Ellen MacArthur: «Il y a des choses plus importantes que la voile»

VOILE La navigatrice nous parle un peu bateau et beaucoup d’écologie...

Propos recueillis par Matthieu Goar

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 La navigatrice Ellen MacArtur au départ de la route du Rhum, le 27 novembre 2006.
 La navigatrice Ellen MacArtur au départ de la route du Rhum, le 27 novembre 2006. — C.Platiau / REUTERS

Epuisant son attachée de presse, c’est une Ellen MacArthur gambadante que l’on retrouve à Hyeres sur l’iShares Cup, une course que sa société OC Events organise. Icône en Angleterre, l’ancienne recordwoman du Tour du monde en solitaire multiplie aujourd’hui les projets caritatifs. Elle vient de réaliser un tour du Royaume-Uni avec des enfants cancéreux mais son principal cheval de bataille est depuis quelques années l’écologie. Interview un brin mystique.

Quand est-ce qu’on vous revoit à la barre d’un bateau de course ?
Ce n’est pas du tout dans l’air du temps. Je me suis rendu compte qu’il y avait des choses beaucoup plus importantes à faire sur terre. Je suis effaré par l’épuisement des ressources. Quand on est sur un bateau, l’économie d’énergie va de soi. Pour faire le Tour du monde, on calcule sa nourriture, son gazole (pour alimenter le groupe électrogène du bord, ndlr) et on consomme en fonction sans même avoir à y penser. A terre, on oublie tout ça alors que le problème est finalement le même.  Selon certaines, études, il ne nous reste plus que 40 ans de pétrole disponible. 40 ans, c’est à  l’échelle d’une vie d’homme. C’est toi, c’est moi.

A l’époque de vos grands exploits, on ne vous entendait jamais vous exprimer sur ces sujets. Pourtant, en mer, on se rend compte de la pollution.

C’est vrai. Je crois que pendant les courses et les records, j’ai toujours été beaucoup trop speed pour me concentrer sur ces choses-là. Après mes tours du monde, je suis parti 3 mois en Géorgie du Sud (une île désertique des mers du Sud, paradis des albatros et des éléphants de mer, ndlr). Là-bas, je me suis posée et je crois que cela m’a permis de réfléchir.

Vous gérez aussi une entreprise d’événementiel dans la voile. Pourquoi ne pas organiser une course verte où les bateaux n’auront pas le droit d’utiliser d’énergies fossiles ?
Parce que j’aurai l’impression de ne parler qu’à un petit milieu. Il faut sensibiliser tout le monde à ce problème.

On vous voit souvent intervenir dans les entreprises ? Est-ce le nerf de la guerre écologique ?

Non. Ce problème concerne tout le monde. Entreprises, gouvernement et grand public, les gens ne se rendent pas compte de leur responsabilité. J’arrête souvent des enfants dans la rue pour leur parler. Hors chacun d’entre eux consomme 4,4 litres de pétrole par jour. Ils n’en sont simplement pas conscients.