Tour de France 2022: « Je me dis que j’ai déjà presque gagné et que c’est possible », assure Bryan Coquard, en quête d’une victoire d’étape

INTERVIEW DU LUNDI Le sprinteur de 30 ans, revenu à un très bon niveau sous les couleurs de Cofidis, souhaite enfin gagner une étape sur le Tour de France, après avoir fini deux fois deuxième par le passé

Propos recueillis par Nicolas Stival
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Bryan Coquard après sa victoire lors de la deuxième étape de l'Etoile de Bessèges entre Saint-Christol-les-Alès et Rousson, le 3 février 2022.
Bryan Coquard après sa victoire lors de la deuxième étape de l'Etoile de Bessèges entre Saint-Christol-les-Alès et Rousson, le 3 février 2022. — Sylvain Thomas / AFP
  • Chaque lundi, 20 Minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu. Cette semaine, place au cycliste Bryan Coquard avant le départ du Tour de France, vendredi à Copenhague (Danemark).
  • Le sprinteur de Cofidis a retrouvé le chemin de la victoire depuis son arrivée cette année dans l’équipe nordiste.
  • Il espère remporter enfin une étape de la Grande Boucle après être passé très près à deux reprises, dont une fois à Limoges en 2016 pour une histoire de millimètres.

Bryan Coquard n’en fait pas mystère. Si la perspective de gagner une étape du Tour de France ne hante pas ses nuits, la carrière du sprinteur de 30 ans aurait un goût d’inachevé si elle se terminait sans qu’il en ait claqué une. D’autant que le « Coq » s’est remis sur ses ergots depuis son arrivée chez Cofidis cette année.

Début février, il a tour à tour levé les bras lors des deuxièmes étapes de l’Etoile de Bessèges puis du Tour de Provence et mis fin à une disette de 551 jours. Le 14 juin, Peter Sagan l’a privé d’une troisième joie lors de la troisième étape du Tour de Suisse.


L’ancien coureur de B & B Hôtels entend bien s’imposer sur la Grande Boucle dès cette édition 2022, qui s’élance de Copenhague vendredi, pour qu’on arrête enfin de lui parler de cette fameuse arrivée à Limoges en 2016, où Marcel Kittel l’avait grillé pour « 28 millimètres ».

Comment qualifieriez-vous vos premiers mois chez Cofidis ?

Plutôt très bons. J’ai retrouvé le chemin de la victoire. Je n’ai pas été loin de gagner sur Paris-Nice puis sur le Tour de Suisse. Je suis plutôt satisfait.

Peut-on parler de renaissance après des moments plus difficiles ?

« Renaissance », je ne sais pas si c’est le bon mot. Mais je suis très content, très performant même si depuis la reprise, avant le Tour de Suisse, c’était un peu compliqué. Mais il s’agissait d’un choix, avec mon entraîneur, d’arriver frais et en forme pour cette course et enchaîner ensuite championnat de France et Tour de France. Les saisons sont longues.

Vous allez disputer votre sixième Tour de France. Est-ce que gagner enfin une étape est quelque chose qui vous hante ?

Je n’irai pas jusque-là. Mais effectivement, c’est quelque chose qui me fait rêver depuis gamin. J’ai déjà fait deux fois deuxième (en 2015 lors de l’arrivée sur les Champs-Elysées , derrière André Greipel ; en 2016 lors de la 4e étape Saumur-Limoges, derrière Marcel Kittel). Dont une fois pour 28 mm (en 2016)… J’étais très, très proche de la victoire. Je me dis que j’ai déjà presque gagné et que c’est possible, que je suis capable de le faire. Avec une condition telle que j’ai actuellement, c’est envisageable.

La photo finish de l'arrivée de l'étape Saumur - Limoges sur le Tour de France 2016, qui a vu Marcel Kittel (en bas) devancer d'un rien Bryan Coquard.
La photo finish de l'arrivée de l'étape Saumur - Limoges sur le Tour de France 2016, qui a vu Marcel Kittel (en bas) devancer d'un rien Bryan Coquard. - ASO / AFP

Après, il ne faut pas oublier que c’est la plus grande course du monde, la plus dure en tout cas, où le niveau est le plus homogène et le plus élevé de l’année. J’ai affaire à des concurrents très forts. Je ne me mets pas de pression particulière, même si c’est un rêve que j’aimerais réaliser avant la fin de ma carrière. J’espère que cette année sera la bonne.

Est-ce que vous repensez souvent à cette fameuse étape de Limoges en 2016 ?

Ça revient souvent, et souvent avec les journalistes (sourire). J’ai été très, très proche. Est-ce que ça aurait changé ma carrière ? Je ne pense pas, je n’en sais rien en fait. Mais, encore une fois, ça me prouve que j’ai déjà été pas loin de la victoire et que c’est réalisable.

Que pensez-vous du parcours de cette édition 2022 ? Avez-vous ciblé des étapes ?

