Masters 1000 de Paris-Bercy : « L'Australie impose le vaccin à raison »... Au tennis aussi, le temps de la pédagogie est fini

TENNIS La majeure partie des circuits masculin et féminin sont vaccinés, mais il reste un tiers de réfractaires à convaincre

William Pereira
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Novak Djokovic
Novak Djokovic — Ella Ling/Shutterstock/SIPA
  • Le Masters 1000 de Paris-Bercy sera ouvert à tous les joueurs qui auront respecté la routine sanitaire habituelle
  • A l'Open d'Australie, en revanche, les non-vaccinés (un tiers du circuit) sont partis pour être personna non grata
  • Sans rien obliger, l'ATP et la WTA mettent progressivement des mesures incitatives pour viser l'immunité dans le tennis de haut niveau

Présent à Paris pour le Masters 1000 de Bercy qui ouvre ses portes samedi mais pas en Australie, Novak Djokovic ? Ubuesque au premier abord, le scénario gagne en réalisme à mesure que les jours et les décisions administratives passent. La dernière mise au clair en milieu de semaine de Daniel Andrews, Premier ministre de l’État de Victoria dont Melbourne est la capitale, a sonné le glas des non-vaccinés. Dans le texte : « Nous excluons les personnes non vaccinées des pubs, des cafés, des restaurants et du MCG [le grand stade de cricket de la ville] et de toutes sortes d’autres événements. »

Un peu long alors qu’un simple « Novak, t’es gentil, mais si tu veux soulever un 21e Grand Chelem en Australie il faudra tendre l’épaule ». Car au cas où ça vous aurait échappé, le numéro un mondial n’est pas franchement le plus fervent défenseur de la vaccination contre le Covid. L’année dernière, il s’était déclaré contre, ajoutant au passage « je ne voudrais pas qu’on m’y oblige pour pouvoir voyager » (oups) et cette année, il refuse de partager son statut vaccinal : « C’est une affaire privée. Ça me paraît incroyable que la société te juge en fonction d’un vaccin. » L’incertitude d’un déplacement en Australie en dépit de l’importance que revêt le tournoi dans une course au GOAT qui obsède le Serbe nous donne bien une idée de la chose, mais tout n’est là que spéculation.

Traitement de faveur pour les vaccinés

Lâchons de fait les bottes de Nole, ou du moins, agrippons celles des autres, des Tsitsipas ou Gilles Simon qui ont traîné les pattes avant de se faire vacciner, non sans faire « mal au cul » du Français, et disons les choses clairement : le meilleur joueur mondial n’est pas seul dans son hésitation. Selon les derniers chiffres officiels, le taux de vaccination des joueurs et joueuses du circuit se situe entre 65 et 70 %, ce qui laisse un tiers de non-vaccinés au bord de la route. « Ce n’est pas assez, déplore auprès de 20 Minutes le docteur Montalvan, directeur adjoint en charge du médical à la FFT. Et encore, on était à 45 % il y a deux mois, donc ça booste bien parce que l’Australie l’impose à raison. »



La WTA – qui rêve de faire monter le taux à 85 % de vaccinées – et l’ATP n’imposent rien. Elles recommandent, comme le démontre une lettre envoyée aux joueurs citée par L’Equipe. « Bien que nous respections le fait que chaque joueur a un choix individuel à faire, nous pensons également que chaque joueur a un rôle à jouer pour aider le groupe au sens large à atteindre un niveau d’immunité sûr. » Les instances se contentent ainsi de suivre les règles fixées par les États mais mettent en place un régime favorable aux joueurs vaccinés, qui, en plus d’une plus grande liberté de mouvement, se voient exemptés d’un certain nombre de cotons-tiges dans le nez et protégés du statut de cas contact. Vacciné, Gilles Simon aurait par exemple pu participer à l’US Open malgré le test positif de son entraîneur. Notons par ailleurs que l’ATP ne prend plus en charge les frais d’isolement pour les cas positifs ou contacts, pour les joueurs non vaccinés.

Méfiance et incompréhension

Si les décideurs doivent redoubler d’idées pour rendre le statut de vacciné préférable – au-delà du fait qu’il protège d’un virus assez chiant, ce qui devrait suffire en soi – c’est que cela ne coule pas de source pour la partie méfiante du circuit. Montalvan :

Les joueurs sont très prudents vis-à-vis de leur santé comme c’est leur outil de travail. Quand ils sont malades ils ne peuvent pas jouer ni gagner d’argent. Ils sont très méfiants sur tout ce qui est injection et tout ce qu’on ne connaît pas. Pour eux, leur capital santé est la base de leur outil de travail. Et puis ils ont lu tout ce qu’ils ont lu, à savoir qu’ils sont jeunes et ne risquent pas grand-chose. »

La crainte des effets secondaires liés au vaccin existe est en revanche plus forte. Et le cas Jérémy Chardy, s’il reste très marginal, n’est pas pour rassurer les derniers réfractaires. Le Français a dû mettre un terme à sa saison en raison d’une réaction au vaccin Pfizer. « C’est frustrant d’autant plus qu’il ne me reste pas dix ans à jouer […] Du coup, maintenant je regrette d’avoir fait le vaccin, mais je ne pouvais pas savoir. »

Un risque hélas nécessaire dans ce que le Dr Montalvan qualifie de « guerre » contre le virus. « Ce que ne comprennent pas forcément les joueurs de tennis c’est que des gens qui n’avaient pas forcément envie de se faire vacciner l’ont fait pour en protéger d’autres. Mais ils le font parce qu’on nous l’impose et qu’ils n’ont pas envie de transmettre le virus. Donc ils finissent par faire un acte "citoyen" qu’ils n’avaient pas forcément envie de faire. » Les propos de Gilou pendant sa quarantaine à New York illustrent parfaitement l’idée. « À la base, je n’avais vraiment pas envie. Je n’ai pas très peur du Covid. Ma philosophie de base, c’est : si tu en as peur, tu te vaccines, sinon, non. »



Le médecin de la FFT comprend néanmoins – « sans vouloir les excuser » – que joueuses et joueurs de tennis ne soient pas tous capables de saisir la dimension collective de la vaccination :

1) Le tennis est un sport individuel et peu contaminant.

2) Ses acteurs fonctionnent dans une structure dont ils sont la seule base.

« Quelque part, dit Montalvan, il y a une forme d’égoïsme, mais ils ont toujours géré leur carrière de cette manière depuis petits. Il faut aussi comprendre leur mode de vie. »

Comprendre l’incompréhension, et aussi s’y adapter. « Les gens qui sont antivax, il faut les convaincre, on essaye du mieux qu’on peut par l’écoute et le dialogue. Mais ce qui marche, c’est l’Australie qui impose le vaccin. Je pense que c’est comme ça qu’il faut que ça se fasse. » L’histoire le prouve, les volte-faces se multiplient. Un temps réticent mais toujours mystérieux, Sascha Zverev ne voit « aucun problème » dans l’obligation vaccinale prônée par les Australiens. Reste désormais à savoir si Novak Djokovic finira lui aussi par changer d’avis.