joueuse, qui ne cherche pas à la pousser un peu pour qu’on le voie mieux sur la photo, comme d’autres. Les résultats plaident pour lui, c’est un très bon coach. »

Avant de s’occuper de Caro Garcia, le quinqua alsacien a participé à l’ascension d’Ons Jabeur. Il était à ses côtés, notamment, quand la Tunisienne est devenue la première Africaine à atteindre les quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem, lors de l’Open d’Australie 2020. A cette occasion, il était revenu sur son parcours éclectique, qui l’a mené en Russie, en Amérique Centrale, mais aussi à travailler avec la Chinoise Peng Shuai. « J’ai pas mal bourlingué, ça m’a permis de voir différents styles de jeu, d’entraînement, racontait-il. C’est pas mal. »

Assiduité et dialogue

L’envie de découvrir le monde lui a pris après avoir passé une bonne partie de sa vie au TC Lingolsheim, dans la banlieue strasbourgeoise. Responsable de l’école de tennis, c’est là qu’il a fait éclore le jeune Paul-Henri Mathieu, avant qu’il ne parte à l’Insep puis en Floride. Bertrand Perret n’a laissé là-bas que des bons souvenirs. « Il était très bien avec les jeunes, et il a eu d’excellents résultats avec eux, nous renseigne Claude Gillmann, vice-président et véritable mémoire du club, où il siège depuis la fin des années 1970. C’était un entraîneur consciencieux, très professionnel, qui ne parlait pas outre mesure, et une personne aimable. Il s’entendait très bien avec tout le monde. »


Sur la méthode Perret, le dirigeant n’a pas de révélation fracassante à faire, seulement quelques observations qui permettent d’imaginer une ligne de conduite basée sur le dialogue. « Il était toujours là, disponible si quelqu’un avait besoin d’un conseil, éclaire Claude Gilmann. Il n’a jamais refusé de rester une demi-heure en plus si on lui demandait pour travailler un aspect spécifique du jeu. On pouvait le solliciter, il était toujours prêt. C’est quelqu’un qui aime bien échanger, partager. »

« La ligne est toute tracée »

C’est pour cette raison qu’après dix-neuf ans de bons et loyaux services, Bertrand Perret a décidé de mettre les voiles. « J’en avais fait le tour et j’ai voulu tenter une autre aventure, disait-il au journal l’Alsace en 2017, alors qu’il accompagnait Peng Shuai aux Internationaux de Strasbourg. J’aime bien le haut niveau et surtout, j’aime bouger. Je suis toujours en recherche, j’adore découvrir des musées, des centres-villes, des mentalités différentes, rencontrer les gens. »

Une expérience qui lui sert à plein aujourd’hui pour cornaquer Caroline Garcia. La Française ne demandait qu’à entendre un autre discours que celui de son père, qui on l’imagine commençait à s’éroder avec les années. Elle a été servie. Débarrassée de ses pépins physiques depuis mai, elle peut appliquer le plan élaboré avec son nouveau coach. « On a clairement défini la façon dont je dois jouer, la direction que je dois prendre. Quand j’entre sur le court, je sais quel style de jeu je dois pratiquer, a-t-elle expliqué cette semaine. La ligne est toute tracée, ensuite il y a toujours des aléas qui t’empêchent de la suivre aussi facilement que ça, mais ça me clarifie la tête. »

Le bon attelage au bon moment

On le voit sur le court. Malgré les fautes inhérentes à son style de jeu agressif, elle ne désarme jamais et finit par écœurer l’adversaire. La patte Perret ? « Depuis qu’il est avec Caro, on sent qu’elle rejoue avec confiance, avec plaisir. Et surtout, on sent que même si elle rate, elle reste persuadée que c’était le bon choix. C’est comme ça que s’instaure la confiance, observe Georges Goven, admiratif. Elle n’a plus besoin de trop réfléchir à des automatismes, ça tourne tout seul, c’est naturel. C’est magnifique comme elle joue. »

Garcia-Perret, ça a donc l’air d’être le bon attelage au bon moment. Sur le circuit, les joueuses voient en tout cas la différence. « Ça n’a rien à voir », a pu constater Coco Gauff, qui avait facilement tapé la Française à Doha en février. « Elle est de retour à sa place, je suis heureuse pour elle », a pour sa part salué Ons Jabeur, qui retrouvera aussi en demi-finale son ancien entraîneur. « Je suis juste contente pour tous les deux, en fait », dit la Tunisienne. Qui sait mieux que personne ce qui l’attend dans l’arène du stade Arthur-Ashe.