J’ai regardé les premiers jours, on a repéré l’étape de pavés dans le Nord (Lille-Arenberg, le 6 juillet). J’ai plutôt survolé les étapes, sans en regarder une en particulier. Il y a pas mal d’arrivées casse-pattes, avec des journées assez compliquées qui me conviennent bien.

Cofidis court après une victoire d’étape sur le Tour depuis 2008. Est-ce que Cédric Vasseur vous rabâche ça souvent ?

Non, mais bien évidemment que j’aimerais apporter un petit bout d’histoire à Cofidis. Cela me ferait super plaisir.

En l’absence d’Arnaud Démare, tous les regards seront sur vous parmi les sprinteurs français.

Oui, je pense. Arnaud a fait un choix différent avec son équipe (Groupama-FDJ) qui lui a très bien réussi (trois victoires dans le dernier Giro). C’est un très grand sprinter. Je vais essayer de faire de mon mieux sur ce Tour.

Pourquoi ne pas vous inspirer de ce qu’il a fait au Giro ?

Une victoire déjà, ce serait exceptionnel (rires).

Chez B & B Hôtels, beaucoup de choses reposaient sur vous. En arrivant chez Cofidis, avez-vous le sentiment d’avoir un poids en moins sur les épaules ?

Oui, clairement. Ça m’a fait du bien. Je ne renie pas ce qui s’est passé pendant ces quatre années chez B & B Hôtels. On ne m’a pas forcé à être l’unique leadeur. Mais là, c’est différent. On a des coureurs pour le classement général et pas mal de coureurs qui font de bons résultats et qui gagnent. L’équipe n’est pas regardée et notée seulement à travers mes résultats.

Sous le maillot de B&B Hôtels dans le col de la Loze, lors de la 17e étape du Tour de France 2020.
Sous le maillot de B&B Hôtels dans le col de la Loze, lors de la 17e étape du Tour de France 2020. - jeep.vidon / Sipa

A votre arrivée chez Cofidis, le manager Cédric Vasseur assurait : « Notre volonté est de l’accompagner pour qu’il puisse retrouver son meilleur niveau de 2016 [13 victoires]. » Qu’est-ce qui vous en sépare ?

Je pense ne pas en être très loin. C’est toujours compliqué à dire en tant qu’athlète. Mais je suis revenu à un très, très bon niveau, peut-être même meilleur.

Comment expliquez ces années compliquées ?

C’est difficile à expliquer clairement. Ce sont des choix sportifs différents. Je ne suis pas forcément persuadé que je n’avais plus ce niveau-là. J’ai bien évidemment eu pas mal de chutes. Ce qui me fait le plus grand bien cette année, c’est de disputer régulièrement les courses World Tour, le plus haut niveau. C’est plein de petites choses qui font que ça marche bien cette année.

Plus généralement, quels sont les objectifs de Cofidis sur le Tour ?

On n’en a pas trop parlé encore (l’entretien a été réalisé le 21 juin). On aura deux bonnes cartes avec Ion Izagirre et Guillaume Martin. On sait que le début du Tour va être super compliqué, en tout car pour les leadeurs qui risquent de perdre pas mal de temps avec le départ au Danemark qui, je pense, sera venteux, avec des risques de bordures. L’étape des pavés est très corsée.

Je ne sais pas qui sera notre leadeur désigné. Est-ce que les deux coureurs désignés viendront jouer les étapes ou est-ce que l’un des deux, ou bien les deux, viseront clairement le général ? Mais on aura clairement de belles cartes.

Avec la médaille d'argent de l'omnium aux Jeux olympiques de Londres, le 5 août 2012.
Avec la médaille d'argent de l'omnium aux Jeux olympiques de Londres, le 5 août 2012. - Carl de Souza / AFP

En cyclisme sur piste, vous avez notamment décroché l’argent olympique sur l’omnium à Londres en 2012, avant d’être sacré champion du monde de l’Américaine en 2015. Est-ce que les JO 2024 à Paris sont dans vos têtes ?

C’est une bonne question. Je n’y ai pas répondu encore moi-même. Bien sûr, j’adore la piste. Et les Jeux de Paris, ce serait quelque chose d’extraordinaire à vivre. Mais les qualifications pour les JO ont déjà commencé et je ne m’en suis pas trop préoccupé pour l’instant, avec mon calendrier sur route très étoffé.

Je vis une nouvelle aventure dans une nouvelle équipe, donc je ne me voyais pas avoir ça en tête. Cette année, l’important était de gagner sur la route, d’être performant dès le début de saison. Peut-être qu’une fois le Tour passé, on regardera si c’est possible de retrouver la piste, cet hiver ou la saison d’après, pour pourquoi pas gagner ma place pour les Jeux… Mais ça reste très vague dans ma tête.

Quel sera votre programme pour la deuxième partie de saison ?

Le Grand Prix de Plouay (programmé le 28 août) est une course que j’affectionne. Elle peut correspondre à mes caractéristiques. Sinon, je ne me suis pas trop penché là-dessus. Ce qui est sûr c’est que je ne ferai pas la Vuelta et que je privilégierai les courses d’un jour ou les petites courses par étapes. Il faudra voir comment je me sens après le Tour.