Le revers à une main n'a pas encore perdu la main

TENNIS Quel est le point commun entre Nadal, Robredo et Gonzalez?...

Alexandre Pedro

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 Le Suisse Roger Federer à Roland-Garros, lundi 25 mai 2009
 Le Suisse Roger Federer à Roland-Garros, lundi 25 mai 2009 — REUTERS/Benoit Tessier
De notre envoyé spécial à Roland-Garros

On le croyait has-been, démodé, bon à ranger au musée avec la raquette en bois de Borg et les shorts en jeans d'Agassi, le revers à une main n'a pourtant pas dit son dernier mot. Mercredi, Roger Federer et Tommy Robredo défendent son honneur en quart-de-finale de Roland-Garros. Avec le Chilien Fernando Gonzalez déjà qualifié, les partisans du une main pourraient bien être majoritaires dans le dernier carré.

Il faut bien des représentants de ce niveau pour lutter contre l'hégémonique revers à deux mains. Popularisé par Bjorn Borg à la fin des années 70, la prise à deux mains s’est très vite imposée comme le courant majoritaire à gauche. Plus facile à enseigner, plus sécurisant, il a supplanté son grand frère dans les écoles de tennis. Entraîneur fédéral et auteur d'un mémo sur le sujet, Alain Solvès explique cette domination par une question de matériel. «Comme les enfants se sont mis au tennis plus jeunes ces dernières années et que les raquettes n'étaient pas adaptées, ils ont naturellement commencé à la tenir à deux mains en revers pour avoir plus de force», décrypte le technicien.

Côté avantages comparatifs, la prise à une main permet «de mieux varier les effets et favorise le jeu vers l’avant» note Alain Solvès. Pour envoyer des missiles le long de la ligne, le revers à deux mains reste recommandé comme l’a démontré Robin Soderling contre Rafael Nadal. «Quand il s’agit de jouer au-dessus l’épaule, il est aussi moins pénalisant que le revers à une main», complète l’ancien entraîneur d’Arnaud Di Pasquale.

Les filles vont-elles enfin lâcher l'autre main?

S'il ne défend pas une prise au détriment de l'autre, Solvès estime que le revers une main peut encore bien faire des dégâts. Demandez plutôt à Novak Djokovic, victime au troisième tour d'un spécialiste du genre, l'Allemand Philipp Kohlschreiber. «Au plus haut niveau chez les hommes, il n'y a pas de revers à une main faible. C'est même une force. C'est le cas pour les cinq joueurs qui possèdent ce revers dans le Top 20 (à savoir Federer, Robredo, Blake, Gonzalez, Wawrinka)», note Alain Solvès.

Chez les filles en revanche, Amélie Mauresmo se sent très seule dans le Top 30 quand elle lâche sa deuxième main. Alain Solvès ne désespère pourtant pas de voir un plus de diversité dans les années à venir chez ces demoiselles. «Le mimétisme des petites filles se fait indifférement sur le jeu des hommes ou des femmes. On peut avoir une gamine qui va tomber en admiration devant le revers de Federer. On commence d'ailleurs à observer plus de revers à une main chez les plus jeunes filles. Les nouvelles raquettes, plus légères, vont dans ce sens». Enfin un peu de finesse dans un monde cogneuses?

Côté avantages comparatifs, la prise à une main permet de trouver des angles, croisés notamment, plus difficile d’accès à son petit frère «grâce à l’action du poignet qui donne une vitesse d’exécution supérieure» note Solvès. Pour envoyer des missiles le long de ligne, le revers à deux mains reste recommandé comme l’a démontré Soderling contre Nadal.