Bordeaux-Lorient : « C’est ce qu’on mérite »… On a assisté à l’enterrement des Girondins

FOOTBALL Les Girondins de Bordeaux sont quasiment en Ligue 2 après leur match nul (0-0) face à Lorient

Clément Carpentier
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Ligue 1: Le débrief express de Bordeaux-Lorient (0-0) — 20 Minutes
  • Les Girondins n’ont pu faire mieux que match nul face à Lorient (0-0). Ils évolueront la saison prochaine (au mieux) en Ligue 2 même si ce n’est pas encore officiel.
  • Entre des supporteurs en colère et un club très silencieux, c’était ambiance d’enterrement chez les Marine et Blanc ce samedi.
  • Gérard Lopez, lui, affirme qu’il va « continuer à mettre toute son énergie à sauver le club ».

Au Matmut Atlantique,

La symbolique a tenu jusqu’au coup de sifflet final avec cet immense drap noir au-dessus du Virage Sud. Des fumigènes aux couleurs de la mort. En effet, ce samedi, le football français a assisté à l’enterrement des Girondins en Ligue 1. Même si mathématiquement ce n’est pas encore officiel, les Marine et Blanc joueront bien (au mieux) en Ligue 2 la saison prochaine après leur match nul et vierge face à Lorient (0-0). Avec trois points de retard sur le barragiste et une différence de buts très défavorable, il faudrait un improbable scénario. Pour la faire courte, les Bordelais doivent reprendre 13 buts à Metz et 7 à Saint-Etienne sur la dernière journée de championnat. Autant dire, mission impossible.

Le club va donc être relégué pour la première fois depuis trente et un ans. A l’époque, il s’agissait d’une rétrogradation administrative. Pour retrouver date de la dernière descente sportive, il faut remonter à 1960. Le choc est très rude pour la famille des Girondins à l’image des larmes du jeune Tom Lacoux, enfant du club, dans les couloirs du Matmut Atlantique après le match. Et comme souvent lors de funérailles, il y a eu de la colère puis le silence du deuil.

Des supporteurs à bout

Il ne pouvait en être autrement au bout d’une saison en enfer. Alors les Ultramarines avaient prévu tout un programme pour la soirée et peu importe si l’espoir est parfois revenu en cours de match à la lecture du résultat de Saint-Etienne. Cela a commencé par un accueil mouvementé du bus des joueurs sous les tirs de gaz lacrymogène des CRS avant de se poursuivre à l’intérieur du stade à coups de broncas et de chants hostiles avec un refrain : « Vous êtes des m…. » ! Une immense banderole où l’on pouvait lire, « vous êtes la honte de nos 140 ans d’histoire » avait été installée au-dessus du Virage Sud.

La colère des supporteurs bordelais lors de l'arrivée des joueurs.
La colère des supporteurs bordelais lors de l'arrivée des joueurs. - Romain Perrocheau / AFP

Un VS qui a multiplié les banderoles contre les joueurs, le staff ou encore la direction en s’en prenant ouvertement pour la première fois à Gérard Lopez, le propriétaire et président du club : « Avoir sauvé le club ne peut tout excuser » ou « Gérard Lopez : de la promesse du top 10 à l’enfer ». Les joueurs, eux, ont eu le droit à leur instant PQ avec des dizaines de rouleaux de papier toilette balancés sur la pelouse qui ont provoqué pendant quelques minutes l’interruption du match. Une colère qui restera tout de même contenue, sans envahissement de terrain par exemple à la fin de la rencontre, mais une colère que comprend le jeune attaquant Sékou Mara : « Ce qu’il s’est passé dans les tribunes, c’était dur, mais c’est ce qu’on mérite après une telle saison. On n’a pas répondu aux attentes des supporteurs. C’est le résultat de notre travail. »

Le match a été interrompu quelques minutes après des jets de papier toilette.
Le match a été interrompu quelques minutes après des jets de papier toilette. - Romain Perrocheau / AFP

« Je n’ai pas su fédérer »

Le gamin de 19 ans sera d’ailleurs le seul à s’arrêter devant la presse. Aucun autre joueur ne trouvera de courage de venir s’exprimer. Certains n’hésitant pas à tacler les médias. Du « je ne vous fais pas confiance » de Marcelo avec grand sourire aux lèvres après cette relégation au « vous parlez beaucoup alors allez-y » d’un Rémi Oudin surtout énervé et touché par la situation en passant par le « demandez à d’autres, c’est à eux d’assumer » d’un Paul Baysse qui n’a toujours pas joué une minute en match officiel cette saison. Bref, on a vraiment eu l’impression d’assister à la disparition d’un club historique du football français dans une indifférence incroyable. Comme si tout le monde était déjà très loin de Bordeaux.

