Tour de France 2022 : Quelle stratégie adopter pour mettre en difficulté l'impérial Tadej Pogacar ?

CYCLISME Alors que les étapes alpestres commencent ce mardi, Tadej Pogacar semble intouchable lors de ce Tour de France. Pourtant, certains ont des cartes à jouer pour isoler le jeune Slovène

Antoine Huot de Saint Albin
Tadej Pogacar semble imbattable sur ce Tour de France.
Tadej Pogacar semble imbattable sur ce Tour de France. — Thibault Camus/AP/SIPA
  • Tadej Pogacar a déjà assis sa domination dans le Tour de France après une semaine de course.
  • Alors que le peloton aborde trois étapes dans les Alpes, il reste quand même quelques espoirs pour faire vaciller le Slovène.
  • Entre attaques de loin, unions de circonstance et surprises, différents scénarios sont possibles.

Ah, les Alpes ! Ses bouquetins, ses chamois, ses casse-noix mouchetés, ses tétras-lyres. Et, chaque été au mois de juillet, une espèce d’animal un peu sauvage qui vient se poser sur le bord de la route, bramer et gesticuler au passage des cyclistes du Tour de France. A partir de ce mardi, finie la tranquillité dans le massif montagneux. D’autant qu’un autre animal, autrement plus redoutable, sera également dans les parages.

Tadej Pogacar, le Cannibale des temps moderne, voudra sûrement lors de ce triptyque alpestre accroître son avance sur ses principaux adversaires, après une première semaine maîtrisée à la perfection. De la pluie, du vent, des pavés, des gravillons, des montées sèches, rien y a fait. Le grand favori slovène résiste à tout, et au matin de l’étape qui mène le peloton vers la très chic station de Megève, ce mardi, le leadeur de l’équipe UAE a déjà repoussé toute la concurrence au-delà de la minute, excepté Jonas Vingegaard, qui s’accroche à 39 secondes.

« Il est un cran au-dessus »

Depuis le début de la Grande Boucle, Pogacar semble intouchable. Deux étapes gagnées, une impression de facilité rarement vue, une faim galopante… « Il est un cran au-dessus. Il sait tout faire, il sprinte, il passe les pavés, il est phénoménal », résumait lundi Geraint Thomas, lors de la journée de repos. Alors, on fait quoi ? On arrête le Tour ? Quand même pas. En conférence de presse lundi, Enric Mas nous a redonné un peu d’espoir :

Comme adversaire, je ne le considère pas comme le meilleur que j’ai affronté dans ma carrière. Peut-être que je le dirais dans quelques années, mais pour le moment, non. »

Ok, mais alors, s’il n’est pas intouchable, comment mettre à mal cet insolent gamin de 23 ans ? La réponse est à la fois simple et si complexe à mettre en œuvre : en l’attaquant. En le harcelant, même. Et les deux étapes de mercredi et jeudi, avec des arrivées au sommet du Col du Granon et de l’Alpe d’Huez, représentent un beau décor pour renverser un scénario écrit d’avance. Voici quelques pistes à explorer pour emballer les deux semaines de course restantes.

>> Envoyer Roglic au mastic

Il devait être l’adversaire numéro un de Tadej Pogacar cette année, après ses galères des deux dernières éditions.Primoz Roglic, fort de sa victoire sur Paris-Nice, devait faire baver son compatriote. Et puis, l’étape des pavés est passée par là, et le triple vainqueur de la Vuelta accuse un débours de près de trois minutes sur le maillot jaune. Mais, parce qu’il y a toujours un « mais », cela pourrait au contraire lui donner une liberté dont il ne jouirait pas s’il était collé-serré à Pogacar au général.


