Paris-Roubaix : Pourquoi des lycéens sont chargés de retaper les pavés de l’enfer du Nord

CYCLISME Depuis vingt ans, une centaine de lycéens de deux établissements du Nord sont chargés de retaper les pavés, trois semaines avant Paris-Roubaix

François Launay
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Depuis vingt ans, les élèves du lycée horticole de Raismes retapent les pavés de Paris-Roubaix dans le cadre de leur scolarité
Depuis vingt ans, les élèves du lycée horticole de Raismes retapent les pavés de Paris-Roubaix dans le cadre de leur scolarité — F.Launay/20 Minutes
  • Depuis vingt ans, les élèves du lycée horticole de Raismes retapent les secteurs pavés endommagés du Paris-Roubaix.
  • Un partenariat né de la volonté de sauver une course menacée de perdre une partie de son patrimoine.

Chaque année, trois semaines avant la course, ils reviennent faire leurs gammes sur les secteurs pavés. Pour bichonner et réhabiliter le parcours mythique de Paris-Roubaix, des centaines de jeunes de deux lycées horticoles du Nord se répartissent le boulot.

De Troisvilles à Orchies pour le lycée horticole de Raismes, d’Orchies à Roubaix pour le lycée horticole de Lomme. Leur mission : retaper les secteurs abîmés, histoire d’éviter au maximum des chutes aux coureurs le jour de la course. Une idée et un partenariat qui date de 2002. Vingt ans après, Jean-Marie Dubois, proviseur du lycée horticole de Raismes à l’époque et grand passionné de la course, se souvient.

« La course était menacée de disparition à court terme »

« En mai 2002, le vice-président de l’association des amis de Paris-Roubaix cherchait de l’aide car les bénévoles de l’asso ne suffisaient plus pour retaper les secteurs pavés. Clairement, si rien n’était fait, la course était menacée de disparition à court terme. Il m’a appelé et une heure après, il était dans mon bureau. On a discuté de la façon dont les lycéens de la section aménagement paysager pouvaient aider. C’est comme ça que le partenariat est né. A l’époque, le lycée horticole de Raismes était en mauvaise posture mais ce partenariat nous a redonné une image de marque. C’est une vraie fierté », se réjouit l’ancien proviseur.

Une centaine de lycéens se forment sur les pavés tous les ans

Depuis, plus d’une centaine de lycéens qui se destinent essentiellement à devenir jardiniers-paysagistes, se forment tous les ans sur les pavés. En début d’année, ils apprennent la théorie en cours. Avant de passer à la pratique trois semaines avant l’enfer du Nord comme le raconte Olivier Codron, enseignant au lycée horticole de Raismes et chargé de la section aménagement paysager

« Un mois avant notre intervention, on repère les secteurs pavés en souffrance sur lesquels on va intervenir. Puis, trois semaines avant la course, on commence à travailler. Tous les jours, ce sont ainsi 25 élèves qui viennent retaper les pavés à tour de rôle et pendant deux semaines. Par exemple, cette année, on a fait pas mal de nids-de-poule. On enlève les pavés à la barre à mine puis on les replace. C’est un travail lourd et fastidieux car chaque pavé pèse en moyenne entre 5 et 10 kg. Mais c’est aussi un travail de précision pour bien poser le pavé » détaille Olivier Codron, qui ne cache pas être stressé de voir l’un des coureurs chuter sur un secteur rénové le jour de la course.

« On montre au monde notre patrimoine et notre savoir-faire »

Cerise sur le gâteau, en plus de Paris-Roubaix, la promotion 2022 a retapé également les secteurs pavés qu’emprunteront cette année les coureurs du Tour de France lors de la 5e étape entre Lille et Arenberg. Deux courses mythiques qui donnent des étoiles dans les yeux aux lycéens comme Benjamin, élève de terminale.

« Faire quelque chose qui représente le pays puisque ces courses sont diffusées à l’international, c’est vraiment bien. C’est un peu une fierté. On montre au monde notre patrimoine et notre savoir-faire », apprécie le lycéen de 19 ans heureux de participer à la petite histoire de la grande classique française.