JO Paris 2024 : Quels rapports entretiennent la Seine-Saint-Denis et les Jeux ?

JEUX OLYMPIQUES La Seine-Saint-Denis est à l’honneur de la journée olympique ce dimanche, aux abords du Stade de France. Une respiration au milieu de nombreux dialogues et changements, notamment sur la question des épreuves des JO Paris 2024 qui s’y tiendront

William Pereira et Nicolas Camus
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(Illustration) Une vue aérienne du Stade de France.
(Illustration) Une vue aérienne du Stade de France. — Colin BERTIER / AFP
  • La Seine-Saint-Denis accueille dimanche la journée olympique 2022, à moins de 800 jours des JO de Paris 2024
  • L'occasion pour le comité d'organisation de mettre en lumière le 93, où auront lieu plusieurs épreuves olympiques
  • La carte des épreuves en Seine-Saint-Denis a récemment changé. Le tir a ainsi été remplacé par les qualifications de la boxe

C’était une punchline comme Thierry Henry sait en débiter 40 à la minute. « Croyez-moi, vous ne voulez pas être à Saint-Denis, ce n’est pas la même chose que Paris », avait lâché l’ancien international français sur le plateau de la plateforme Paramount Plus, soucieux de faire connaître au monde anglophone les subtilités de la géographie francilienne. Et des clichés sur la Seine-Saint-Denis, qui passent évidemment mal auprès du maire PS de la ville, Mathieu Hanotin. Ce dernier répondra par un pamphlet sur les réseaux sociaux dont les premiers mots reprennent avec amertume ceux de Titi. « Vous avez raison, Saint-Denis n’est pas Paris… »


Pour un jour au moins, cette affirmation sera fausse. Dimanche, Saint-Denis sera Paris 2024 : les festivités liées à la journée olympique se tiendront juste à côté du Stade de France. Un souhait de longue date – retardé par les années Covid-19 – censé consacrer le département de la Seine-Saint-Denis en tant que place forte des JO 2024. « A moins de 800 jours des Jeux, cette journée olympique est un peu un avant-goût de 2024 pour le 93, se félicite Stéphane Troussel, président du conseil départemental. Ce rendez-vous sera un exemple concret de l’implication des habitants dans les Jeux avec des retombées en termes de formation, d’emplois, de sport, d’image et d’inclusion. »

Le tir se tire, la boxe arrive

Au programme, une démonstration d’une trentaine de sports olympiques, avec une centaine d’athlètes sur place. « On déborde même un peu des sports olympiques pour en faire une grande fête sportive et culturelle », complète Michaël Aloisio, directeur de cabinet de Tony Estanguet.

Cette journée sonne aussi comme une grande respiration après des mois de dialogues. D’une part avec des associations et riverains, parfois en désaccord sur certains projets (échangeur autoroutier de Saint-Denis, travaux sur le village médias un temps interrompu pour des questions d’impact environnemental…). D’autre part, sur la nouvelle carte des épreuves olympiques accueillies par le 9-3, qui vient de perdre le tir mais récupère les qualifications de boxe, qui se tiendront vraisemblablement à Villepinte. Aloisio : « Sur le tir, on a rencontré un problème de calendrier des opérations car le site est très complexe, mais aussi parce qu’il y a un risque de surcoût. On s’est demandé comment trouver une alternative qui ne se fasse pas au détriment de la Seine-Saint-Denis. » Il enchaîne :

En parallèle il y avait la question des qualifications de boxe. Plutôt que de les mettre dans une autre salle, on s’est dit que ça pouvait être l’occasion de les déplacer là-bas, sachant que c’est un sport qui intéresse beaucoup les gens en Seine-Saint-Denis. Ils sont très contents, finalement, d’accueillir la boxe. »

Un discours assez largement repris par Stéphane Troussel. Ce dernier insiste sur l’aspect win-win du nouvel accord. « Le solde global des épreuves dans le département reste positif. On n’avait pas la boxe, qui colle plus que le tir à l’ADN de notre département, on n’avait pas le volley-fauteuil et l’escrime du pentathlon. C’est positif. »

« Dans le 93, un enfant sur deux ne sait pas nager en arrivant au collège »