Le plan est donc le suivant, Primoz : Une attaque dans Le Télégraphe, mercredi, à un peu plus de 70 km de la ligne. On envoie les watts, on fait péter tout le monde et on voit comment ça s’organise derrière. Au pire si ça rentre, ce sera au tour de Jonas Vingegaard d’y aller. « On a un plan, mais je ne vais pas le dévoiler en direct à la télévision, souriait le Danois lundi. Vous verrez bien ce qu’il se passera. Mais on va tout donner. » Enric Mas le reconnaît : « La Jumbo-Visma a tout pour tenter d’isoler le maillot jaune, ils ont deux leadeurs et une grande force. »

Tout est possible pour la formation néerlandaise, à condition toutefois que Wout Van Aert ne soit plus utilisé que comme équipier. On peut le penser. Après avoir gagné deux étapes, porté le maillot jaune et pris une avance très confortable pour le maillot vert, le surpuissant Belge peut désormais se remettre au service de ses leadeurs, comme lors de l’étape des pavés, où il a sauvé les objectifs de Vingegaard. Et un Van Aert en équipier dans les lacets serrés de l’Alpe d’Huez, ça peut faire gagner un homme. Et en faire tomber un autre.

>> Une union contre Pogacar

De la même manière que la Nupes, mais avec un résultat encore plus probant, une alliance Ineos-Jumbo pourrait destabiliser l’équipe UAE. « On l’a vu lors de l’étape de la Planche des Belles Filles, il peut y avoir des petites mésententes dans son équipe, analysait Geraint Thomas, l’un des deux leadeurs d’Ineos avec Adam Yates. Et quand vous voulez gagner le Tour, l’équipe est la clé. »

« Il faudrait qu’il y ait une union entière contre lui, ajoutait l’ancien vainqueur du Tour Bernard Thévenet au site Cyclism’Actu. On a vu des équipes rouler avec UAE Team Emirates. Je pense que tout le monde doit se mettre en tête que Pogacar est le plus fort, comme nous à notre époque, où il y avait Eddy Merckx. Mais il faut essayer de ne pas le favoriser. Il faut notamment l’attaquer dès qu’il y a une possibilité pour prendre le risque de perdre la deuxième place pour essayer de prendre la première. »

On imagine déjà Pogacar esseulé, après vidé les réservoirs de Majka et Bennett en montagne, et se faire attaquer tour à tour par Vingegaard, Thomas et Yates. « Pour l’instant, on n’avait pas à trop se découvrir, tempère le dernier nommé. Ça aurait été une erreur d’attaquer de loin [dimanche], par exemple. Il y aura un moment où ça sera plus judicieux, il faut être patient. » Mais pas trop, quand même, Adam.

>> Profiter du désordre

Des favoris qui attaquent à tout va, des équipes qui se font la guerre et des outsiders qui en profitent pour se faire la malle. L’idée ne s’est pas seulement développée dans notre cerveau d’utopiste, elle est aussi bien présente dans l’esprit d’Enric Mas, le leadeur de la Movistar, pourtant pas réputée quand il s’agit de discuter stratégie : « Je dois profiter de la fête [que serait la révolution mise par la Jumbo et Ineos]. » Pour l’Espagnol, la différence se fera dans les Pyrénées, où il espère gratter une place sur le podium, et plus si affinités.

Autre candidat au podium, David Gaudu arrive sur son terrain de jeu préféré, là où il s’entraîne tout le temps. « J’ai envie de lever les bras, commentait le Français lors de la journée de repos. Je pense que c’est possible, même en alliant le classement général. J’ai déjà réussi à gagner des courses à la pédale devant des gros noms du cyclisme Tous les coureurs sont battables. Il suffit que ça soit ta journée. » Lundi, la Groupama-FDJ n’avait pas encore préparé la tactique des prochains jours, pour laisser les coureurs « décompresser, vue l’énergie physique et mentale dépensée ».

Mais Marc Madiot, le manageur de l’équipe tricolore, préfère ne pas faire de plans sur la comète : « Il faut rester comme nous sommes. Ce n’est pas nous qui avons les données de la course. Il serait présomptueux de faire des plans de bataille pour renverser la table. On verra où on se situe dans les prochains jours. A un moment ou un autre, on aura peut-être une opportunité. » Et on sera là pour pousser tes ouailles, Marc. Et pourquoi pas voir le surdoué de Komenda être pris en défaut pour la première fois.