Au point que pendant de longues minutes, on a cru ne même pas avoir de réaction de la direction du club un soir de descente en Ligue 2. Dans un premier temps, seul David Guion avait pris la parole pour reconnaître « l’échec » du club : « C’est une triste soirée, une saison très difficile. Je pense que l’on mérite ce qui nous arrive aussi. On analysera en temps et en heure cette saison qui, dès le départ, est très mal partie. Plus ça allait, plus il y a eu des problèmes, plus tous ces échecs étaient difficiles à surmonter. Je me mets dans cet échec-là, j’étais venu pour maintenir les Girondins et je n’y suis pas arrivé. J’avais 13 matchs, deux mois et demi, je n’ai pas su fédérer autour de ce maintien ».

Lui fédère de moins en moins, c’est Gérard Lopez. Ce samedi soir, il n’était une nouvelle fois pas présent pour assister à la chute de son club et il a fallu attendre un bon bout de temps avant d’avoir sa réaction. Une réaction envoyée sous forme de communiqué aux journalistes : « Je vais prendre la nuit pour digérer tout ça. Nous allons vraisemblablement en Ligue 2. Je mesure et je comprends la colère des supporteurs. Nous aurons une grande responsabilité pour y répondre, faire le bilan et trouver les solutions pour remonter au plus vite. Je m’exprimerai à froid après la saison. Je continuerai à mettre, comme je l’ai toujours fait, toute mon énergie à sauver le club. »

Un mort-vivant à maintenir en vie

Selon les dires de ses proches, c’est ce qu’il tenterait de faire en ce moment même et cela expliquerait son absence. Selon les informations de 20 Minutes, Gérard Lopez a en effet passé la semaine de l’autre côté de l’Atlantique. Il a notamment enchaîné les réunions avec ses créanciers, les fonds d’investissement américains Fortress et King Street. Ces derniers sont la clé de voûte pour que les Girondins de Bordeaux restent a minima en Ligue 2 la saison prochaine même si l’entourage du président bordelais essaie de minimiser cela : « Il n’y a pas de négociations à proprement parler. Il y a juste un plan d’affaires Ligue 2 qui doit être accepté. C’est en cours et ce sera fait. De même avec King Street », explique un proche de l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois.



Le club va devoir boucher un trou de 40-45 millions d'euros avec cette descente. Pour réussir cela, Gérard Lopez a demandé à un nouvel effort à ses créanciers afin de réduire une nouvelle fois la dette financière du club (autour de 45 millions d’euros) comme la saison dernière. Si cela n’était suffisant pour boucler ce plan d’affaires et devant la DNCG, il pourrait passer par une clause de retour à meilleure fortune. C’est ce qu’il avait fait à l’époque du Losc avec le fonds d’investissement Elliott. Il faudra aussi vendre au moins pour 20 millions d’euros lors du prochain mercato avec un budget qui devrait être divisé par deux voire par trois pour survivre à cette relégation. Le premier passage devant la DNCG est prévu autour du 10 juin.

Enfin, l’entourage de Gérard Lopez continue de démentir avec force sa possible mise à l’écart par Fortress et/ou King Street. « La réalité est claire, si le club survit à cette descente, il sera toujours là la saison prochaine, affirme son entourage. Le reste n’est qu’agitation et tout de manière, il est d’ores et déjà trop tard pour changer ». Ces mots devront en tout cas vite être suivis d’actes pour éviter que le doute ne s’immisce, car là on ne parle plus de Ligue 2 mais tout simplement de l’existence même des Girondins de Bordeaux.