Alpinistes disparus au Népal : Qui sont Thomas Arfi, Louis Pachoud et Gabriel Miloche ?

HIMALAYA Les opérations de recherches au Népal ont été à nouveau infructueuses ce mardi et « l’espoir de retrouver des survivants est à présent quasi nul »

Fabien Binacchi et Jérémy Laugier
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Le Niçois Thomas Arfi, en juin 2021, sur un sommet d'Isola 2000 (Alpes-Maritimes)
Le Niçois Thomas Arfi, en juin 2021, sur un sommet d'Isola 2000 (Alpes-Maritimes) — J. Lavergne
  • Depuis le 26 octobre, après une avalanche, Thomas Arfi (34 ans), Louis Pachoud (27 ans) et Gabriel Miloche (24 ans) sont portés disparus au Népal.
  • Ces trois grimpeurs hors pair sont membres du Groupe excellence alpinisme national (GEAN), une formation d’élite de la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM).

Georges Torelli s’en excuse presque, mais ce mardi il parle de Thomas Arfi au passé. « Vous savez, à cette altitude-là et au bout de plusieurs jours, il n’y a presque plus d’espoir », souffle le président du comité des Clubs alpins des Alpes-Maritimes, qui avait accompagné les premiers pas de ce Niçois de 34 ans en montagne. Depuis le 26 octobre, après une avalanche, il est  porté disparu au Népal, avec deux autres alpinistes, Louis Pachoud (27 ans) et Gabriel Miloche (24 ans).

Ces trois grimpeurs hors pair, membres du Groupe excellence alpinisme national (GEAN), une formation d’élite de la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM), avaient entamé l’ascension du Mingbo Eiger (6.070 m), un sommet satellite du Kangtega dans la région de l’Everest. Avec une connaissance de la montagne plus que solide. « J’ai connu Thomas Arfi quand il avait 15 ans. Et des jeunes comme lui, il n’y en a pas beaucoup, poursuit Georges Torelli. On l’a vu progresser très vite et développer une envie de transmettre, une pédagogie incroyable. »

« Apprécié par ses pairs pour ses qualités humaines, techniques »

Titulaire d’un diplôme en gestion des risques naturels, l’Azuréen a grandi dans cette nature dont il connaissait a priori tous les dangers. Sur le site des Guides 06, le trentenaire au petit gabarit explique lui-même avoir d’abord « attrapé le virus de l’escalade », puis avoir « élargi [sa] passion au ski et à l’alpinisme » avec « l’envie de découvrir de nouveaux massifs et de vivre des grands moments avec [ses] compagnons de cordée ». Jessica Lavergne, une infirmière azuréenne de 36 ans, l’avait d’ailleurs accompagné, en juin dernier, à Isola 2000.

« Je pense d’abord à son sourire, explique-t-elle. Comme la première fois que je l’ai vu. Rayonnant. Il est sorti de sa voiture en tongs et en short alors qu’il faisait super froid et il a été tout de suite très chaleureux alors qu’on ne se connaissait même pas. » « Il était extrêmement apprécié par ses pairs pour ses qualités humaines, techniques, et pour sa passion », poursuit cette « petite alpiniste du week-end », s’inclinant devant « le grand alpiniste qu’il était ».

« J’en arrivais à le croire invincible en montagne »

S’ils étaient plus jeunes, le Savoyard Louis Pachoud et le Haut-Savoyard Gabriel Miloche présentaient eux aussi de sacrées références en montagne. Originaire de Chambéry, le premier, qui a découvert l’escalade à l’âge de 15 ans, avant de se plonger dans l’alpinisme, était ingénieur en mécanique et aspirant guide de haute montagne. Né à Briançon, le second était installé à Passy (Haute-Savoie) en tant qu’ingénieur au centre de recherche et de développement des produits de montagne de Decathlon. Le tout en ayant également entamé son cursus pour devenir guide de haute montagne.

Très attaché lui aussi au massif des Ecrins, son ami Camille Caparros, passionné de ski alpinisme, insiste sur « la force physique et mentale » de Gabriel Miloche. « J’en arrivais à le croire invincible en montagne car il transpirait la sérénité en toutes circonstances », confie-t-il, avant de pointer « la pression mentale » qui accompagne forcément « l’expédition la plus engagée de sa vie jusque-là », et « le Graal de notre cursus » en alpinisme.

« S’ils sont partis, c’est qu’ils ont estimé que c’était assez "safe" »

Membre du club alpin Nice Mercantour, Thomas Arfi avait pris le mois dernier la tête de ce groupe de jeunes alpinistes dans la vallée de Khumbu (Népal). « Ils étaient tous les trois vraiment forts et expérimentés, indique Mathieu Maynadier, alpiniste français chevronné ayant surtout côtoyé Thomas Arfi. Cette expédition allait valider la fin de leur cycle de trois ans auprès de la FFCAM. Il faut savoir que dans ce cadre fédéral, les conditions sont beaucoup plus sécurisées que dans des expéditions lancées à titre personnel. S’ils sont partis, c’est qu’ils ont estimé que c’était assez safe. »

Pour trouver trace de pareil drame touchant une expédition fédérale française, il faut remonter à 2003, lorsque Marschal Musemeci, Arnaud Drouet et François Dupety, tous âgés de 22 et 23 ans, et membres de l’équipe d’alpinisme de la Fédération française de montagne et d’escalade (FFME), étaient décédés dans le secteur du Mont-Blanc. Les opérations de recherches, relancées ce mardi dès l’aube, ont à nouveau été infructueuses, a fait savoir un porte-parole de la police du district de Solukhumbu. Elles devraient se poursuivre même si, selon la FFCAM, « l’espoir de retrouver des survivants est à présent quasi nul ». « C’est triste à dire mais on a malheureusement l’habitude de gérer ces situations dans le monde de l’alpinisme », conclut Mathieu Maynadier.