Mondial de volley : « Meilleur joueur du monde, c’est rien », Antoine Brizard, le discret passeur des Bleus
VOLLEY-BALL•L’équipe de France affronte le Japon en 8es de finale des championnats du monde lundi soir, cornaquée par son nouveau maître du tempo depuis Tokyo, Antoine BrizardPropos recueillis par W P
L'essentiel
- L’équipe de France va défier le Japon en 8es de finale des championnats du monde après avoir bouclé une phase de poule parfaite.
- Antoine Brizard, le passeur des Bleus, se confie à 20 minutes, quelques mois après son titre de meilleur joueur du monde.
Les fondus de la France qui gagne ont sans doute découvert la dinguerie du bonhomme un jour de cinquième set contre la Russie en finale olympique, l’été dernier. 13-12 pour les Bleus dans un final irrespirable, et Antoine Brizard qui décide de claquer une petite balle lobée impossible au-dessus du contre adverse pour offrir deux balles de matchs à l’équipe de France. Le nouveau passeur en chef de la team Yavbou, élu meilleur joueur du monde en 2021, entend bien récidiver lors des championnats du monde, où commencent les matchs couperets. Premier rendez-vous lundi soir face au Japon, en espérant retrouver l’Italie en quarts de finale mercredi.
Trois victoires en trois matchs, un 8e abordable contre une nation sans grandes références, l’équipe de France est là où elle voulait être ?
Deux bons morceaux dès la poule [la Slovénie et l’Allemagne], c’est ce qui nous avait manqué l’an dernier à l’Euro, sans parler de tout le contexte post-JO. On avait une poule archi simple, on n’avait pas joué un match et arrivés en huitièmes de finale on s’était fait tordre bien comme il faut. On est bien là. On a bossé très dur, notamment en musculation un aspect où on est un peu plus faibles que d’autres, et j’espère qu’on arrive en forme au bon moment, pas trop tôt, ni trop tard.
On pouvait craindre une première compétition d’adaptation avec un nouvel entraîneur arrivé en catastrophe en début d’année. Mais il semblerait qu’Andrea Giani n’ait pas mis longtemps à cerner ce groupe, notamment pour éviter les défaites « de décompression » ?
Il avait déjà un regard sur notre équipe et il ne s’est pas trompé sur nous, il nous a vite compris. Je pense qu’il a été étonné de voir à quel point on était proches. Il nous savait proches, mais pas à ce point. Je pense qu’on le fait rire et qu’on le surprend. Mais il est hyper humain et dans le dialogue. C’est super agréable et important et on fonctionne bien comme ça. Il y a une forme d’humilité de sa part. Il fait partie d’une génération italienne de joueurs qui ont tout gagné plein de fois et où il y avait pas mal d’égos et pourtant je ne vois pas Gianni là-dedans. C’est vraiment agréable.
A titre personnel, estimez-vous être à la hauteur de votre titre de meilleur joueur du monde acquis l’an passé ?
Ah ce fameux titre… C’est très bête mais la première idée que j’ai eue quand je l’ai appris c’est que les gens allaient dire que je ne le méritais pas ou qu’il y avait mieux que moi. Evidemment, il y en a plein qui le disent mais j’ai été touché de voir que les mecs dans l’équipe venaient me voir et me félicitaient. En gros ils me disaient "c’est rien mais tu le mérites", "Qui aurait pu l’avoir à part toi cette année ?", même si je ne le pense toujours pas. Ce titre me rappelle les JO 2021 donc ça me va. Ce qui est cool c’est de se dire qu’on est tous dans ce classement parce qu’on a gagné les Jeux.
« C’est rien », ça veut dire que cette récompense n’a aucune signification dans le milieu ?
Il faut nuancer l’importance des distinctions individuelles dans le volley en comparaison du foot par exemple : malheureusement au football il y a des joueurs qui jouent pour le ballon d’or et c’est un peu problématique. Il y a eu une dérive, peut-être médiatique, et de notre société qui recherche toujours les stats et les buts… C’est toujours la course aux stats, aux penaltygates (rires). Au volley on n’a pas ça, même si on regarde les stats.
Pourtant, le meilleur marqueur Bleu, Earvin Ngapeth, ça parle aux gens non ?
Alors oui, on va être impressionné par un mec qui va marquer 35 points dans un match, mais on y accorde moins d’importance qu’au foot sur la globalité. Un mec qui fait meilleur marqueur de la saison, on n’en parle pas entre nous. Parce que souvent, on se dit que c’est le mec qui a attaqué le plus de ballons. On regarde les stats et si on constate qu’il a un pourcentage en attaque qui est important, c’est fort mais ça sera jamais le mec qui a marqué le plus de points dans une compétition qui sera meilleur joueur. Par exemple après les Jeux, tout le monde me demandait pourquoi je n’avais pas été élu meilleur passeur, mais je m’en foutais vraiment complètement, et j’ai eu ce titre de meilleur joueur du monde ensuite. L’important c’était d’avoir gagné les JO. Pas de savoir le nombre de passes que j’ai réussies.


















