Losc-Chelsea : Les fans de Chelsea s'inquiètent de la vie sans Abramovitch, « un vrai fan du club »

FOOTBALL Suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’oligarque russe, propriétaire de Chelsea depuis 2003, a décidé de vendre le club

François Launay
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Des supporters de Chelsea à Stamford Bridge
Des supporters de Chelsea à Stamford Bridge — Matt Impey//SIPA
  • Propriétaire du club de Chelsea depuis 2003, Roman Abramovitch a mis en vente le club suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
  • L’oligarque russe, jugé proche de Poutine, a vu tous ses avoirs gelés par le gouvernement britannique.
  • Les supporters du club londonien, qui a gagné 21 titres sous l’ère Abramovitch, s’inquiètent de la suite.

« On est dévastés ». Quand il s’agit de parler de Chelsea, son club de toujours qui défie le Losc ce mercredi en 8e de finale retour de Ligue des champions, David Johnstone n’y va pas de main morte. Fondateur il y a 22 ans de cfcuk, un fanzine consacré aux Blues, ce Londonien est un vrai fan.

Le genre de type à avoir connu les galères de Chelsea dans les années 80 où hooligans et menaces de relégation en D3 rythmaient son quotidien. Alors quand David a appris le 2 mars dernier que Roman Abramovitch mettait en vente le club de Chelsea, c’est une partie de sa vie qui s’est écroulée. Car l’oligarque russe, dont le passé trouble vient d'être dévoilé dans une enquête de la BBC, bénéficie d’une aura depuis son arrivée à la tête du club en 2003. Depuis l’annonce de son départ, nombreux sont les fans qui chantent sa gloire les soirs de matchs au grand dam des autorités britanniques.

21 titres en 19 ans

« Il a été fantastique. C’est le meilleur propriétaire que Chelsea n’a jamais eu. Il a mis des millions dans le club sans se servir au passage. Avant qu’il n’arrive au club, je n’avais vu Chelsea remporter la Premier League. Depuis, on a tout gagné », s’émerveille David Johnstone.

Il faut dire qu’avec 21 trophées majeurs (dont 5 championnats et 2 ligues des champions) remportés en 19 ans, Abramovitch a su y faire pour entrer dans le cœur de supporters comme Kevin Epara. Ce Français de 33 ans est fan des Blues depuis 1998. Co-président de Chelsea France Supporters Clubs, seul groupe de supporters français reconnu par Chelsea, il admire l’héritage laissé par l’homme d’affaires.

Des liens jugés trop proches avec Poutine

« Il a investi énormément dans les joueurs mais aussi dans les infrastructures. Il a fait construire le centre d’entraînement de Cobham, il a développé l’académie des jeunes et l’équipe féminine et bien sûr, il a fait progresser comme jamais l’équipe première », reconnaît le supporter français

Mais l’invasion de l’Ukraine par la Russie aura mis un terme brutal à cette belle histoire. Jugé proche de Poutine, Abramovitch a vu tous ses avoirs au Royaume-Uni gelés par le gouvernement britannique. Et depuis le 10 mars, l’incertitude est encore montée d’un cran. Privé de ses principales sources de revenus comme les droits TV, la billetterie ou encore le merchandising, Chelsea est désormais au bord du gouffre pour le plus grand dam de ses fans qui jugent ces décisions trop brutales.

Le pacte poutinien de 2002

« C’est sans doute le Russe le plus connu en Grande Bretagne et c’est pourquoi le gouvernement britannique s’en prend à lui. Et puis, il y a une hypocrisie latente. On condamne Abramovich parce qu’il est russe mais on ne dit rien sur les propriétaires saoudiens de Newcastle. Or l’Arabie Saoudite mène une guerre sanglante au Yemen », s’insurge David Johnstone.

Mais Abramovitch est-il si proche de Poutine ? Selon Lukas Aubin, chercheur associé à l’Iris et spécialiste de la géopolitique de la Russie et du sport, la réalité est un poil plus nuancée. « Abramovitch paye plus le fait d’être un oligarque russe que d’être proche de Poutine. Il est très difficile de dire si les deux hommes sont vraiment proches. Il y a beaucoup de fantasmes qui circulent même si une chose est sûre : il ne joue pas contre Poutine », souligne le chercheur.

Pour appuyer sa démonstration, Lukas Aubin rappelle dans quelles conditions Abramovitch est arrivé à Chelsea en 2003. « Un an avant, il avait participé avec d’autres oligarques à plusieurs réunions informelles avec Vladimir Poutine. II les a sommés d’investir dans le sport car, selon lui, c’était un bon instrument pour relever la Russie. En contrepartie, il leur a assuré qu’ils ne seraient pas inquiétés juridiquement s’ils ne rentraient pas en politique contre lui », poursuit l’auteur de la Sportokratura sous Vladimir Poutine. 

« Avec la vente du club, tout pourrait être mis à zéro »

Message reçu 5 sur 5 par Abramovitch qui va d’abord construire cent terrains de foot dans toute la Russie avant de s’en aller racheter Chelsea. Un vrai soft power qui a séduit les fans et Abramovicth lui-même. « Contrairement à beaucoup d’investisseurs dans le foot, c’était un vrai fan du club. Il aime profondément Chelsea », assure Kevin Epara.

Dans ces conditions, difficile de passer derrière lui. Depuis l’annonce de la vente du club, les supporters se demandent si les successeurs pourront faire aussi bien que lui. « On est inquiets d’avoir un nouveau propriétaire qui ne perpétue pas ce qu’a lancé Abramovitch. Avec la vente du club, tout pourrait être mis à zéro », s’inquiète aussi Curtis co-fondateur de la page 100 % Blues sur Twitter.

« On parle d’un grand club européen, on ne parle pas de Rouen ni de Châteauroux »

Il faut dire qu’il y a de quoi flipper en ce moment quand on est fan de Chelsea. Limité dans ses dépenses, le club ne peut par exemple plus vendre de places à ses supporters, ne doit pas dépasser un budget de 24.000 euros en déplacement et a dû fermer toutes ses boutiques officielles. Un vrai retour aux vaches maigres qui entraîne des déclarations irrationnelles de la part du club comme celle de demander un huis clos pour que ses adversaires soient logés à la même enseigne.

Bref, le champion d’Europe marche à l’envers depuis trois semaines et commence sérieusement à craindre pour sa survie. Seule lueur à l’horizon : la vente du club, un temps suspendue, a finalement été relancée ces derniers jours. Si les intéressés ont jusqu’au 18 mars pour faire une offre de reprise, deux projets, compris entre 2 et 3 milliards d’euros, sont déjà sur la table : une offre d’un consortium saoudien et une autre de Nick Candy, un multimilliardaire britannique appuyé par des Américains.

« L’avenir n’est pas si noir car Chelsea attire. On parle d’un grand club européen qui a tout gagné, on ne parle pas de Rouen ni de Châteauroux. On n’oubliera pas Roman Abramovitch mais il faut que le club continue et se maintienne à très haut niveau », espère Kevin Epara. Normalement, le repreneur choisi pourrait racheter le club d’ici la fin du mois de mars. Il vaudrait mieux pour Chelsea qui, après 19 ans d’amour et de rêve avec Abramovitch, est en train de vivre un vrai cauchemar.