Ballon d’or : Et si on se disait que c’était le dernier pour Lionel Messi (mais vraiment) ?

FOOTBALL L’Argentin a remporté un septième Ballon d’or une année où il ne semble pourtant plus aussi dominant que par le passé

Julien Laloye
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Lionel Messi dans son salon.
Lionel Messi dans son salon. — FRANCK FIFE / AFP
  • Lionel Messi a remporté le Ballon d'or pour la septième fois malgré des débuts timides au PSG cette saison.
  • L’Argentin a devancé Robert Lewandowski, à peine consolé par le trophée de meilleur buteur de l’année, et Jorginho.
  • Karim Benzema termine au pied du podium, devant Ngolo Kanté. Kylian Mbappé est plus loin, à la neuvième place.

Au théâtre du Châtelet,

Dire que des hurluberlus pensaient que c’était l’année de Karim. Le lobbying madrilène, les petites chatouilles dans le dos de Florentino Perez, et le Ballon d’or chez papa. Résultat ? Même pas sur le podium. Ceux qui avaient misé sur l’égorgeur de Varsovie, aka Robert Lewandowski ? Nie, en polonais. Le type a beau massacrer la Bundesliga et exploser un record qui datait de Bismarck, il peut encore remballer la déco de Noël, après l’annulation d’un trophée qui ne pouvait qu’atterrir sur sa descente de lit en 2020.

Notez que la rigolade est totale, puisque voilà sorti du chapeau magique de la cérémonie le trophée de meilleur buteur de l’année, dégainé sur mesure pour ce bon Robert. Même Messi était gêné, quand son nom est sorti de la seule enveloppe qui compte : « Tu avais mis tout le monde d’accord l’an passé Robert, tu méritais ce Ballon d’or, j’espère que France Football pourra faire quelque chose et te le donner quand même ».

Lewandowski encore à quai

On y avait pourtant cru jusqu’au bout. Enfin presque. Pour une fois, personne ne se baladait dans les coursives du théâtre de Châtelet l’air renseigné de ceux qui savent. Mais c’était un indice en soi. Si rien ou si peu n’avaient filtré sur le vainqueur du soir, c’est bien parce qu’on prend moins de risque à se faire repérer quand on a dix bornes à faire pour remettre la valise Vuitton au gagnant, avec le diamant dedans, plutôt qu’un pays à traverser. Et quand la légende est sortie de la Rolls en costume à paillettes avec toute la marmaille aux trousses dans la même tenue, on a compris.

Nouveau Ballon d’or pour Lionel Messi, donc, avec 33 points d’avance sur son dauphin, une belle marge. Le sixième ? Le septième ? Le huitième ? On ne fait même plus attention. Comment lutter, il est vrai, contre le génie éternel du satrape argentin et le lustre de la Copa America, qu’il a remportée pour la première fois cet été. Le malentendu vient peut-être de là, d’ailleurs. La perception qu’on se fait de l’épreuve en Europe, soit un tournoi de plage sympatoche avec caïpirinhas gratos à la mi-temps, ou un truc du genre.

Les exégètes du football sud-américain pousseront des hauts cris et nous expliqueront que l’épreuve est bien plus relevée que notre Euro à 67 équipes, et on répondra que si seulement c’était vrai, on n’aurait pas vu quatre équipes européennes en demi-finale de la dernière Coupe du monde. Bref, la controverse de Valladolid, en moins longue et beaucoup plus inutile.

La Copa America a suffi pour Messi

Reste que Messi l’a gagnée, cette fichue Copa, et qu’il en a même été élu meilleur joueur, ce qu’on veut bien croire, puisqu’on n’a pas vu un match. « Je pense que je n’aurais pas gagné ce Ballon d’or sans cette victoire avec l’Argentine, après tant d’échecs et tant de critiques, alors je veux remercier tous mes équipiers de la sélection et le staff », reconnaissait sans détour le Parisien.

Pourquoi ce titre est si important ? Parce que dans l’idée qu’on se fait du Ballon d’or, finir meilleur buteur d’un championnat bouclé à la 3e place, avec des statistiques moins impressionnantes que lors de ses grandes années, ne suffit pas, a priori, à ramener le trophée.

Et ce, même quand on revendique une compréhension souriante de la nature humaine et des failles des votants, comme nous. Parce qu’à ce compte-là, Mbappé, qui enfile les pions en L1, qui a aussi gagné un titre avec son équipe nationale cette saison, en plus de désosser le Barça et le Bayern à lui tout seul en Ligue des champions, aurait fini un peu plus haut que sa 9e place, la pire depuis qu’il est entré dans le grand monde en 2017, non ?

Petite parenthèse ici sur la grenouille de Bondy. Si le garçon doutait un tant soit peu de ses maigres chances de chiper un Ballon d’Or en jouant au PSG, il est désormais bien rencardé : si par bonheur Paris allait au bout en C1 cette saison, on trouverait le moyen de redonner le joujou à Messi, parce-que-bon-la-belle-histoire-et-puis-vous-avez-vu-cette-passe-décisive-sur-coup-franc-en-8es-contre-Wolfsbourg ? Commentaire de Kyky en arrivant : « Bien sûr que l’objectif c’est de le gagner, mais il y a un processus et je suis sur le bon chemin ». Dans le bon club ? A voir.

Bien sûr, on pourrait aussi choisir de s’enthousiasmer d’un Ballon d’or qui revient en Ligue 1 pour la première fois depuis JPP, mais franchement, ce serait se ficher du monde. Messi a passé plus de temps dans l’avion qu’au PSG depuis août, et il y traîne un rendement statistique famélique pour un joueur de son envergure.

Et si on changeait la règle ?

Il serait temps, se dit-on, que nos estimés confrères comprennent que les gloires établies par décrets irritent tout le monde, et cessent de confondre le meilleur joueur du monde et le meilleur de l’année. Ou alors qu’ils les confondent en tout. Le meilleur joueur du monde sur toute l’année 2021, s’appelle autant, si ce n’est plus, Haaland, Mbappé, Benzema, ou Lewandowski, que Messi.

Si on est ressortis un peu rassurés du crédit apporté à la doublette de Chelsea Kanté-Jorginho (654 points à eux deux), on en vient à se demander s’il ne faudrait pas faire comme avec le prix Goncourt. Une seule récompense pour toute la vie, à moins de changer de nom et de tromper son monde, comme Romain Gary, un exploit hors de portée même pour l’astre de Rosario. Car s’il faut revenir l’an prochain pour assister au sacre de Cristiano Ronaldo au nom de son fabuleux retour à Manchester United et d’une victoire en Coupe d’Angleterre, autant aller à notre exécution directement.