Suffisamment pour se remettre de la déception des premières promesses non-tenues d’après le discours officiel. Avant le tir, la natation s’était fait la malle à La Défense et le volley avait quitté Le Bourget. Le village médias sera lui moins garni (700 logements contre 1.200 initialement prévus). Mais rien d’alarmant pour l’héritage de ces Jeux, principale préoccupation des acteurs politiques et associatifs de la Seine-Saint-Denis. Les chiffres sont même rassurants. Le 93 est le territoire qui va le plus bénéficier des investissements de la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques), à plus de 80 %. « La Courneuve garde son statut de ville hôte, note Stéphane Troussel, la piscine de Marville reste un site d’entraînement. » Tout baigne.

Le maintien du bassin de Marville n’est pas anodin dans une zone où la natation est loin d’être reine. Membre de l’équipe de France de water-polo, Mehdi Marzouki fait le topo : « Dans le 93, on est le département avec le moins de bassins en Ile-de-France par rapport à la population. Ça va être un sacré boost. Il faut savoir qu’ici, un enfant sur deux qui ne sait pas nager en arrivant au collège. C’est dû au manque de piscines. On le voit nous quand on s’entraîne après les scolaires, ils sont 20 dans une ligne, il n’y a pas assez de place, d’équipements, de créneaux. Le fait d’avoir plus de piscines avec ces JO c’est super important, parce que savoir nager c’est comme savoir marcher. Ça fait partie de l’éducation de la vie. »

Sans la piscine de Noisy-le-Sec à côté de laquelle il a grandi, Marzouki aurait probablement fait comme tout le monde : tâter le ballon de foot dans la rue. Il se serait épargné les remarques de potes moqueurs sur ce sport de balle qui se joue dans la flotte tout comme il n’aurait sans doute jamais participé aux JO de Rio 2016.

Impliquer la jeunesse de Seine-Saint-Denis dans les JO

Il y a toujours une histoire de terrain de jeu à côté de la maison dans les récits de sportifs pros issus du 9-3. Diandra Tchatchouang, néo-retraitée et médaillée de bronze à Tokyo avec l’équipe de France de basket, a commencé sur les playgrounds de La Courneuve, avant de jouer en club, « parce que les garçons ne nous laissaient pas trop jouer, donc avec ma sœur, on a demandé à être inscrites dans une équipe », sans aucune autre perspective que de prendre son pied avec un ballon orange. Ce n’est pas que les JO n’étaient pas un rêve, c’est juste qu’ils n’existaient pas.

Petite, je n’avais pas forcément de repères par rapport à ce que représentaient les JO. C’est seulement après que j’ai connu la dream team et que c’est venu. »

Ce n’est pas par hasard que le rapport aux Jeux de la jeunesse de Seine-Saint-Denis et son implication dans l’événement sont la priorité des organisateurs pour les deux dernières années. « Des jeux sans les habitants, ça n’a pas de sens, souligne Stéphane Troussel. Ils ne peuvent pas voir se préparer les Jeux au pied de chez eux sans en profiter. » Diandra Tchatchouang partage ce constat et œuvre avec son association Study Hall 93 afin qu’un maximum de jeunes puissent intégrer les rangs des bénévoles de Paris 2024.

« A Tokyo, il n’y a pas un bénévole qui ne parlait pas anglais. Donc pendant toute l’année scolaire, on a mis en place des stages linguistiques pendant les vacances scolaires. L’objectif, c’est d’apprendre l’anglais et l’espagnol par le sport de sorte que nos jeunes puissent acquérir un maximum de bagage linguistique afin de pouvoir faire partie des équipes de Paris 2024 en tant que bénévoles et volontaires. »

Notre dossier JO Paris 2024

La flamme olympique devrait en outre passer par le 93, où une fan zone est envisagée. Enfin, le Club France prendra racine à ses portes, du côté de La Villette, afin que tous puissent venir célébrer les médaillés et s’essayer à différents sports. Michaël Aloisio conclut : « L’un des projets du CNOSF est de faire le lien entre Paris et la Seine-Saint-Denis. » N’en déplaise à Thierry Henry.