24H du Mans: La différence entre la F1 et l'endurance ? « Etre prêt à sacrifier son image pour faire gagner la marque », confie la légende Henri Pescarolo

24H DU MANS Ils seront onze anciens pilotes de Formule 1 à s’engager ce samedi après midi pour la 90e édition des 24H du Mans, avec une nécessité d’adapter leur pilote aux exigences de l’endurance

Adrien Max
Le pilote Alpine Nicolas Lapierre. (Photo by JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)
Le pilote Alpine Nicolas Lapierre. (Photo by JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP) — AFP
  • La 90e édition des 24H du Mans s’élance ce samedi à 16h sur le circuit routier des 24h du Mans.
  • Parmi les 186 pilotes engagés pour cette édition, onze sont d’anciens pilotes de Formule 1.
  • Henri Pescarolo, ancien pilote de F1 et quatre fois vainqueur des 24H du Mans explique à 20 Minutes les différences de pilotage entre la Formule 1 et l’endurance.

La plus grande course d’endurance du Monde. Ils seront 186 pilotes à participer cette année à la 90e édition des 24H du Mans, qui s’élance ce samedi à 16 heures. Et parmi eux, onze anciens pilotes de Formule 1, considérée comme la catégorie reine du sport automobile, juste avant Le Mans, le Graal de l’Endurance. Et si ces deux catégories font rêver n’importe quel pilote, elles sont éloignées en termes d’approche de pilotage.

« La différence se fait déjà par le titre du championnat : en Formule 1 il s’agit d’un championnat du monde des pilotes, alors qu’en Endurance, c’est un championnat du monde des marques. C’est-à-dire que le pilote de F1 gagne en son nom avant de faire gagner la marque, alors qu’en endurance, tu fais gagner la marque. C’est une différence d’approche fondamentale », explique Henri Pescarolo, ancien pilote de F1 et quatre fois vainqueurs des 24H du Mans.

Henri Pescarolo (à droite), ancien pilote de F1 et quatre fois vainqueur des 24H du Mans.
Henri Pescarolo (à droite), ancien pilote de F1 et quatre fois vainqueur des 24H du Mans. - FRANCK FIFE / AFP

« Il a fallu que je change d’état d’esprit »

Ce qui change totalement l’approche du pilote pour la course, avec la nécessité de performer en équipe plus qu’individuellement. « En endurance, il faut être prêt à sacrifier son image pour faire gagner la marque. Les pilotes d’endurance doivent aller aussi vite des pilotes de F1, mais doivent réfléchir un peu plus pour durer et faire gagner la marque. Pour gagner les 24H du Mans, il faut un équipage très complémentaire, capable d’aller aussi vite que des pilotes de F1, tout en étant capable de mieux s’adapter aux évolutions de course : les conditions atmosphériques, l’intensité de la course, la capacité des autres à gagner. Et même aller de temps en temps plus vite qu’en F1 », liste l’ancien pilote et directeur d’écurie.

Des différences auxquelles a dû s’adapter Robert Kubica, ancien pilote de F1 et de WRC, lors de sa première participation aux 24H du Mans l’année dernière. Qu’il aurait même pu gagner en catégorie LMP2, sans un souci mécanique dans les derniers tours. « L’Endurance est très différente de ce que j’ai fait avant, même si l’objectif est toujours le même : être le plus rapide possible. Par exemple, il faut penser à ses coéquipiers, on ne peut pas être égoïste. Il a donc fallu que je change d’état d’esprit, afin notamment de rendre la vie de mes équipiers plus facile. Il faut faire des compromis sur les réglages de la voiture par exemple, parce que le but est qu’elle aille le plus vite possible, pas les pilotes pris individuellement. Et j’aime l’Endurance de ce point de vue. Pour les 24H du Mans, toute l’équipe passe dix jours ensemble, ça crée forcément des liens entre nous et ça fait voir les choses différemment », confie à l’Equipe celui enchaîne avec une deuxième participation cette année.

Adaptation et abnégation

Les courses d’endurance sont également plus exigeantes que les Grand Prix de Formule 1 d’un point de vue physique, même si la préparation ne différe pas tellement d’une catégorie à l’autre. « Les pilotes de course sont tous des sportifs de haut niveau et ils doivent toujours conduire la voiture à la limite. En Endurance, tu conduis plus longtemps et les voitures sont fermées donc il fait très chaud dans l’habitacle, du fait du peu d’aération. Ils doivent aussi conduire de nuit et s’adapter à de larges variations de temps. Avec souvent de la pluie la nuit, du brouillard le matin, des ondées, du temps sec. C’est beaucoup plus variable que lors d’un Grand Prix, d’où ce grand besoin d’adaptation », explique Henri Pescarolo.

Le circuit du Mans la nuit. (Photo by JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)
Le circuit du Mans la nuit. (Photo by JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP) - AFP

Une grande adaptation et une concentration de tous les instants absolument nécessaire pour doubler les nombreux concurrents sur la piste, quand un pilote de Formule 1 se « contente » de 19 adversaires. « C’est aussi une différence fondamentale. Il y a beaucoup plus de monde sur la piste et il y a d’énorme différence de performance entre des voitures grand tourisme et des prototypes. C’est la spécificité de l’endurance, les pilotes doivent continuer à se battre à la limite, tout en doublant des voitures plus lentes. L’Endurance nécessite une grande abnégation, le pilote doit oublier de temps en temps la performance pour ralentir le rythme et ménager la voiture en acceptant d’avoir des temps au tour moins bons. Ce n’est jamais bon pour l’image du pilote, mais il faut parfois se mettre un peu moins en valeur pour gagner », prévient la légende des 24H du Mans. Parce que si les plans de course varient souvent en F1, ils ne se passent tout simplement jamais comme prévu en endurance.