20 Minutes : Actualités et infos en direct
JEUX OLYMPIQUESComment Tess Ledeux s'est fait chiper sa figure, et l'or avec

JO 2022 : Comment Tess Ledeux s'est fait chiper sa figure, et l'or avec, sur le Big Air

JEUX OLYMPIQUESEileen Gu a pris de surprise Tess Ledeux, qui a dû se contenter de l'argent olympique en Big Air
La Française Tess Ledeux en argent
La Française Tess Ledeux en argent - Alexey Filippov/SPUTNIK/SIPA / SIPA
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

De notre envoyé spécial en Chine,

Celui-là, on ne l’avait pas vu venir. Tranquillement installé dans la tribune réservée à la presse, avec une vue imprenable à la fois sur le « Big Air Shougang » et sur les espèces de silos nucléaires stickés du logo des JO 2022 – bonjour l’ambiance sport d’hiver –, dans la zone industrielle de Pékin, on a failli tomber à la renverse en voyant la Chinoise Eileen Gu tenter et réussir le fameux double cork 1620 (quatre tours et demi avec deux fois la tête en bas) lors de son troisième run, en finale du Big Air, mardi. Car jusqu’ici, cette figure était en quelque sorte la propriété privée de la skieuse freestyle Tess Ledeux, grandissime favorite pour l’or à Pékin et seule fille à l’avoir jamais tenté (et réussi). C’était il y a trois semaines lors des Winter X-Games d’Aspen, aux Etats-Unis.

C’est d’ailleurs par ce saut spectaculaire, d’habitude plus de l’apanage des garçons, que Tess Ledeux a entamé sa finale, pensant qu’une fois posé, personne ne pourrait venir lui ravir le titre olympique. Mais c’était sans compter sur le culot et le talent de sa concurrente numéro 1, qui a sagement attendu le 3e run pour bluffer le public chinois – nous compris – venu nombreux pour l’occasion. Car voilà, en ski freestyle, tout est question de grand bluff, de prise par surprise. En début de semaine, la cousine de Kévin Rolland​ expliquait d’ailleurs à nos copains du Parisien qu’elle avait parfaitement calculé le coup : en sortant aux yeux du monde ce premier 1620° de l’histoire du ski freestyle féminin, à trois semaines seulement des JO, elle savait (ou plutôt elle pensait) qu’elle allait mettre ses adversaires K-O en l’air, en ne leur laissant pas le temps de l’essayer à l’entraînement.

Une figure jamais testée par la Chinoise

La stratégie était plutôt finaude. Pour preuve, selon ses dires, Eileen Gu ne l’avait jamais réalisé avant ce mardi. Passée en zone mixte juste après Tess Ledeux, la Chinoise (d’origine américaine) raconte : « Je ne l’avais jamais testée. Jamais. Après mon deuxième run, j’étais très contente de moi mais comme j’ai vu que j’étais troisième, j’ai pris le temps d’appeler ma mère pour lui demander "Maman, qu’est-ce que je dois faire ?" Elle me disait : "Refais le [double cork] 1440, essaye de le faire mieux et d’améliorer ton score, prends la médaille d’argent et on sera fier de toi." »

Hyper à l’aise dans l’exercice médiatique, ce qui est limite flippant vu son jeune âge, Eileen Gu a la science du story-telling. Elle prend une respiration, puis poursuit son récit. « Moi j’étais là : "Huuuuum non !". Je me suis dit, au pire, même si je le rate, j’aurai montré au monde que je n’avais pas peur d’essayer. Et si ça passe, le reste appartient à l’histoire. J’ai appelé ma mère et je lui ai dit "Je te l’avais dit !". » « Told you so », en VO.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Comme nous, Tess Ledeux n’avait pas imaginé que Gu aurait l’audace de lui chiper son saut signature, qui plus est lors d’un troisième et dernier run d’une finale olympique ! Pourtant, elle l’assure, ce n’est pas ça qui l’a poussé à tenter à son tour une figure inédite de son répertoire, « un switch 1440 » testé « pour la toute première fois de [sa] vie à l’entraînement en arrivant à Pékin ». « Je ne regarde pas ce que font les autres, je ne veux pas être déstabilisée si je vois un super saut, explique-t-elle en zone mixte après son passage sur le podium. Dans ma tête, j’avais juste envie d’améliorer mon dernier saut, car je savais que je pouvais aller chercher le demi-point qui me manquait (pour l’or). Il aurait fallu poser un peu plus loin la réception ou faire un autre grab (attraper son ski avec la main). C’est ce que j’ai essayé de faire, mais j’ai fait une erreur. J’ai tenté un coup de poker et j’ai perdu ».

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Un nouveau coup de poker en slopestyle ?

A la télé, sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens n’ont gardé de cette finale malheureuse pour la tricolore que ses larmes sur la neige. Au vrai, on s’attendait nous aussi à ramasser Ledeux à la petite cuillère mais, à notre grande surprise, la gamine (20 ans) avait le sourire. Loin des palabres franco-françaises autour d’une possible faute de notation des juges, la skieuse était sincèrement heureuse d’avoir croqué l’argent.

«  « Mon objectif, c’était d’avoir une médaille. C’est vrai qu’une en or, ça aurait été dingue, mais le principal, c’est une médaille, répète-t-elle. Etre vice-championne olympique, ça, on ne me l’enlèvera jamais. Aujourd’hui j’ai skié à 100 %, j’ai donné le meilleur de moi-même, je n’aurais pas pu faire mieux, c’est pour ça que je n’ai aucun regret. »  »

Stressée au point d’en avoir « envie de vomir » ces derniers jours, la Savoyarde semblait en effet comme libérée d’un poids. Et « reboostée » en prévision de l’épreuve de slopestyle qui s’annonce lundi prochain. « Ça me donne envie de repousser encore mes limites », confiait-elle avant de quitter la scène. Avec probablement une nouvelle figure derrière la tête.

Sujets liés