Incidents au Stade de France : L’opposition dénonce la destruction « volontaire » d’images de vidéosurveillance

PREUVES Les vidéos des caméras de surveillance du Stade de Saint-Denis n'ont pas été conservées après les violences survenues lors de la finale Real-Liverpool

M.d.F. avec AFP
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Les supporters de Liverpool se tiennent à l'extérieur, incapables d'entrer à temps, ce qui a retardé le match avant le match de football final de l'UEFA Champions League entre Liverpool et le Real Madrid au Stade de France à Saint -Denis
Les supporters de Liverpool se tiennent à l'extérieur, incapables d'entrer à temps, ce qui a retardé le match avant le match de football final de l'UEFA Champions League entre Liverpool et le Real Madrid au Stade de France à Saint -Denis — Thomas COEX / AFP

Polémique dans la polémique. En France, sauf réquisition de la justice, les images tournées par les caméras de surveillance sont systématiquement détruites au bout de sept jours. C’est la loi. C’est ce qui est arrivé aux vidéos tournées par les caméras du Stade de France lors de la finale de la Ligue des champions le samedi 28 mai dernier. Alors que la police est accusée d’avoir fait usage de la violence, que des vols et agressions auraient été commises et que des supporteurs des équipes de Liverpool et du Real Madrid ont commencé à porter plainte, aucune image n’a été conservée, a-t-on appris lors d’auditions par le Sénat jeudi.

Cela « porte à croire qu’on a sciemment laissé détruire des pièces à conviction compromettantes », selon le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau. « On se dirige tout droit vers un scandale d’Etat », avec un « acte intentionnel » pour « faire disparaître une preuve, qui est sans doute une preuve à charge », a-t-il abondé sur RFI. « J’ai tout de suite été stupéfait, j’ai trouvé que c’était très grave », a commenté David Assouline, vice-président PS de la commission des lois du Sénat, vendredi sur France Info, dénonçant un « manque de coordination incroyable » du préfet de police et des responsables politiques.

« Une destruction de preuves par inaction »

« Ça s’appelle couvrir ses traces », a réagi Marine Le Pen, candidate RN aux législatives dans le Pas-de-Calais, sur BFMTV et RMC. « Je n’ose pas imaginer que nos dirigeants soient incompétents au point de ne pas avoir immédiatement, compte tenu de l’écho que cette affaire du Stade France a eu, (…) demandé que leur soient transmises les vidéos de surveillance. Donc c’est volontaire » et « c’est une destruction de preuves par inaction », a-t-elle ajouté.

L’ex-candidate à la présidentielle s’en est prise aux ministres de l’Intérieur Gérald Darmanin et de la Justice Eric Dupond-Moretti : « le fait qu’il n’y ait pas de vidéosurveillance permet de couvrir leurs mensonges énormes qui ont été révélés hier dans le cadre de l’audition », a-t-elle dit, évoquant en particulier « la fable des 40.000 personnes qui avaient des faux billets ».

LREM se défend

Mais pour la présidente déléguée du groupe LREM à l’Assemblée Aurore Bergé, « on a suffisamment d’éléments qui permettent qu’on ait une enquête », notamment des images « tournées de multiples fois, et par les journalistes, et par des supporteurs ». « Les images, vous les avez, elles existent, et on a énormément de témoignages et d’images qui devraient permettre quand même d’éclairer » les enquêteurs, a-t-elle estimé sur RMC.

Interrogée pour savoir si elle regrettait néanmoins la disparition de certaines d’entre elles, Aurore Bergé a fait valoir que c’est à la police et la justice « qu’il faudra poser la question ». Pourquoi Gérald Darmanin a-t-il alors, dès les jours suivant les incidents, rejeté la responsabilité sur les supporteurs anglais ? Il a ensuite « reconnu les différentes responsabilités » lors de son audition devant le Sénat, a fait valoir la députée à propos du mea culpa du ministre.